Ce qui devait être le « Congrès de la fidélité » devait consacrer la continuité du Parti destourien libre (PDL). Il aura finalement révélé ses fractures. Derrière la suspension judiciaire du rendez-vous des 3 et 4 octobre se joue en réalité une bataille beaucoup plus large : celle des règles internes, de la légitimité de la contestation, de la confiance entre dirigeants et, au-delà, de l’avenir d’un parti dont la survie politique reste étroitement liée à sa présidente, Abir Moussi.
Le conflit n’est donc pas né avec la décision de justice. Celle-ci n’en est que l’aboutissement le plus visible.
À l’origine, il y a une divergence sur les propres règles du parti.
La candidature d’Abir Moussi à la présidence du PDL a été acceptée par le bureau politique le 23 septembre, alors qu’elle était la seule candidate. Mais cette candidature a suscité des réserves au sein même de la formation, certains considérant qu’un nouveau mandat constituerait un troisième mandat et entrerait ainsi en contradiction avec les règles internes du parti.
Le PDL défend toutefois une lecture différente de ses propres statuts.
Dans sa communication autour de la candidature de sa présidente, le parti cite notamment l’article 11 de ses statuts, selon lequel « aucun membre ne peut exercer la présidence du parti pour plus de deux mandats complets consécutifs, comptabilisés à partir de la date du premier congrès électif ».
C’est précisément sur cette formulation que repose l’argumentation du PDL : selon cette interprétation, le décompte des mandats ne commence pas avec le congrès constitutif du parti, mais à partir du premier congrès électif, organisé en 2021.
Dans cette lecture, le mandat exercé avant 2021 ne serait donc pas pris en compte dans la limitation prévue par l’article 11. Abir Moussi pourrait, par conséquent, briguer un nouveau mandat lors du prochain congrès.
En face, des membres du parti contestent cette lecture et considèrent au contraire que le parcours de Moussi à la tête du PDL doit être pris en compte dans le calcul du nombre de mandats.
Le désaccord est donc d’abord statutaire : il porte sur la manière d’interpréter les règles que le parti s’est lui-même données. Mais au PDL, une question statutaire devient rapidement une question politique dès lors qu’elle touche à Abir Moussi.












