Le député et vice-président de la commission des finances de l’Assemblée des représentants du peuple, Dhafer Sghiri, a appelé à davantage de transparence et de profondeur dans l’examen des finances publiques, estimant que les documents transmis au Parlement ne permettent pas toujours de comprendre précisément l’utilisation des ressources de l’État.
Intervenant mardi 6 octobre 2026 sur Jawhara FM, il a indiqué que le document relatif à l’exécution du budget de l’État pour la période allant jusqu’au 30 juin 2026 avait été transmis à l’Assemblée et distribué aux députés. La commission des finances a ainsi commencé à en prendre connaissance, dans la perspective de l’examen du projet de budget et du projet de loi de finances pour 2027.
Selon Dhafer Sghiri, le projet de loi de finances pour 2027 devrait parvenir au Parlement au plus tard le 15 octobre, conformément au calendrier prévu. Il a rappelé que le Parlement disposerait ensuite d’environ deux mois pour examiner le texte et le budget de l’État, lesquels doivent être adoptés avant le 15 décembre.
Le député a noté toutefois que ce délai, bien que relativement court au regard de l’ampleur du travail à accomplir, devrait être suffisant à condition que l’examen soit mené de manière approfondie. Il a notamment évoqué la méthode consistant à étudier successivement les budgets des différents ministères avant de se pencher sur les dispositions du projet de loi de finances.
« Le projet de loi de finances est pratiquement la loi la plus importante de chaque année », a-t-il expliqué, soulignant qu’il traduit, dans ses dimensions financières et économiques, les orientations générales de l’État. L’enjeu, selon lui, consiste donc à examiner à la fois l’origine des ressources publiques et leur destination.
Dhafer Sghiri a également évoqué les premiers enseignements tirés de l’exécution du budget 2026 au 30 juin. Selon sa lecture du document transmis aux parlementaires, l’exécution atteindrait globalement près de 50%, aussi bien du côté des recettes que des dépenses.
Il a avancé toutefois que les données devraient être analysées à la lumière du contexte économique et géopolitique international, notamment de l’évolution des cours de l’énergie. Le budget 2026 avait été élaboré sur la base d’un prix du baril de pétrole situé autour de 63 à 64 dollars, alors que les cours ont depuis dépassé les 100 dollars.
Une telle évolution est susceptible d’avoir un impact significatif sur les finances publiques et, en particulier, sur les dépenses de compensation énergétique. Le député a ainsi noté qu’une hausse d’un dollar du prix du baril représentait pour la Tunisie un coût supplémentaire que l’Exécutif n’a pas détaillé dans son document.
Dhafer Sghiri a expliqué que le niveau de détail des informations communiquées aux parlementaires était insuffisant. Selon lui, le document contient des chiffres, mais ceux-ci restent trop généraux pour permettre à la commission des finances d’exercer pleinement son rôle de contrôle et de suivre précisément l’affectation de certains montants importants.
Il a notamment fait référence à des financements provenant de la Banque centrale de Tunisie au cours des dernières années, citant plusieurs montants cumulés en milliards de dinars et demandant que leur utilisation soit clairement retracée dans les documents budgétaires.
Pour le député, il ne suffit donc pas de présenter le montant des ressources mobilisées ou des dépenses exécutées. Le Parlement doit également pouvoir identifier leur destination et comprendre la manière dont elles ont été utilisées.
Au-delà de l’exécution budgétaire, Dhafer Sghiri est revenu sur la situation des entreprises publiques qui doit constituer l’un des principaux dossiers du prochain projet de loi de finances. Il a rappelé que l’État continue à injecter des ressources importantes dans plusieurs entreprises publiques sans que les programmes de réforme nécessaires ne soient toujours mis en œuvre à la hauteur des enjeux.
Le député a affirmé que la question n’est pas de remettre en cause le principe même des entreprises publiques, mais de trouver les moyens de préserver ces structures tout en améliorant leur fonctionnement et leur équilibre financier. Pour lui, la réforme des entreprises publiques doit ainsi être abordée comme une question structurelle et non comme une succession de mesures ponctuelles destinées à combler leurs déficits.
La situation des caisses sociales constitue, selon Dhafer Sghiri, un autre dossier majeur auquel le prochain budget devra s’attaquer, estimant que les difficultés rencontrées par ces institutions ont désormais pris une dimension structurelle.
Le député a notamment insisté sur le déséquilibre démographique entre actifs et retraités. Selon les chiffres qu’il a avancés, la Tunisie compte actuellement environ deux actifs pour un retraité, une situation qu’il considère comme particulièrement préoccupante par rapport à de nombreux autres pays.
À ses yeux, cette évolution met directement sous pression la capacité des caisses à assurer leurs engagements futurs. Il a notamment évoqué le risque qu’un Tunisien ayant cotisé pendant toute sa vie professionnelle ne puisse pas, à terme, bénéficier pleinement de sa retraite.
Il a appelé, dans ce sens, à un « effort national » pour traiter la question des caisses sociales, estimant que leur situation concerne l’ensemble des Tunisiens et nécessite une approche globale.
Dhafer Sghiri a enfin évoqué la reprise des travaux parlementaires. Il a estimé que la rentrée parlementaire aurait dû être marquée, dès le 1er octobre, par une séance inaugurale annonçant officiellement la reprise de l’activité parlementaire.
Il a rappelé que les commissions continuent néanmoins à travailler pendant la période de vacances parlementaires, tandis que l’activité législative durant cette période repose sur les mécanismes prévus à cet effet, en l’occurence les décrets-lois pris par le président de la République.
N.J










