Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

Électricité : les ingénieurs alertent sur un été 2027 potentiellement plus difficile que 2026

Article réservé aux abonnés

Écouter cet article

0:00 0:00

Par Nadya Jennene

    Le doyen des ingénieurs tunisiens, Mohsen Gharsi, a appelé à prendre sans délai les décisions nécessaires pour sécuriser le système électrique national. Présentant les grandes lignes de la « feuille de route Électricité Tunisie 2027-2035 », il a estimé que la Tunisie disposait des compétences et des solutions techniques nécessaires pour éviter une répétition des difficultés de l’été 2026. Mais sans décisions rapides, l’été 2027 pourrait, selon lui, être encore plus difficile.

    La crise électrique que la Tunisie a traversée durant l’été 2026 n’a pas seulement révélé les fragilités du système énergétique national. Elle a également suscité une mobilisation inédite d’une partie des ingénieurs tunisiens, qui ont choisi de mettre leurs compétences au service d’une réflexion collective sur les moyens de renforcer la sécurité électrique du pays.

    C’est dans ce contexte que la profession a élaboré une « feuille de route Électricité Tunisie 2027-2035 », fruit d’un travail volontaire réunissant des ingénieurs et des experts issus de plusieurs spécialités. Invité à revenir sur cette initiative, le doyen des ingénieurs tunisiens, Mohsen Gharsi, a expliqué, mardi 6 octobre 2026 sur Express FM, que l’objectif de cette mobilisation dépassait la seule gestion d’une crise conjoncturelle. Il s’agit de préserver la continuité du service électrique, indispensable aussi bien aux citoyens qu’aux infrastructures critiques et au tissu productif.

    Le doyen des ingénieurs a notamment évoqué le cas particulièrement douloureux vécu par l’un des experts ayant participé aux travaux. Un proche de cet ingénieur est décédé après une interruption de l’alimentation électrique affectant un générateur qui assurait son approvisionnement en oxygène. Le générateur aurait ensuite été volé.

    Cet épisode, a-t-il expliqué, a profondément marqué les participants et a contribué à faire de la continuité de l’alimentation électrique un impératif qui dépasse les seules considérations techniques ou économiques.

    Selon le doyen des ingénieurs, les difficultés rencontrées en 2026 n’étaient pas totalement imprévisibles. Les instances scientifiques et techniques relevant de la profession avaient déjà alerté sur les risques à venir dès 2023.

    La crise de l’été 2026 n’a donc pas constitué, à ses yeux, une surprise complète. Ce qui a davantage interpellé les ingénieurs est le fait que les alertes et les recommandations n’aient pas conduit suffisamment tôt à une mobilisation à la hauteur des risques identifiés.

    D’où l’élaboration de la nouvelle feuille de route, conçue non pas comme un diagnostic supplémentaire, mais comme un ensemble de propositions opérationnelles. « Notre rôle n’est pas de chercher aujourd’hui qui est responsable. Notre rôle est de proposer des solutions », a expliqué Mohsen Gharsi.

    La première étape de la feuille de route consiste à améliorer les performances des infrastructures électriques déjà disponibles.

    Les ingénieurs recommandent notamment de renforcer les opérations de maintenance, de rationaliser les procédures d’intervention et d’améliorer la gestion des équipements et des pièces de rechange.

    Mohsen Gharsi a insisté sur un point souvent négligé : dans un contexte où les températures extrêmes et les épisodes de forte consommation deviennent plus fréquents, l’indisponibilité d’un équipement critique peut avoir des conséquences considérables.

    L’objectif est donc de réduire au maximum les temps d’arrêt et de garantir la disponibilité des équipements indispensables au fonctionnement du réseau. Cette optimisation de l’existant doit permettre de récupérer une partie de la capacité aujourd’hui perdue, sans attendre nécessairement la réalisation de nouvelles infrastructures lourdes.

    La feuille de route ne se limite toutefois pas à l’offre d’électricité. Elle accorde également une place importante à la maîtrise de la demande. Les ingénieurs proposent notamment d’établir une cartographie fine de la consommation électrique, en fonction des secteurs industriels, des activités économiques et des profils de consommation.

    Une telle approche permettrait de mieux anticiper les périodes de tension sur le réseau et d’adapter la gestion de la demande en conséquence.

    La climatisation constitue à cet égard un enjeu majeur. Lors des épisodes de très forte chaleur, son utilisation massive peut provoquer des pics de consommation susceptibles de mettre le réseau sous pression.

    Pour les ingénieurs, il ne s’agit cependant pas de faire peser l’intégralité de l’effort sur les citoyens. La sensibilisation à la sobriété énergétique doit aller de pair avec une amélioration de la gouvernance et de la gestion du système.

    « On ne peut pas tout mettre sur le dos du citoyen », a souligné Mohsen Gharsi, appelant également les responsables à assumer pleinement leurs responsabilités.

    Le recours au délestage constitue l’un des sujets les plus sensibles abordés. 

    Pour le doyen des ingénieurs, cette mesure ne peut être considérée comme une solution structurelle. Elle doit, si elle devient indispensable, être organisée de manière beaucoup plus précise et ciblée afin de limiter son impact sur les activités économiques et les infrastructures sensibles.

    L’objectif est clair : éviter que les coupures d’électricité ne provoquent des arrêts prolongés de production, des dommages aux équipements ou des perturbations dans les établissements de santé et autres infrastructures critiques.

    Mohsen Gharsi a ainsi noté qu’un délestage pourrait éventuellement être utilisé durant une phase de transition, mais à condition d’être étudié et maîtrisé.

    Il a affirmé par ailleurs que les solutions proposées permettraient, dès 2027, de récupérer une part importante de l’énergie qui avait été perdue ou indisponible en 2026, évoquant un potentiel supérieur à 50%.

    L’un des messages les plus fermes du doyen des ingénieurs concerne précisément le calendrier. Pour lui, l’été 2027 ne se prépare pas à l’approche de la saison chaude. Il se prépare dès maintenant.

    La feuille de route s’inscrit d’ailleurs dans une perspective allant jusqu’à 2035, avec des mesures réparties en plusieurs phases. Certaines doivent permettre de sécuriser rapidement le système existant, tandis que d’autres relèvent d’une transformation plus profonde de la gouvernance, de la production et de la gestion de la demande.

    Sans décisions rapides, les risques pourraient être plus importants qu’en 2026. La hausse des besoins, notamment lors des épisodes de chaleur extrême, combinée aux contraintes pesant sur les infrastructures existantes, impose selon lui d’anticiper plutôt que de réagir dans l’urgence.

    Parmi les recommandations avancées figure également la mise en place d’une cellule de crise opérationnelle fonctionnant 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

    L’objectif serait de disposer d’un dispositif capable de suivre en temps réel les indicateurs du système électrique, d’identifier les situations critiques et de prendre rapidement les décisions techniques appropriées.

    Cette structure devrait s’appuyer sur des données actualisées et réunir les compétences nécessaires pour arbitrer entre les différentes urgences : disponibilité des équipements, niveau de production, évolution de la demande, contraintes sur le réseau ou encore priorisation des infrastructures sensibles.

    Pour Mohsen Gharsi, une gestion efficace de la crise suppose ainsi une surveillance quotidienne et une coordination permanente des différents intervenants.

    Au-delà des aspects purement techniques, la feuille de route appelle à renforcer la gouvernance du secteur.

    Le doyen des ingénieurs a insisté sur la nécessité d’un processus décisionnel plus réactif, fondé sur l’expertise et les données disponibles.

    Il a résumé cette exigence autour de trois conditions : une décision politique continue, un financement maîtrisé et une exécution rigoureuse dans les délais impartis.

    La question n’est donc pas uniquement celle des moyens financiers disponibles. Elle concerne également la capacité des institutions à transformer rapidement les recommandations techniques en décisions puis en réalisations concrètes.

    N.J

    Subscribe to Our Newsletter

    Keep in touch with our news & offers

    Contenus Sponsorisés

    Commentaire

    1. Gg

      Répondre
      6 octobre 2026 | 17h23

      « Notre rôle est de proposer des solutions »
      En effet, content de voir qu’ils travaillent, eux.
      Allez, on se bouge le popotin dans les administrations!
      Bon, on peut rêver…

    Répondre

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *