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Lettre du Canada à Ahmed Néjib Chebbi : « Est-ce vraiment la Tunisie dont nous rêvions ? »

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Par Jamel Jani

    Par Jamel Jani

    Depuis plusieurs années, j’ai choisi de prendre mes distances avec la vie publique en Tunisie. Ce n’était ni un renoncement à mon pays, ni une perte de foi en sa cause. Je pensais simplement que ma génération avait fait ce qu’elle pouvait faire et qu’il était préférable de laisser la place à une nouvelle génération, porteuse d’idées et de méthodes nouvelles, capable de poursuivre le chemin à partir d’une perspective différente.

    Je considérais même, peut-être avec une certaine dureté envers moi-même et envers ma génération, que nous étions une génération politiquement marquée, voire déformée par les circonstances. Une génération qui s’est formée dans les prisons et l’exil, dans la clandestinité et sous la pression des persécutions, et qui a vécu pendant de longues années dans des conditions difficiles, qui ne permettaient pas de construire une vie politique normale. Une génération qui a davantage appris à résister qu’à faire de la politique dans un espace démocratique ouvert.

    Mais l’entrée de M. Néjib Chebbi en grève de la faim a fait ressurgir en moi, d’un seul coup, toute cette mémoire. Cela m’a profondément bouleversé, m’a interpellé et m’a obligé à revenir à des questions que je croyais dépassées par le temps.

    Depuis les années 1980, je suivais les écrits de M. Néjib Chebbi dans la presse tunisienne. Je le considérais comme l’une des personnalités nationales qui méritaient respect et considération, non seulement pour ses positions, mais aussi pour son attachement à l’action politique publique et pour sa défense du droit des Tunisiens à la liberté, au pluralisme et à l’alternance pacifique au pouvoir.

    En septembre 2004, j’ai fait partie d’un groupe de Tunisiens établis au Canada qui ont travaillé à inviter M. Néjib Chebbi à effectuer une visite au Canada.

    Nous lui avions préparé un programme comprenant de nombreuses rencontres avec des représentants de la société civile canadienne, des syndicats et des partis politiques. Nous avions également organisé des rencontres publiques à Montréal, Ottawa et Québec.

    Notre objectif était clair : montrer que le peuple tunisien était prêt pour la liberté, prêt pour un système pluraliste et prêt à vivre dans un État où le pouvoir pouvait être transmis pacifiquement, plutôt que de rester un pouvoir permanent et immuable.

    M. Chebbi est resté 12 jours au Canada, dont la majeure partie chez moi. Nous n’avions pas les moyens financiers de lui réserver un hôtel, et tous ses déplacements se faisaient dans ma voiture. J’avais pris un congé sans solde afin de me consacrer pleinement à cette activité. Nous n’avions reçu aucun financement, pas même un seul centime, de la part d’une association ou d’une organisation. C’était notre choix de ne solliciter aucun financement extérieur et de prendre personnellement en charge toutes les dépenses liées à cette activité, avec nos propres moyens.

    Pour moi, ce n’était pas simplement une visite politique.

    C’était l’occasion de vivre aux côtés de M. Chebbi et de découvrir de près l’homme et le politicien derrière le nom que je lisais dans les journaux depuis des années.

    Au cours de ces journées, j’ai pu découvrir de près sa capacité à analyser la réalité politique et sociale tunisienne, à comprendre les phénomènes sociaux, son attachement à une action politique publique et transparente, la clarté de ses positions et la fermeté de son discours lorsqu’il s’agissait de la question nationale.

    Vingt-deux ans après

    Et les années ont passé…

    Vingt-deux ans depuis cette visite.

    Soixante-dix ans depuis l’indépendance de la Tunisie.

    Et qu’est-ce qui a changé ?

    M. Néjib Chebbi, qui s’est battu pour que la Tunisie soit un État de droit, de libertés et de pluralisme, se retrouve aujourd’hui, à l’âge de 82 ans, à mener un nouveau combat par la grève de la faim.

    Et après soixante-dix ans d’indépendance, nous continuons à voir des prisons, des procès, des poursuites et des grèves de la faim.

    Quelle indépendance est-ce donc, lorsque le Tunisien doit encore payer de sa liberté, de sa santé et parfois de sa vie le prix de ses convictions politiques ?

    Quel est cet État qui fait face à l’opposant par la prison, au dissident par les poursuites judiciaires, et au manifestant qui, lorsqu’il ne lui reste plus rien, n’a plus que son propre corps pour résister ?

    Nous pensions que les générations qui avaient connu la répression, l’exil et les prisons avaient enterré avec elles cette époque.

    Mais il semble que nous nous soyons trompés.

    Une Tunisie qui n’a pas changé

    Le plus douloureux n’est pas seulement de voir Néjib Chebbi entamer une grève de la faim à l’âge de 82 ans.

    Le plus douloureux, c’est de constater que la Tunisie, après toutes ces décennies, continue de pousser ses enfants à faire la grève de la faim pour être entendus.

    Et plus douloureux encore est de devoir nous poser ces questions :

    Comment en sommes-nous arrivés là, encore une fois ?

    À qui profite la poursuite de cette situation ?

    Au profit de qui les années de vie des Tunisiens sont-elles sacrifiées dans les prisons, les procès et les conflits politiques ?

    Nous sommes fatigués d’un pays où l’on demande à ses enfants de se sacrifier pour lui sans leur garantir en retour leur droit à la liberté.

    Nous sommes fatigués d’un État qui semble craindre la différence au lieu de la considérer comme une richesse et une force.

    Et nous sommes fatigués de voir le rêve d’une Tunisie démocratique repoussé d’une génération à l’autre.

    Aujourd’hui, en repensant à ces journées que j’ai vécues avec M. Néjib Chebbi il y a 22 ans, je ne peux m’empêcher de me poser une question :

    Est-ce vraiment la Tunisie dont nous rêvions à l’époque ?

    Pour moi, la réponse est claire :

    Non.

    Nous rêvions d’une autre Tunisie.

    Une Tunisie où l’on ne met pas un homme en prison pour ses opinions, où l’on ne le poursuit pas pour ses positions politiques, et où un homme de 82 ans n’est pas obligé de mettre son propre corps en danger pour que sa voix soit entendue.

    La Tunisie dont nous rêvions n’était pas une Tunisie de prisons, de procès et de grèves de la faim.

    Voilà pourquoi la question aujourd’hui n’est pas seulement :

    Que va-t-il arriver à Néjib Chebbi ?

    La question la plus importante est :

    Que va-t-il arriver à la Tunisie si nous continuons à emprunter le même chemin ?

    Et jusqu’à quand allons-nous répéter les mêmes erreurs et attendre qu’une nouvelle génération en paie le prix ?

    Après soixante-dix ans d’indépendance, il est temps de nous poser honnêtement la question : quand le Tunisien sera-t-il réellement libre et indépendant ?

    BIO EXPRESS

    Jamel Jani est porte-parole de l’Association des droits de la personne au Maghreb (ADPM)

    Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.

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    3 commentaires

    1. Hannibal

      Répondre
      7 octobre 2026 | 10h21

      Retour du *H*amster tournant en rond, toutou du pseudo-intègre

      • Citoyen_H

        Répondre
        7 octobre 2026 | 19h04

        CERTAINEMENT,

        l’endormi !

    2. Citoyen_H

      Répondre
      6 octobre 2026 | 20h46

      COMME LA GÉNÉRATION

      des gangsters et des pillards de la maudite, troika, par exemple, symbole parfait du paroxysme de la médiocratie, de l’inculture et de l’incivisme, par exemple ?

      « qu’il était préférable de laisser la place à une nouvelle génération, porteuse d’idées et de méthodes nouvelles, capable de poursuivre le chemin à partir d’une perspective différente. »

      Nous avons vu ou cela nous a mené !

      Le malheur de la NATION, c’est vous tous, qui, à partir de l’étranger, par vos dires et par vos paroles venimeuses, ne cessez de vomir et de blatérer sur tout ce dont le 25 juillet béni, vous avait privé.
      Vive la NATION et sus aux traitres et aux vendus.

      Que Dieu veille sur « notre » petit pays et notre valeureux et intègre, courageux et valeureux président sans peur ni reproche, totalement dépouillé de toutes les gangrènes et de toutes nécroses expatriées.
      Vous aviez dit presque la même chose, sur l’Irak, sur la Libye, sur l’Afghanistan, sur la Syrie et sur beaucoup d’autres nations, parce que ces derniers ne voulaient pas ou ne voulaient plus plier l’échine !
      Que le diable vous emporte, les rkhass, les jwoué3a et les tamé3a

    Répondre

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