Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

Lycéens mutilés : la France à l’épreuve de ses principes

Article réservé aux abonnés

Service IA, Business News

Écouter cet article

0:00 0:00

Par Maya Bouallégui

    Ils ont quatorze, quinze ou seize ans. Ils réclament des professeurs, des classes moins chargées, des établissements décents et davantage de visibilité sur leur avenir. Partie d’un lycée de Créteil, la contestation a gagné en quelques jours des centaines d’établissements à travers la France. Mardi 6 octobre 2026, entre 266.000 et 450.000 personnes ont défilé dans le pays. À la crise scolaire s’en est cependant greffée une autre : celle du maintien de l’ordre. Des adolescents ont été grièvement blessés, onze enquêtes ont été confiées à l’IGPN et des parents en viennent à former des chaînes humaines entre leurs enfants et les forces de l’ordre. Une situation qui, observée depuis Tunis, prend un relief particulier : elle met à l’épreuve un pays où le droit de manifester est profondément ancré dans la vie politique et où l’usage de la force publique est soumis à des mécanismes de contrôle.

    Il y a d’abord eu les blocages de lycées, les banderoles, les poubelles déplacées devant les grilles et les cours suspendus. Puis sont arrivées les images de gaz lacrymogènes, de charges policières et d’affrontements.

    Tout commence le 21 septembre au lycée Saint-Exupéry de Créteil. Au départ, rien qui annonce une crise nationale : des élèves protestent contre des postes vacants et le manque de personnel.

    La contestation se propage rapidement à la région parisienne puis au reste du pays.

    Le 1er octobre, près de 30 % des quelque 3.600 lycées français sont touchés par des mouvements de grève ou des perturbations, selon Le Monde.  

    Les revendications portent d’abord sur le fonctionnement quotidien de l’école : enseignants absents non remplacés, classes surchargées, emplois du temps, état des bâtiments, manque de personnels de santé et d’encadrement. Parcoursup, la plateforme d’admission dans l’enseignement supérieur, cristallise également une partie des inquiétudes.

    Ces revendications interviennent dans un système scolaire sous tension. L’enseignement secondaire public français compte aujourd’hui moins d’enseignants qu’en 2008 alors qu’il accueille 250.000 élèves supplémentaires, rapporte Le Monde. Plus de 70 % des classes des lycées généraux et technologiques publics dépassent trente élèves et 20 % en comptent plus de 35. Les absences de longue durée non remplacées ont, elles, doublé entre 2018 et 2024.

    Ce qui ressemblait encore, le 21 septembre, à une contestation locale devient en quelques jours une mobilisation nationale sur les moyens accordés à l’école et, plus largement, sur les conditions dans lesquelles les adolescents préparent leur avenir.

    Photo par GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
    Des centaines de lycées dans le mouvement

    Mardi 6 octobre marque un changement d’échelle.

    Le ministère français de l’Intérieur dénombre environ 266.000 manifestants, dont 56.000 à Paris. Les organisateurs en revendiquent 450.000, dont 100.000 dans la capitale, rapporte Le Monde.

    Les cortèges défilent à Paris, Lille, Marseille, Lyon, Rennes, Clermont-Ferrand et dans de nombreuses autres villes. Selon le ministère de l’Éducation nationale, 891 lycées sur environ 3.700 voient leurs cours totalement ou partiellement suspendus.

    Le mouvement dépasse alors les établissements où il avait commencé. Des étudiants rejoignent les cortèges. Des enseignants, des parents, des élus et des syndicalistes accompagnent à leur tour les adolescents.

    La journée du 6 octobre se déroule dans une atmosphère globalement calme, même si des affrontements éclatent notamment en fin de manifestation parisienne.

    Elle se solde néanmoins par 488 interpellations, selon l’AFP.

    À ce stade, la mobilisation ne porte plus seulement sur l’école. La question du maintien de l’ordre est devenue l’un de ses sujets centraux.

    Photo par PHILIPPE LOPEZ / AFP



    Une main perdue, un œil touché et onze enquêtes

    Plusieurs affaires ont fait basculer le débat.

    À Lens, Evan, quinze ans, a perdu une main après l’explosion d’une grenade utilisée par les forces de l’ordre.

    À Tours, Maël, seize ans, a perdu l’usage d’un œil. L’adolescent et plusieurs témoins mettent en cause un tir de lanceur de balle de défense. La procureure de Tours a indiqué que les lésions étaient compatibles avec cette hypothèse, sans que l’enquête ait encore définitivement établi les circonstances du tir.

    À Saint-Ouen-l’Aumône, Eden, quatorze ans, a été grièvement atteint au visage par un tir de lance-grenade lacrymogène. Le policier auteur du tir a depuis été mis en examen pour violences par personne dépositaire de l’autorité publique suivies de mutilation ou d’infirmité permanente.

    Au total, onze enquêtes ont été confiées à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) concernant des violences imputées à des policiers ayant occasionné des blessures graves, d’après le quotidien du soir.

    Photo par SEBASTIEN SALOM-GOMIS / AFP

    En face, il y a également de la casse. Au 6 octobre, le gouvernement faisait état de 715 policiers et gendarmes blessés depuis la mi-septembre. Des personnels de l’Éducation nationale et des élèves ont également été victimes de violences. Des policiers ont été agressés et des établissements dégradés.

    Le maintien de l’ordre ne se déroule donc pas face à des cortèges systématiquement pacifiques. Des groupes violents se mêlent aux manifestations et les forces de sécurité sont elles-mêmes prises pour cible.

    Mais la présence massive de mineurs modifie nécessairement l’équation. L’usage de grenades ou de LBD devient particulièrement sensible lorsqu’une opération de maintien de l’ordre se déroule aux abords d’un lycée ou au milieu d’un cortège d’adolescents.

    Des parents entre leurs enfants et la police

    Une scène observée mardi à Paris résume le climat qui s’est installé.

    Devant le lycée Hélène-Boucher, dans le 20e arrondissement de Paris, des parents, syndicalistes, élus et militants de la Ligue des droits de l’Homme sont présents aux côtés des élèves.

    Lorsque des gendarmes mobiles se positionnent face aux jeunes, des dizaines d’adultes forment une chaîne humaine entre les deux groupes. L’image est inhabituelle.

    Les parents ne cherchent pas à affronter les forces de l’ordre. Leur présence vise au contraire à empêcher le contact direct entre policiers et adolescents.

    Le Monde rapporte également le témoignage d’une mère venue accompagner son fils : « Il y a des flics, mon fils est là, je reste devant pour le protéger. »  

    Ce mercredi 7 octobre, un nouvel élément s’est ajouté au dossier.

    Plusieurs avocats de lycéens placés en garde à vue ont dénoncé auprès de l’AFP des violences physiques, insultes et humiliations. Ils disent avoir recueilli des témoignages d’adolescents frappés ou brutalement maintenus au sol.

    La Conférence nationale des procureurs généraux rappelle parallèlement que les parquets sont saisis de faits graves commis contre des policiers, des gendarmes, des personnels de l’enseignement ou des élèves, ainsi que de dégradations dangereuses.

    Deux réalités coexistent donc : des forces de l’ordre confrontées à des violences réelles et des pratiques policières dont certaines sont aujourd’hui suffisamment graves pour faire l’objet d’enquêtes.

    Une doctrine française du maintien de l’ordre sous pression

    Le débat dépasse progressivement les comportements individuels. Il porte désormais sur la doctrine française du maintien de l’ordre elle-même : distance avec les manifestants, techniques d’encerclement, conditions d’usage des grenades et des lanceurs de balles de défense, gestion des interpellations et distinction entre manifestants pacifiques et groupes violents.

    Le gouvernement défend la doctrine employée. Le Premier ministre Sébastien Lecornu revendique un « usage de la force strictement proportionné », tandis que le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez assure que les interventions s’effectuent dans « la plus grande proportionnalité ».

    Les onze enquêtes confiées à l’IGPN devront permettre d’établir ce qui relève de l’accident, de la faute individuelle ou d’un problème plus large dans les conditions d’intervention.

    Rappelons au passage qu’un policier a déjà été mis en examen.

    Le gouvernement change de registre

    Après plus de deux semaines de mobilisation, l’exécutif tente désormais de déplacer le centre de gravité de sa réponse.

    À partir de ce mercredi 7 octobre, les lycées français doivent consacrer une demi-journée à un temps de dialogue permettant aux élèves d’exprimer leurs difficultés et leurs attentes.

    Une consultation nationale est parallèlement ouverte jusqu’au 23 octobre sur la plateforme Agora.

    Le gouvernement revient ainsi au point de départ de la mobilisation : l’école.

    Le contraste est saisissant : partie le 21 septembre d’un manque d’enseignants et de cours non assurés, la contestation débouche seize jours plus tard sur une crise nationale où la question du maintien de l’ordre rivalise désormais avec celle de l’école.

    La France à l’épreuve de ses principes

    Observée depuis Tunis, la France n’est pas seulement celle de ses gouvernements. Elle est aussi celle d’une certaine conception de l’État de droit, de la liberté de manifester, de la presse qui documente les abus et d’une police dont l’usage de la force est soumis au contrôle de la justice. Pendant des décennies, ces principes ont nourri le débat public tunisien, au point que la France a souvent servi de référence lorsqu’il s’agissait, chez nous, de mesurer les libertés et les abus du pouvoir.

    C’est ce qui rend les événements actuels si déroutants. Le problème n’est pas que la police française rétablisse l’ordre lorsque des manifestants deviennent violents. C’est son rôle. Il commence lorsque, face à des adolescents, la frontière entre maintien de l’ordre et usage disproportionné de la force devient suffisamment floue pour conduire à des mutilations et à onze enquêtes de l’IGPN.

    Ce qui se passe après les violences compte autant que les violences elles-mêmes : les faits sont documentés, les avocats parlent, les médias enquêtent et la justice est saisie. L’IGPN mène plusieurs investigations, même si son statut de service interne à la police nourrit régulièrement le débat sur son indépendance.

    La France est confrontée à une contradiction entre les principes qu’elle porte et certaines pratiques de ceux qui représentent l’autorité de l’État ; elle dispose encore de contre-pouvoirs capables de mettre cette contradiction au jour et d’en rechercher les responsabilités.

    C’est peut-être le principal enseignement de cette crise. Les valeurs démocratiques ne se mesurent pas lorsqu’elles sont faciles à respecter. Elles se mesurent lorsque l’ordre public est menacé, que la rue déborde et que l’État est poussé dans ses retranchements. C’est précisément à ce moment-là que la force doit rester du côté du droit.

    Maya Bouallégui

    Subscribe to Our Newsletter

    Keep in touch with our news & offers

    6 commentaires

    1. Citoyen_H

      Répondre
      11 octobre 2026 | 21h39

      CERTAINS PARTICIPANTS À CE POST COMMENCENT FRANCHEMENT À BALISER,

      tout, comme une grande partie de leurs coreligionnaires vivants en France.
      Après tout, ces trolls n’exercent que leur métier de pigiste, tout comme l’était Abel-chatré, tout au long de la période noire où les kwémjiya de la nakba régnaient en maitre absolu.

      Ce qu’ils redoutent le plus, avec leurs opérations classiques de désinformations biaisées, c’est l’arrivée possible de Mélenchon, à la tête du pays, un fervent patriote qui a juré de délivrer la NATION FRANÇAISE des griffes acérées du CRIF, qui a la main mise sur l’appareil d’État Français, depuis les années Mitterrand !!!
      La peur les tenaille.
      Tous ceux qui « mangent » dans la main d’Israël ( via le pognon des Rothschild et les centaines d’institutions juives disséminées à travers le monde), font tout pour dénigrer Mélenchon, en lui collant sur le dos, l’étiquette de imam de la France.
      Tous les merdias détenus par qui vous savez, inutile de vous faire un dessin, dont, entre autres, BFM-WC et C-Bouze, chaines >TV diffusées en continu, ne font que l’apologie des détracteurs de Mélenchon et des musulmans !
      D’ailleurs, tous ces pleutres, d’une même voix, accusent faussement, bien entendu, ce fervent patriote, ce brillant politicien, d’être à la tête de la grève des lycéens.
      Leur lâcheté est sans égale.
      Pour tous ces renégats, assoiffés et affamés des dessous de table, tous les coups sont permis, du plus vil aux plus écœurants.

    2. Sale direction...

      Répondre
      8 octobre 2026 | 9h52

      La direction en train d’être prise pour ce pays par ses décideurs et élites ne peut que mener à une autre Défaite et pas drôle du tout celle là…

      Une autre « Grande Défaite » qui leur sera décive à eux et au pays au moment où le Monde est en train de se transformer et se recomposer.

      S’exciter sur sa jeunesse, son accoutrement, ses croyances, sur la soi disante nécessité « de défendre l’ordre » quand « cet ordre » insulte, humilie, maltraite et mutile même les enfants de la France bien que légitimement contestaires, aspirants à critiques contructrices, contributions vertueuses et salvatrices, quand bien même de certaines autres couleurs ou d’une autre certaine religion.

      Un pays qui réagit de cette manière contre sa propre population est un pays qui va vers le précipice.

      Il faut contribuer à l’en sauver.

      Par principe tout court.

      Par héritage et attachement communs.

      Proposer de changer de direction.

      Plus positive pour le pays et pour l’Humanité.

      La France a eu.

      La France a.

      Et la France aura sans doute encore la caoacité.

      Celle de changer le Monde.

      A condition qu’elle se rende compte des avantages, des bénéfices, de la richesse et de la force rescellés par sa jeunesse composite qui ne demande qu’à être contributive et offrante au pays.

      Notamment celle issue des quartiers populaires, celle des anciens pays colonisés, celle qui devrait être libérée pour que la France puisse être enfin bien mieux servie…

    3. Gg

      Répondre
      7 octobre 2026 | 19h24

      Et la liberté d’expression n’est pas la liberté de casser.
      Souvenir… ma fille avait 16 ans lorsqu’elle a participé à ses premières manifs. Il avait été nécessaire de lui expliquer que lorsque les flics te disent d’arrêter, tu t’arrêtes.
      Plus tard elle a fait droit, et a étudié sur « l’emploi légitime de la force ».
      Donc en ce moment: où sont les parents?
      Pour les casseurs, les flics font leur boulot. Et ce n’est pas facile!
      N’oubliez pas non plus que des partis politiques, notamment LFI, font du chaos leur stratégie…

      Allez, l’humour est toujours salutaire:
      https://www.facebook.com/share/r/1F8wUDaksF/

    4. Gg

      Répondre
      7 octobre 2026 | 18h01

      Article nettement orienté. Le fonds estvplus compliqué…
      400.000 nouveaux immigrés par an + les clandestins, chaque année depuis 15 ans, le pays n’en peut plus.
      Les régimes sociaux sont exsangues, sucés jusqu’à l’os par des gens qui n’apportent rien. En grande partie analphabètes, leurs enfants entrent à l’école alors que les autres parlent et écrivent déjà le français. L’hétérogénéité des établissements scolaires est telle qu’il est devenu impossible d’y enseigner convenablement. Ne parlons pas des profs agressés, parfois égorgés, les jeunes ne veulent plus être profs. Alors forcément on en manque!
      Des gens fanatiques de leur religion, racistes envers les juifs et les français en général, qui ne respectent même pas ce qu’on leur donne.
      On a bien vu le contraste entre les foules qui se sont déplacées pour suivre le pape Léon durant sa visite, sans même brûler une poubelle ou casser une vitrine. Même les flics souriaient, tranquilles et heureux.
      Et du jour au lendemain on retrouve les casseurs, les drapeaux des terroristes islamiques, les fronts contre les polices, les wesh et les wallah partout, soutenus par des politichiens qui y trouvent leur fonds de commerce.

    5. Vladimir Guez

      Répondre
      7 octobre 2026 | 12h20

      Et je ne parle de l’image IA qui nous montre des policiers confrontés a des petits blancs jambon buerre, alors que les affrontements ont surtout lieu avec des casseurs colorés en survert under armor issus des banlieues immigrés.
      On est plus proche de la désinformation quebdu journalisme. 🙁

    6. Vladimir Guez

      Répondre
      7 octobre 2026 | 11h58

      Tout ça pour ça. ?
      En arriver a une petite moraline finale aussi bancale.

      Sinon quand un abruti ramasse une grenade pour la relancer vers les policiers et que celle ci lui explose dans la main peut on imputer cele aux policiers et titrer « lycéens mutilés. » Au pluriel ourf..
      Le professionnalisme et l’éthique ce n’est pas pour vous . Ce ne sont pas des bagages dont vous voulez vous encombrer. 😉

    Répondre

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *