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Au lendemain de la saisine de la justice par le CMF, InfoBourse TN disparaît de Facebook

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Par Raouf Ben Hédi

    La page Facebook InfoBourse TN, à l’origine de la diffusion anticipée des états financiers d’UADH, est devenue introuvable jeudi 8 octobre 2026. La veille, le Conseil du marché financier (CMF) avait annoncé avoir saisi la justice. Cette affaire remet en lumière les pratiques d’une page boursière anonyme, les difficultés d’accès à l’information financière et les infractions prévues par la législation régissant le marché financier.

    Elle était encore active mercredi 7 octobre 2026 au soir. Jeudi matin, plus aucune trace d’InfoBourse TN sur Facebook. La page, qui avait diffusé prématurément des états financiers de la société UADH, est devenue introuvable après l’annonce par le Conseil du marché financier (CMF) de la saisine du ministère public.

    Simple coïncidence ou conséquence de cette initiative judiciaire ? Impossible de le déterminer pour l’heure. Rien ne permet de savoir si la page a été volontairement désactivée par ses administrateurs, suspendue par Facebook ou simplement rendue inaccessible. Sa disparition pourrait aussi bien être provisoire que définitive.

    Pour rappel, le CMF avait annoncé, mercredi 7 octobre en fin d’après-midi, avoir saisi la justice après la diffusion sur cette page de documents financiers d’UADH, alors que leur examen préalable par le régulateur n’était pas encore achevé.

    Les apparences du journalisme, sans ses exigences

    InfoBourse TN n’était pas un organe de presse identifié et ne revendiquait d’ailleurs pas formellement ce statut. La page empruntait néanmoins certains codes de l’information journalistique, sans toujours en respecter les exigences de vérification, de rigueur et de responsabilité.

    Ses publications mêlaient informations financières, commentaires critiques et mises en cause personnelles. Dans certaines d’entre elles, consultées par Business News avant la disparition de la page, des investisseurs étaient nommément cités et associés à des opérations présentées comme spéculatives ou douteuses sur certains titres, notamment Assad. La page prenait ensuite soin de préciser qu’elle ne formulait aucune accusation à leur encontre. Une manière de suggérer une responsabilité tout en affirmant ne pas l’imputer.

    Or, la spéculation boursière n’est pas, en elle-même, une infraction. Ce sont notamment les manipulations de cours et l’utilisation illicite d’informations privilégiées qui sont sanctionnées. Mettre publiquement en cause des investisseurs sans présenter d’éléments vérifiables peut porter atteinte à leur réputation, particulièrement sur un marché où les rumeurs sont susceptibles d’influencer les comportements.

    Autre particularité, InfoBourse TN utilisait dans plusieurs publications les hashtags de véritables titres de presse, sans lien éditorial apparent avec ces médias. Une pratique susceptible de capter une partie de leur audience et d’entretenir une confusion sur la provenance de l’information. La page reproduisait également, de manière récurrente, la une du quotidien public La Presse, bien que les sujets traités n’avaient aucun rapport avec l’actualité boursière.

    Une page Facebook peut parfaitement s’intéresser à la Bourse et critiquer des investisseurs. Mais emprunter les apparences du journalisme tout en multipliant les insinuations nominatives, sous couvert d’anonymat, pose une question de crédibilité et de responsabilité. D’autant que, contrairement à une rédaction identifiable, les administrateurs de cette page n’étaient pas publiquement connus.

    Cet anonymat reste toutefois relatif. Les brigades spécialisées dans les investigations numériques, notamment la cinquième brigade de la Garde nationale d’El Aouina, disposent de moyens d’enquête permettant de rechercher l’identité des administrateurs de pages Facebook. La coopération de la plateforme, notamment à travers la transmission de données techniques dans le cadre des procédures légales, peut contribuer à leur identification. L’expérience des enquêtes menées en Tunisie montre ainsi que l’absence de nom ou de coordonnées sur une page ne constitue pas nécessairement un obstacle à l’identification de ses responsables. L’anonymat affiché sur les réseaux sociaux ne garantit donc nullement l’anonymat devant la justice.

    UADH, des informations financières attendues depuis des années

    L’affaire intervient dans un contexte particulier. Les derniers états financiers annuels publiés par UADH concernent l’exercice 2020. Ils n’ont été rendus publics qu’en juillet 2026, en même temps que ceux des exercices 2018 et 2019.

    Les documents publiés révèlent notamment une perte consolidée de près de 38,9 millions de dinars en 2020. Les commissaires aux comptes ont assorti leur opinion de nombreuses réserves et attiré l’attention sur les difficultés financières de plusieurs filiales, ainsi que sur les incertitudes entourant leur continuité d’exploitation.

    Plus significatif encore, les auditeurs ont expressément relevé, dans leur rapport sur les comptes individuels, des manquements aux délais légaux de publication et de divulgation des informations financières.

    Ces comptes décrivent une situation vieille de six ans et ne permettent pas de connaître la santé financière actuelle du groupe. Dans ces conditions, toute nouvelle information concernant UADH est naturellement susceptible de susciter un intérêt particulier chez les actionnaires et les investisseurs.

    Ces retards ne sauraient pour autant justifier une diffusion irrégulière de documents. Mais cette situation rappelle que la transparence financière constitue elle-même une obligation réglementaire, indispensable au bon fonctionnement du marché.

    Que prévoit l’article 81 invoqué par le CMF ?

    Dans son communiqué du 7 octobre, le Conseil du marché financier a fait référence à l’article 81 de la loi n° 94-117 du 14 novembre 1994 portant réorganisation du marché financier.

    Cet article distingue plusieurs infractions, assorties de sanctions pécuniaires.

    La première concerne les personnes qui, disposant d’informations privilégiées dans l’exercice de leur profession ou de leurs fonctions, réalisent des opérations sur le marché en exploitant ces informations avant leur communication au public. Elles encourent une amende de 1.000 à 10.000 dinars. En cas de profit, l’amende peut atteindre le quintuple du gain réalisé, sans pouvoir lui être inférieure.

    Le texte sanctionne également la diffusion sciemment de fausses informations ou d’informations trompeuses susceptibles d’agir sur les cours, ainsi que les manœuvres destinées à entraver le fonctionnement régulier du marché ou à induire autrui en erreur. Les mêmes peines sont prévues.

    Enfin, la communication d’informations privilégiées à un tiers, en dehors du cadre normal des fonctions professionnelles, est passible d’une amende de 1.500 à 15.000 dinars.

    Une publication anticipée constitue-t-elle nécessairement une infraction ?

    L’article 81 ne sanctionne pas indistinctement toute diffusion anticipée d’un document financier. Il vise des comportements précisément définis, dont les éléments constitutifs doivent être établis.

    La publication de documents authentiques avant leur diffusion officielle ne saurait ainsi être automatiquement assimilée à la propagation de fausses informations. De même, la communication irrégulière d’informations privilégiées suppose que soient réunies les conditions prévues par la loi, notamment celles relatives à la qualité de la personne qui détenait ces informations.

    Une distinction s’impose également entre celui qui a eu accès aux documents, celui qui les a éventuellement transmis et celui qui les a publiés sur Facebook. Il ne s’agit pas nécessairement de la même personne, et leurs responsabilités éventuelles ne peuvent être confondues.

    La disparition d’InfoBourse TN au lendemain de la réaction du CMF ne permet, à elle seule, de tirer aucune conclusion sur une éventuelle responsabilité de ses administrateurs. Si des poursuites sont engagées, il appartiendra à la justice d’établir les circonstances de la diffusion des documents, d’identifier les personnes impliquées et de déterminer si les faits correspondent à l’une des infractions prévues par la loi.

    Raouf Ben Hédi

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