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Désapprendre la servitude : l’urgence d’une décolonisation de l’intérieur

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Par Ithar El Heni

    Par Ithar El Heni

    L’autocrate : ce colon endogène 

    Il n’y a pas si longtemps, la mécanique de l’oppression coloniale répondait à une équation simple : une puissance étrangère s’installait, siphonnait les ressources d’un territoire, écrasait toute résistance et achetait la complaisance de quelques collaborateurs en échange de pitoyables privilèges.

    Si l’on observe l’anatomie d’une dictature, les variables sont tragiquement similaires. L’autocrate accapare les richesses, asphyxie ses opposants, maintient sa population dans une misère systémique et nourrit grassement l’écosystème de ses propagandistes.

    À bien y regarder, la dictature n’est qu’une mutation, plus endogène, plus pathologique, du colonialisme. L’oppresseur ne vient plus d’au-delà des mers ; il partage notre identité, notre nationalité, notre Histoire. Mais là où le colon exploitait pour étendre la sphère d’influence de sa métropole lointaine, le dictateur agit comme un parasite : il nécrose son propre corps social pour son strict bénéfice individuel.

    Le résultat structurel est le même. Le régime colonial bâtissait une asymétrie brutale, réservant l’accès à la santé, à l’éducation et à l’économie à ses colons, reléguant les locaux au rang de sous-citoyens. La dictature reproduit ce clivage avec une précision clinique : elle immunise sa caste dirigeante tout en privant le peuple de ces mêmes droits vitaux. Sous ce système, le citoyen finit par être réduit au statut d’indigène, de colonisé dans son propre pays.

    Et pourtant, face à cette symétrie des oppressions, une asymétrie monstrueuse fausse notre perception collective. Comme frappée d’une profonde dissonance cognitive, notre culture populaire applique un prisme déformant à l’Histoire.

    Sous ce filtre, la polarité des valeurs s’inverse de manière irrationnelle : le résistant anticolonial est statufié en héros absolu, tandis que l’opposant à la dictature est dégradé au rang de « vendu ». Celui qui alerte la communauté internationale contre les abus du colon est célébré pour son courage historique ; mais le lanceur d’alerte qui dénonce l’écrasement de son propre peuple par un régime autocratique est immédiatement condamné comme un traître à la nation.

    L’anomalie atteint son paroxysme dans notre traitement de la compromission. Le système immunitaire de notre société rejette violemment le collaborateur colonial, le vouant à un mépris viscéral et définitif. Pourtant, cette même société tolère, normalise, et finit même par honorer les propagandistes, les courtisans et les porte-paroles de la tyrannie locale.

    Notre faillite 

    Si nous avions su exposer au grand jour l’exacte symétrie entre le système colonial et la dictature, serions-nous aujourd’hui mieux armés pour soulever le peuple contre l’autocratie ? Aurions-nous le courage de briser le tabou de la résistance violente, en la pensant non pas comme une dérive, mais comme la seule réponse proportionnelle face à un pouvoir qui nous écrase ?

    Au lendemain de la révolution, cette formidable rupture qui a libéré tant de rêves et d’espoirs, nous avons échoué dans notre phase de consolidation. Nous n’avons pas su cristalliser une nouvelle mémoire collective. Nous avons failli à synthétiser un récit national qui aurait agi comme un anticorps : un récit ne laissant que le mépris pour les rouages du système de Ben Ali, tout en gravant dans notre ADN social une admiration indéfectible pour ses dissidents.

    La nature ayant horreur du vide, notre échec narratif a laissé l’entropie s’installer. Nous n’avons pas su vacciner notre Histoire commune contre la dangereuse nostalgie de l’ordre oppressif. Plus grave encore, nous n’avons pas suffisamment investi dans l’idée même de liberté : nous avons oublié d’enseigner qu’elle n’est pas un concept abstrait, mais l’oxygène élémentaire, la condition absolue à la vitalité de notre nation.

    Quand notre élite, qu’elle soit politique ou intellectuelle, a plongé dans les conflits interminables pour savoir qui détient la vérité absolue, qui est le plus légitime à gouverner, un détail fondamental a été mis de côté : le peuple. Ce peuple qui a vécu sous le joug d’autocrates pendant des décennies et qui a assimilé l’oppression jusque dans son ADN. Ce peuple avait besoin d’une déconstruction chirurgicale de sa culture d’oppressé ; lui qui croit dur comme fer qu’il ne peut être gouverné que par la force, qu’il ne pourra jamais s’élever au rang de citoyen digne de liberté.

    Notre élite a oublié son véritable dessein : celui de bâtir une culture démocratique, de réhabiliter la perception de la liberté, et de semer les graines de la résistance à toute nouvelle dérive autoritaire. Pire encore, une partie de cette élite a applaudi cette dérive par simple mépris pour ses antagonistes idéologiques.

    Aujourd’hui encore, alors que l’autocratie s’est réinstallée en maîtresse des lieux, imposant de nouveau le dilemme artificiel de l’ordre de fer ou du chaos absolu, notre élite se révèle incapable de suspendre sa guerre d’usure. Cette paralysie mutuelle ne fait que consolider le pouvoir sans partage du locataire de Carthage. Si nous commencions à traiter ce système pour ce qu’il est, une force coloniale de l’intérieur qui prend notre nation en otage, serions-nous enfin capables de neutraliser nos différends pour faire front commun et le démanteler ?

    Cette lutte de démantèlement ne peut plus se faire en vase clos. Elle doit réintégrer au centre de son équation un peuple délaissé par tous ceux qui l’ont gouverné. Elle doit faire corps avec ses aspirations, ses intérêts, ses rêves, et par-dessus tout, ses urgences quotidiennes. L’élite ne peut plus se contenter de prescrire la marche à suivre depuis son piédestal ; elle doit se synchroniser avec la souffrance populaire et s’ancrer dans sa réalité. Il est grand temps de cesser de vendre la liberté comme un concept philosophique abstrait, pour la redéfinir concrètement : le seul moteur viable, l’unique condition capable d’optimiser le véritable potentiel de notre pays. 

    BIO EXPRESS

    Ithar El Heni est ingénieure et fille du journaliste incarcéré Zied El Heni

    Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.

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    6 commentaires

    1. Roberto Di Camerino

      Répondre
      11 octobre 2026 | 15h05

      GPTZero AI Detection
      Model 4.1m
      We are highly confident this text was AI generated

    2. Mohamed Mabrouk

      Répondre
      9 octobre 2026 | 13h00

      Je corrige لن نصبر على طعام واحد
      Le sens est presque le meme
      Desolé pour l’erreur

    3. " Sans armes, ni haine ni violences " ou simple rappel sans faire affront, ni jugement d'intention...

      Répondre
      9 octobre 2026 | 10h55

      « [Si nous avions su exposer au grand jour l’exacte symétrie entre le système colonial et la dictature, serions-nous aujourd’hui mieux armés pour soulever le peuple contre l’autocratie ? Aurions-nous le courage de

      briser le tabou de la résistance violente, en la pensant non pas comme une dérive, mais comme la seule réponse proportionnelle

      face à un pouvoir qui nous écrase ?]  »

      Ouh là.

      Comment dire…

      On peut tomber des nu(K)es à la lecture entre les lignes de l’article dans son ensemble !

      Heureusement que ça reste dans la métaphore de salon et du grand classique en « décolonialité « de l’esprit.

      Gaffe à la tentation et à l’appel potentiellement pris pour la violence armée, à prendre le maquis ou à plan de guérilla urbaine…

      SURTOUT PAS !

      SURTOUT PAS !

      SURTOUT PAS !

      Secouer les méninges de l’élite et du populaire local, ok.

      Thérapie de groupe pour intellos ingénieur.e.s plus ou moins ingénu.e.s, ok.

      Mais la méthode forte… « Nope ! »

      Osons le rappel, c’est jamais superflu :

      La violence est LE piège parfait et c’est tout ce que souhaite ces types de régimes colons, à fortiori celui imamatriKulé QômcepSion antidémocratique et contre-révolutionnaire en Kours, régime triplement illégitime des frêres Rois Mollahs Qaramitas peuplicidaires et du foutu Karteron Kômplice des généraux « six pacKS » grassement françalgériatriques …

      Le fantasme de la « rupture » pour sortir les dents, les poings, les armes, briser le » tabou » ?

      Le foutu régime dira alors  » Merci beaucoup du cadeau ! C’est exactement ce qu’ on attendait pour sortir blindés, couper communications et eKSpliquer placidement, autistiKement et sourire intérieur naoufélon qu’ on protège la nation contre les « comploteurs traîtres terroristes » « .

      Gaffe aux syndrômes iraqo-iranien mollahrdisé, libaniaisé mezbollah, exténué Yemen houtirisé et ex-Syrie bacharognardisé où quand certain.e.s pensent faire « la révolution des opprimés » finissent par se retrouver dix ans plus tard dans un remake trajiKÔMique hémorragique où le remède est mille fois pire que le mal !!

      Le pouvoir autocratique dictatorial adore la violence.

      C’est sa langue maternelle.

      Et il la parle bien mieux que quiconque.

      La solution n’est pas « dans le bruit et la fureur. »

      Le vrai cauchemar d’un dictateur n’est pas un.e insurgé.e avec armes, dents, poings et pavés au dehors.

      C’ est plutôt un pays entier qui lui verbalise ses quatres vérités et se mobilise en boycott généralisé.

      C’est la rue occupée pacifiquement par jeunes, moins jeunes, jeunes vieux, vieux jeunes et vieux de la vieille, petites familles et familles nombreuses, fonctionnaires, batalla, bostajia, hamassa, hwentiya avec tous les éléments restés patriotes de l’administration, de l’armée et de la police qui agissent et clament fermement :  » Non merci, on ne joue plus du tout ! Dégagez et rendez les comptes, bande de zagafous ! « .

      C’est ça, l’ultime solution en « décolonisation » authentique.

      C’est ça, vider efficacement le pouvoir de sa substance à terme et sans lui donner une seule goutte de sang pour se nourrir…

      NON au piège de la violence !

      – La confrontation violente et armée offre systématiquement le prétexte idéal pour légitimer les répressions féroces, proclamer l’état d’urgence et consolider l’ emprise dicKtatoriale.

      – La militarisation ou la radicalisation d’une contestation dérivent TOUJOURS vers la guerre civile et TOUJOURS vers le durcissement extrême du pouvoir en place plutôt que vers la démocratie.

      OUI à la force du boycott et de l’action civile !

      – Une méthode des plus robustes et historiquement éprouvées pour faire chuter ces types de régimes illégitimes et enfin réussir une transition démocratique pleinement.

      Oui au BoyKott généralisé et à l’occupation pacifique de l’espace public !

      C’est l’adhésion de tous les segments de la société (civils, fonctionnaires et éléments patriotes restants des forces de sécurité et de l’armée) qui paralyse le pouvoir et force le changement… sans déchirer définitivement et criminellement coûteux au peuple le tissu étatique national et institutionnel !

      Face à un pouvoir de nature purement violente et structurelle, les moyens légaux semblent certes inefficaces.

      Pour autant, la violence active ne garantit pas réappropriations mais risque plus systématiquement d’engendrer un cycle de violences incontrôlables, radicaliser le pouvoir et justifier une répression encore plus sanglante…Tout ça pour aboutir à l’installation d’un nouveau régime autoritaire toujours et encore pire par ce biais.

      Bref.

      Préférer toujours la résistance civile élargie et non-violente, celle qui demeure seule et unique clé des plus efficaces de l’adhésion populaire comme internationale à terme…quand bien perçue comme inefficace ou trop lente face à au régime oppressif et se voit eKSposée, elle et les sympathisants ou militants contestataires, à des arrestations et des violences.

      Autre chose enfin pour finir.

      Il est juste et pertinent (comme on pourrait le percevoir à travers lignes et lecture globale de l’article) de penser et puiser « décolonialité essentielle » à partir de Fanon, Césaire, Saïd et consort…

      Mais ces illustres moteurs de mobilisations intellectuelles, sociales, économiques et politiques sont manquants comme négligents de pans entiers substantiels culturels et référentiels propres à l’héritage de ce pays tunisien et au delà.

      Avec Fanon, Saïd, Césaire, il y a aussi les négligés Ibn Khaldoun, Achour, Bennabi, Amin, Kane, Anta Diop, Bamba, Hampâté Ba, Touré, El Mokhtar, El Taleb, Al khattabi, Afghani, Abduh, Ibn Badis etc.

      Penser alors également à penser et puiser plus riche, subtile et plus pleinement comme potentiellement efficace à terme dans cette longue tradition de pensée africaine, levantine, moyen-orientale ou encore sud asiatique à référents spirituels, ethiques et philosophique de Résistance via à vis de la Colonialité des harmonies intimes, de la dimension trancendentale, des intelligences, du politique, de l’économique et des ordres de références du savoir…

      Se nier, s’ignorer, se négliger conduit à être nié, ignoré, négligé…

      Gare aux coûteux complexes de cloisonnements référentiels aussi fallacieux qu’essentialisants et aux sanglants pièges des plus regrettables comme sans retour de la violence armée contestatrice, du décolonialisme conceptuel hémiplégique et du nationalisme fragmentant neutralisateur des forces vives unificatrices comme amoindrisseur tout en restriction et réduction des horizons de libérations, émancipations…et « décolonialité-décolonisation » authentiques comme enfin abouties 😉

      LIBERTE, DIGNITE DE TRAITEMENT ET SOLIDARITE POUR HENNI EN PASSANT PAR CHEBBI, GHANNOUCHI JUSQU’À AUTRE MOUSSI AINSI QUE POUR LES MILLIERS DE DETENU.E.S POLITIQUES COMME D’OPINIONS SANS E.KS.CEPTIONS !

    4. Vladimir Guez

      Répondre
      9 octobre 2026 | 8h25

      Il y a de ça en effet. Mais ce que vous décrivez ressemble plus à de la soumission que de la servitude. Vous n’avez pas osé le mot par ce qu’il est connoté religieusement. Et si c’est le cas vous vous y êtes soumis aussi.

      Cette société et cette culture produisent cette soumission. Elle n’est pas que religieuse. Elle est partout. Dans le conservatisme, dans le formatage idéologique, dans la moraline qui se derverse quotidiennement, dans l’injonction au patriotisme qui est la nouvelle arme de terrorisme intellectuel pour vous forcer a rentrer dans le rang.

      Le drame c’est que vos premiers geôliers et le plus gros effectif de cette police mentale sont vos parents, frères, soeurs, amis et collègues. A la fois mouton et gardien du troupeau. Il n’y a pas qu’un colon a chasser ou un dictateur a abbatre. Il y a bien plus a entreprendre.

      NB: Le plus grand respect à votre papa qui fait de la liberté la valeur suprême sans laquelle les autres ne sont pas grand chose.

    5. Mohamed Mabrouk

      Répondre
      9 octobre 2026 | 7h52

      Bonjour merci pour ce texte bien ecrit sourat el baqara prescrit qu’il ne faut pas contraindre les gens en matiere de religion (لا إكراه في الدين), ce qui comprend la pensée politique, fut elle fondée sur l’athéisme. Cette sourat prescrit aussi de ne pas echanger ses principes moraux contre des biens de consommation
      (و إذ قلتم يا موسى لن نرضى بطعام واحد) sous peine de vivre dans la misere morale (المسكنة) et l’indignité (الذل)
      et pourtant en majorité on fait le contraire, mufti compris. On merite donc le resultat

    6. tatranpion_8000

      Répondre
      9 octobre 2026 | 4h52

      La maturité citoyenne de la majorité de la population tunisienne est loin d’être effective.
      Ce n’est pas une raison pour se croiser les bras, mais vouloir dans ces conditions instaurer une gouvernance démocratique efficace releve de l’utopie
      Il faut une révolution des mentalités avant le démantèlement de toute dictature

    Répondre

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