L’économiste Sadok Rouai, ancien haut cadre de la Banque centrale de Tunisie (BCT) et ancien conseiller auprès d’un administrateur du Fonds monétaire international (FMI), publie un nouvel ouvrage intitulé « La genèse de la création de la Banque centrale de Tunisie et du dinar – Le rôle de la France et du FMI« , chez Arcadia Editions. Ce livre revient sur une étape décisive de l’histoire économique tunisienne et sur les rapports de force ayant accompagné la conquête de la souveraineté monétaire du pays.
L’auteur a annoncé la disponibilité de son ouvrage à l’occasion du 68e anniversaire de la création de la Banque centrale de Tunisie, le 19 septembre 2026. Une date symbolique pour revenir sur une période fondatrice de l’histoire monétaire nationale et sur les circonstances dans lesquelles la Tunisie s’est dotée de ses propres institutions financières.
La « bataille du dinar » à la lumière d’archives inédites
La création de la BCT et l’instauration du dinar, en 1958, sont généralement présentées comme des prolongements de l’indépendance politique acquise deux ans auparavant. Pourtant, selon l’auteur, la construction de la souveraineté monétaire tunisienne ne s’est pas faite de manière linéaire. Elle a été marquée par des négociations complexes, des pressions extérieures et des choix politiques et financiers qui ont pesé sur la mise en place des institutions monétaires nationales.
Pour retracer cette période, Sadok Rouai s’appuie notamment sur des documents qu’il présente comme inédits, issus des archives de la Banque de France et du FMI, ainsi que sur des témoignages de l’époque et des reconstitutions financières. Ces éléments lui permettent de proposer une lecture différente du récit traditionnel de la « bataille du dinar », longtemps enseigné dans les établissements scolaires et repris dans les ouvrages d’histoire.
L’auteur met particulièrement en lumière les fortes pressions exercées par la France dans le cadre des négociations monétaires. Il examine également le rôle du FMI et le soutien technique apporté par cette institution dans la structuration des réformes monétaires tunisiennes. Son travail s’intéresse aussi aux experts qui ont participé à ce processus, mais dont le rôle est, selon lui, longtemps resté dans l’ombre.
Au-delà des décisions politiques et institutionnelles, l’ouvrage cherche ainsi à restituer les circonstances, les acteurs et les enjeux qui ont présidé à la naissance de la Banque centrale et de la monnaie nationale. Il entend notamment montrer que cette étape de l’histoire économique tunisienne ne saurait être réduite à une simple rupture avec les mécanismes financiers hérités de la période coloniale.
De la Banque centrale de Tunisie au FMI, un parcours au cœur des institutions monétaires
Cette publication s’appuie également sur le parcours de son auteur, qui possède une longue expérience des institutions monétaires nationales et internationales. Diplômé de la Faculté de droit et des sciences économiques de l’Université de Tunis et titulaire d’un diplôme d’études supérieures bancaires de l’Institut technique de banque de Paris, Sadok Rouai a commencé sa carrière à la Banque centrale de Tunisie.
Il y a notamment exercé au sein des départements des études, des relations internationales et de la supervision bancaire, avant de rejoindre le FMI en 1987. Il y a occupé, pendant plus de trois décennies, les fonctions de conseiller principal auprès d’un administrateur.
Sadok Rouai est également connu des lecteurs de Business News à travers ses tribunes consacrées aux questions économiques et financières, dans lesquelles il partage ses analyses sur les enjeux auxquels fait face l’économie tunisienne.
En revenant sur les négociations, les pressions et les arbitrages qui ont accompagné la naissance du dinar, Sadok Rouai remet ainsi en perspective un épisode fondateur de l’histoire économique tunisienne, à l’heure où les questions de souveraineté monétaire et de relations avec les institutions financières internationales continuent d’alimenter le débat économique national.
I.N.










