La programmation des vacances scolaires d’hiver pour l’année 2026-2027 suscite la contestation des professionnels du tourisme. La Fédération interprofessionnelle du tourisme tunisien (Fi2T) appelle le ministère de l’Éducation à revoir les dates retenues, qui imposent aux élèves une reprise des cours avant les festivités du Nouvel An. Une situation qui risque de compromettre les projets de vacances de nombreuses familles et de priver toute une chaîne d’activités économiques d’une partie de sa clientèle à l’occasion de la Saint-Sylvestre.
Dans un communiqué rendu public vendredi 9 octobre 2026, la fédération a demandé que les vacances d’hiver, fixées du lundi 14 au dimanche 27 décembre 2026, soient réaménagées afin de permettre aux familles tunisiennes de profiter pleinement des fêtes de fin d’année.
Le calendrier scolaire, publié par le ministère de l’Éducation, prévoit en effet une reprise des cours dès le lundi 28 décembre. Les cours se poursuivront ainsi jusqu’au jeudi 31 décembre, veille du Nouvel An, le vendredi 1er janvier 2027 étant férié.
Pour les professionnels du tourisme, cette programmation pose un problème concret : les familles ayant des enfants scolarisés pourront difficilement organiser des séjours ou des déplacements dans d’autres régions pour célébrer la Saint-Sylvestre. Une contrainte qui risque de peser sur la fréquentation des établissements touristiques et, plus largement, sur les activités économiques qui bénéficient traditionnellement des déplacements et des dépenses des familles pendant les fêtes.
Des vacances scolaires en décalage avec les congés de certaines entreprises
Le problème ne se limite toutefois pas aux seuls intérêts des professionnels du tourisme. Le calendrier scolaire ne coïncide pas nécessairement avec celui des congés professionnels, notamment dans certaines entreprises tunisiennes qui entretiennent des relations commerciales étroites avec des partenaires étrangers.
Plusieurs secteurs, dont le textile, les industries mécaniques, les activités exportatrices et les services, travaillent avec des entreprises internationales, particulièrement européennes, dont l’activité ralentit traditionnellement entre Noël et le Nouvel An.
On pourrait objecter que les parents peuvent simplement prendre leurs congés pendant les vacances scolaires de leurs enfants, du 14 au 27 décembre. Mais cette possibilité se heurte parfois aux contraintes professionnelles de fin d’année.
Pour de nombreuses entreprises, décembre constitue une période particulièrement chargée. Entre la réalisation des objectifs annuels, la finalisation des commandes, la clôture des dossiers et la volonté d’améliorer les performances par rapport à l’exercice précédent, certaines maintiennent un rythme de travail soutenu jusqu’aux derniers jours précédant Noël. Dans ces conditions, les salariés ne peuvent pas toujours prendre leurs congés au moment où leurs enfants sont en vacances.
Ce n’est parfois qu’avec le ralentissement de l’activité de leurs partenaires étrangers, notamment européens, entre Noël et le Nouvel An, que certaines entreprises peuvent envisager une réduction de leur rythme de travail et permettre plus facilement à leurs salariés de s’absenter. Cette période devient alors une occasion de programmer quelques jours de vacances, de voyager à l’intérieur du pays ou de profiter des activités de loisirs proposées pendant les fêtes.
Or, c’est précisément à ce moment-là que les élèves tunisiens reprennent les cours. Les familles concernées se retrouvent ainsi face à un calendrier inversé : lorsque les enfants sont en vacances, les parents travaillent ; lorsque les parents peuvent enfin prendre quelques jours de repos, les enfants retournent à l’école.
Prenons l’exemple d’une famille tunisoise souhaitant profiter de quelques jours de congé pour se rendre à Djerba ou à Tozeur et y célébrer la Saint-Sylvestre. Même si les parents sont en vacances, leurs enfants devront reprendre les cours dès le 28 décembre. Avec une journée de classe pouvant se prolonger jusqu’en fin d’après-midi le jeudi 31 décembre, difficile d’envisager un déplacement de plusieurs centaines de kilomètres pour profiter du réveillon, et encore moins un séjour de plusieurs jours.
Le jour férié du 1er janvier peut certes permettre un court déplacement, mais il ne compense pas l’absence de vacances scolaires pendant les journées précédant le réveillon.
Un tel séjour aurait pourtant pu bénéficier à toute une chaîne d’activités économiques : hébergement, restauration, cafés, transport, artisanat, commerces, visites culturelles et loisirs. Autant de dépenses potentielles qui ne se limitent pas aux établissements hôteliers et qui contribuent à faire vivre l’économie touristique des régions.
Les conséquences potentielles de cette programmation dépassent d’ailleurs largement les seuls séjours touristiques. Les vacances scolaires constituent également une période propice aux sorties familiales et aux activités de divertissement, y compris pour les ménages qui ne quittent pas leur région.
Restaurants, cafés, salles de cinéma, spectacles, manifestations culturelles, parcs d’attractions lorsque les conditions météorologiques le permettent, ou encore espaces de jeux couverts peuvent bénéficier d’une fréquentation accrue lorsque les enfants sont en vacances. Les visites de sites historiques, les promenades dans les souks et les achats de produits artisanaux participent également à cette dynamique de consommation.
La reprise des cours avant le Nouvel An réduit ainsi les possibilités pour les familles de profiter pleinement de ces activités, particulièrement lorsque les parents disposent eux-mêmes de congés professionnels.
La Fi2T attire précisément l’attention sur les conséquences économiques du calendrier retenu. Elle estime que cette programmation risque de limiter les possibilités offertes aux familles de profiter des prestations touristiques proposées pendant les festivités de fin d’année et, par conséquent, de peser sur l’activité des professionnels.
Une alternance des vacances entre les cinq régions éducatives
Au-delà de la question des vacances d’hiver, la Fi2T propose une réflexion plus large sur l’organisation du calendrier scolaire et son articulation avec les besoins du secteur touristique.
Actuellement, les vacances scolaires sont fixées aux mêmes dates sur l’ensemble du territoire tunisien, conformément à un calendrier national uniforme établi par le ministère de l’Éducation. Contrairement à certains pays, notamment la France, où les congés sont échelonnés selon les zones géographiques, la Tunisie applique un calendrier commun aux établissements scolaires relevant du ministère de l’Éducation.
La fédération propose de modifier ce fonctionnement en instaurant un système d’alternance dans la programmation des vacances scolaires entre les cinq régions éducatives du pays. Une proposition qui constituerait un changement important dans l’organisation actuelle du calendrier scolaire.
L’objectif serait d’étaler la demande touristique sur une période plus longue, plutôt que de concentrer les déplacements et les séjours sur quelques semaines de forte affluence.
Selon la Fi2T, cette organisation contribuerait à réduire la pression sur les établissements touristiques, à limiter les hausses de prix et à améliorer l’utilisation des capacités d’hébergement et des services disponibles. Elle permettrait également à un plus grand nombre de familles de bénéficier des offres touristiques dans de meilleures conditions.
La fédération met également en avant les conséquences possibles sur l’emploi. Dans un secteur qui recourt largement à la main-d’œuvre saisonnière, l’allongement des périodes d’activité touristique pourrait permettre de prolonger la durée des emplois saisonniers, plutôt que de concentrer l’activité sur quelques semaines seulement. Une évolution qui favoriserait, selon la Fi2T, une plus grande stabilité des revenus des travailleurs concernés.
La fédération ne précise toutefois pas si les cinq régions éducatives évoquées correspondent aux cinq districts territoriaux existants, ni selon quelles modalités pratiques cette alternance des vacances scolaires pourrait être organisée. Une telle réforme supposerait notamment de prendre en compte l’organisation des établissements scolaires, les contraintes pédagogiques et la situation des familles dont les membres pourraient être soumis à des calendriers différents.
La Fi2T précise que ses propositions s’inscrivent dans une démarche participative fondée sur la concertation et le dialogue entre le ministère de l’Éducation et les structures concernées par le secteur touristique. L’objectif affiché est d’assurer une meilleure cohérence entre le calendrier scolaire et les enjeux sociaux, économiques et touristiques, tout en faisant du tourisme intérieur un levier du développement régional et une composante de la qualité de vie des familles tunisiennes.
La fédération réaffirme ainsi sa disponibilité à contribuer à un dialogue constructif visant à améliorer les mécanismes de coordination entre les vacances scolaires et les programmes touristiques, au service des familles et des entreprises du secteur.
Reste que modifier le calendrier scolaire implique de concilier des impératifs parfois difficiles à faire coïncider. La revendication de la Fi2T met néanmoins en lumière une réalité économique : les vacances scolaires influencent non seulement les départs en voyage, mais aussi les loisirs et les dépenses des familles, avec des retombées potentielles pour de nombreuses activités commerciales, culturelles et touristiques. Lorsque les congés des parents et ceux de leurs enfants ne coïncident pas, c’est toute cette dynamique qui risque d’être freinée.
I.N.
*Photo d’illustration










