La justice a condamné l’homme d’affaires Maher Chaâbane et l’ancienne maire de La Goulette, Amel Limam, à cinq ans de prison chacun. Cette affaire remet en lumière les soupçons de favoritisme et d’irrégularités dans la gestion municipale, notamment autour de l’exploitation de la fourrière des Berges du Lac 2.
La quatrième chambre criminelle du tribunal de première instance de Tunis a condamné l’homme d’affaires Maher Chaâbane et l’ancienne maire de La Goulette, Amel Limam, à cinq ans de prison chacun. Les deux condamnés ont également écopé d’amendes dont le montant total dépasse les deux millions de dinars, selon les informations communiquées.
Cette décision marque une nouvelle étape dans un dossier judiciaire qui mêle gestion municipale, intérêts économiques privés et soupçons d’irrégularités administratives et financières. Une affaire sur laquelle Business News était déjà revenu, en détaillant les investigations visant l’ancienne élue et les liens présumés entre certaines décisions municipales et les intérêts de l’homme d’affaires.
La fourrière des Berges du Lac 2 au cœur du dossier
Élue maire de La Goulette en juillet 2018 sous la bannière de Nidaa Tounes, Amel Limam est détenue depuis juin 2024 dans le cadre de cette affaire. Les investigations menées par le Pôle judiciaire économique et financier portaient notamment sur des soupçons d’abus de fonction, de corruption et de favoritisme au profit d’intérêts économiques privés.
Au centre des investigations figure notamment l’exploitation de la fourrière des Berges du Lac 2, un service public dont les conditions d’attribution ont suscité des interrogations. Cette zone, rattachée administrativement à la municipalité de La Goulette, accueille également plusieurs projets économiques associés à Maher Chaâbane.
L’enquête s’est intéressée aux conditions dans lesquelles certaines facilités administratives auraient été accordées et à la manière dont des intérêts privés auraient pu bénéficier de décisions relevant de la gestion municipale. Les accusations formulées au cours de la procédure portaient notamment sur des irrégularités présumées dans l’exercice des prérogatives de l’ancienne maire.
Un dossier à la croisée du pouvoir local et des intérêts privés
Le nom de Maher Chaâbane s’est imposé au fil de cette affaire. L’homme d’affaires, dont les activités s’étendent à plusieurs secteurs, est également cité dans d’autres volets judiciaires, notamment pour des soupçons de corruption, de blanchiment d’argent et de falsification de documents.
Dans notre article consacré à l’affaire, nous avions retracé les étapes de l’instruction et les accusations retenues contre l’ancienne élue, ainsi que les liens présumés entre ses prérogatives municipales et les intérêts économiques de Maher Chaâbane.
L’affaire avait notamment conduit à examiner les conditions d’attribution de marchés et de services relevant de la municipalité, dans un contexte où les rapports entre responsables locaux et opérateurs économiques étaient au cœur des investigations.
Avec cette condamnation à cinq ans de prison pour chacun des deux prévenus, le dossier franchit une nouvelle étape judiciaire. Il rappelle surtout les enjeux liés à la transparence de la gestion municipale et à l’attribution des services publics, lorsque des soupçons font état d’un possible chevauchement entre responsabilités administratives et intérêts privés.
S.H












2 commentaires
jamel.tazarki
Introduction: Cette histoire « d’’irrégularités dans la gestion municipale » me fait penser à cette histoire des terres domaniales. Le fait qu’une propriété de l’État ait été louée ou vendue à un bon prix ne signifie pas pour autant qu’il y a eu corruption. C’est avant tout une question d’offre et de demande.
A) En Tunisie, l’expression « terres domaniales » (du mot domaine) désigne les terres qui appartiennent au domaine privé de l’État.
-a1) Ceux qui ont le capital et l’expérience nécessaires pour cultiver ces terres domaniales refusent partiellement de le faire. Quant à ceux qui n’ont ni les moyens ni l’expérience, ils n’osent pas! Ainsi, certaines terres domaniales restent en friche non cultivées
B) Je cite Busines News TN du 4 mars 2025: » Par ailleurs, le président de la République a évoqué un projet de texte visant à accorder la priorité dans la location des terres domaniales aux créateurs de sociétés communautaires, précisant que ce droit de priorité est une pratique courante qui permet de générer de la richesse et de favoriser l’emploi des chômeurs. »
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Voir le lien:
https://businessnews.com.tn/2025/03/04/kais-saied-ordonne-un-inventaire-exhaustif-de-toutes-les-proprietes-de-letat/1355305/
C) Qui serait prêt à prendre en charge les terres domaniales ?
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-c1) La grève invisible des investisseurs expérimentés
Les entrepreneurs agricoles, les ingénieurs et les Sociétés de Mise en Valeur qui détiennent le capital et le savoir-faire ont choisi partiellement le retrait. Face à ce qu’ils perçoivent comme une dérive autoritaire et imprévisible — où un retard de paiement de loyer ou un différend technique avec l’administration peut être requalifié en « spoliation de biens publics » ou en « complot » — ils refusent partiellement de prendre le moindre risque. Pour eux, investir des millions de dinars dans des infrastructures (irrigation, plantations) sur une terre de l’État est devenu un danger juridique majeur. Ils préfèrent geler leurs projets ou investir ailleurs.
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-c2) La peur des profils non expérimentés –> de l’autre côté, les petits agriculteurs ou les chômeurs de bonne volonté, bien que ciblés par les discours officiels, se retrouvent face à une double barrière :
-c1.1) La peur de l’échec et de ses conséquences : Dans le climat actuel, échouer à rentabiliser une terre de l’État ou ne pas honorer le cahier des charges fait craindre des sanctions disproportionnées.
C1.2) Le manque de moyens : Sans capitaux et sans l’expérience requise pour affronter la sécheresse extrême que traverse la Tunisie, ils savent pertinemment qu’ils courent à la faillite. L’audace ne suffit pas face aux réalités économiques et climatiques.
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-c3) Les terres domaniales prises partiellement au piège: Le résultat direct de ce double blocage est exactement celui d’un abandon partiel forcé de la terre. L’État a rompu partiellement des contrats des anciens locataires (souvent emprisonnés ou poursuivis), mais l’administration est incapable de trouver suffisamment de nouveaux repreneurs ayant le capital et le savoir-faire. Les appels d’offres restent partiellement infructueux et les terres, autrefois hautement productives, se transforment partiellement en friches, ce qui aggrave la crise alimentaire et la dépendance de la Tunisie envers les importations.
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-c4) Le projet présidentiel des sociétés communautaires tente ainsi de forcer le passage pour occuper ce vide, mais il se heurte à cette même réalité de terrain : la terre ne produit rien sans un climat de confiance juridique et des compétences techniques éprouvées.
Fazit: Le fait qu’une propriété de l’État ait été louée ou vendue à un bon prix ne signifie pas pour autant qu’il y a eu corruption. C’est avant tout une question d’offre et de demande.
Judili58
Rien n’a changé à part les bénéficiaires de ce système.