La Fédération tunisienne des artisans et des petites et moyennes entreprises réclame la suspension provisoire des 200 dinars facturés au titre des examens du permis de conduire, le temps de vérifier leur fondement juridique. En toile de fond, une polémique sur les tarifs des auto-écoles et une question qui reste entière : ces frais sont-ils officiellement fixés ou relèvent-ils de la tarification des établissements ?
Passer son permis de conduire coûte déjà plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de dinars en fonction du nombre d’heures de formation et des éventuels échecs. Mais une autre question se pose désormais aux candidats : sur quelle base leur réclame-t-on 200 dinars pour un examen ?
C’est le point soulevé par la Fédération tunisienne des artisans et des petites et moyennes entreprises, dimanche 11 octobre 2026, dans un communiqué adressé aux ministres et aux structures chargées de superviser le secteur de l’enseignement de la conduite, par l’intermédiaire de l’Agence technique des transports terrestres (ATTT).
La Fédération demande l’ouverture officielle du dossier, la publication des textes réglementaires encadrant les frais liés aux examens et, dans l’attente d’une clarification, le gel provisoire de ce montant de 200 dinars.
L’organisation professionnelle affirme que sa démarche ne vise pas les auto-écoles, mais entend défendre à la fois les intérêts des professionnels et ceux des candidats au permis. Elle estime que toute somme réclamée aux citoyens doit correspondre à une prestation clairement identifiée et reposer sur une base juridique explicite.
200 dinars : des frais d’examen qui font débat
Concrètement, les 200 dinars correspondent, selon les grilles tarifaires diffusées par certaines organisations professionnelles, aux frais facturés au candidat lors de sa présentation à une épreuve du permis de conduire. Pour les épreuves pratiques, ce montant est notamment présenté comme couvrant la mise à disposition du véhicule de l’auto-école le jour de l’examen, ainsi que les frais liés à cette prestation. Il ne s’agit donc pas du seul droit administratif d’inscription versé à l’Agence technique des transports terrestres (ATTT), mais d’un montant distinct dont la nature exacte et le fondement réglementaire restent à clarifier.
Selon des publications sectorielles, certaines auto-écoles appliquent ces tarifs depuis le 1er février 2026. La polémique a toutefois pris une nouvelle ampleur en juin, avec la diffusion d’une grille tarifaire par une structure régionale de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica) à Bizerte. Celle-ci prévoyait notamment 200 dinars pour chacune des trois épreuves liées au permis de conduire : l’examen théorique, la circulation et les manœuvres, portant ainsi à 600 dinars le montant cumulé des trois prestations.
Cette annonce avait suscité des interrogations sur une éventuelle hausse généralisée des tarifs. Le président de la Chambre syndicale nationale des propriétaires d’auto-écoles, Mohamed Fadhel Baccouche, avait toutefois rappelé que les établissements fixaient librement leurs prix et contesté l’existence d’une augmentation uniforme imposée à l’ensemble de la profession.
Il convient, à cet égard, de distinguer les grilles tarifaires diffusées par les organisations professionnelles des droits administratifs officiellement perçus par l’ATTT. Les droits d’inscription à l’épreuve théorique et à l’établissement du permis s’élèvent à 35 dinars, tandis que l’inscription à l’épreuve pratique coûte 17 dinars. Ces montants concernent les formalités administratives et ne doivent pas être confondus avec les éventuels frais facturés par une auto-école pour la mise à disposition d’un véhicule ou d’autres prestations.
La question soulevée par la Fédération tunisienne des artisans et des petites et moyennes entreprises porte précisément sur cette distinction.
Une voiture mise à disposition, mais à quel prix et selon quelles règles ?
Dans son communiqué, la Fédération demande aux autorités de répondre à plusieurs questions : quel texte juridique ou réglementaire fonde le montant de 200 dinars ? Quelle structure a fixé cette somme ? Qui la perçoit exactement ? Correspond-elle réellement à la location du véhicule le jour de l’examen ?
L’organisation soulève également une question pratique : comment ce montant est-il calculé lorsque le même véhicule est utilisé pour présenter plusieurs candidats au cours d’une seule journée ?
Derrière ces interrogations se trouve un enjeu de transparence. Si les 200 dinars correspondent à une prestation fournie par l’auto-école, il importe que le candidat puisse connaître sa nature, son prix et les conditions dans lesquelles elle lui est facturée. Si, au contraire, cette somme est présentée comme un droit officiel obligatoire, son fondement doit pouvoir être identifié.
À ce stade, les éléments disponibles ne permettent pas d’affirmer que les 200 dinars constituent un tarif national officiellement imposé à toutes les auto-écoles. La grille publiée par certaines structures témoigne de l’existence d’une tarification professionnelle annoncée, mais ne suffit pas, à elle seule, à établir l’existence d’un tarif réglementaire applicable à l’ensemble du pays.
La Fédération demande le gel du montant
La Fédération tunisienne des artisans et des petites et moyennes entreprises réclame, en attendant une réponse officielle, la suspension provisoire des 200 dinars contestés. Elle demande également que seuls les droits d’examen officiellement établis par l’ATTT continuent d’être appliqués, sans frais supplémentaires dont le fondement juridique ne serait pas clairement établi.
L’organisation insiste sur son droit à interroger les autorités et à demander des comptes sur les questions touchant aux professionnels et aux citoyens. Elle dénonce, dans son communiqué, les réactions suscitées par ses précédentes prises de position et refuse que le débat soit transformé en conflit entre représentants du secteur.
Son argument est simple : si les 200 dinars reposent sur un texte légal ou réglementaire, celui-ci doit être publié et porté à la connaissance du public. Dans le cas contraire, le montant doit être réexaminé.
Reste désormais à obtenir la réponse des autorités de tutelle et de l’ATTT. Car au-delà du différend entre organisations professionnelles, les candidats au permis de conduire sont en droit de savoir ce qu’ils paient, à qui ils le paient et sur quelle base.
R.B.H










