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Par Sofiene Ben Hamida

    Le journal télévisé du samedi 17 octobre 2026 était égal à lui-même : banal, médiocre et sans intérêt. Il n’a pas jugé utile d’informer les Tunisiens de la manifestation qui a eu lieu quelques heures auparavant, presque sous ses fenêtres. Tant pis, les Tunisiens sont convaincus que la télévision du secteur public n’informait plus et était devenue un simple outil de propagande.

    Pourtant, une manifestation imposante a harponné les artères de la capitale, ce samedi 17 octobre 2026. Elle était grandiose. Peut-être la plus importante depuis le 25 juillet 2021. Au moment où tout donnait l’impression que le Tunisien s’est résigné définitivement à sa condition de plus en plus misérable, cette manifestation vient comme un sursaut de dignité et montre la force de résilience de la société tunisienne. Elle mériterait d’être étudiée et analysée par les sociologues et les politologues pour comprendre les mécanismes des sursauts populaires en Tunisie quand tout montrait les signes d’une léthargie profonde. Car ce qui se passe maintenant est un peu le scénario de ce que le pays a vécu, à quelques nuances près, au cours des épisodes du 26 janvier 1978, de l’insurrection du pain de 1984, de la révolution du 14 janvier 2011 et du rassemblement Rahil en 2013. En attendant, on pourrait d’ores et déjà souligner quelques traits liés à la manifestation de ce samedi.

    Les enseignements de la manifestation

    Premièrement, cette manifestation a montré que la peur et les mesures de contrôle et de répression ont leurs limites. Les milliers de citoyens qui ont participé à cette manifestation ne sont pas des héros. Ce sont des Tunisiens qui ont bravé leur peur de finir en prison comme les centaines de leurs concitoyens qui croupissent encore dans les geôles insalubres pour avoir clamé leur citoyenneté et leur liberté. Ils ont transcendé leurs appréhensions de se voir maltraités, violentés ou tabassés par les forces de l’ordre. Mais ils ont estimé que la situation est devenue intenable et ont décidé de de dire, de crier à tue- tête, que cela suffit et qu’il faut arrêter cette descente aux enfers. Lors de la manifestation de ce samedi, ils ont repris les slogans qui ont conduit d’autres avant eux, devant des tribunaux expéditifs. Mais cette fois, ils n’ont pas pris peur et n’ont pas tremblé.

    D’un autre côté, la manifestation de ce samedi a montré que la volonté affichée du pouvoir en place d’éliminer les structures intermédiaires est une idée populiste inopérante qui ne résiste pas au bon sens et à la réalité d’une société civile et civilisée. Depuis son élection en 2019 et surtout depuis le 25 juillet 2021, le président Kaïs Saïed a refusé d’avoir des relations de partenariat avec les partis politiques et les organisations de la société civile. Disons plutôt qu’il refuse l’existence de ces structures intermédiaires. Il a mené une guerre sans relâche contre la centrale syndicale la privant de ses ressources et poursuivant en justice plusieurs de ses dirigeants. L’ordre des avocats connait les mêmes difficultés. Des associations comme la Ligue des Droits de l’Homme, les Femmes démocrates, le FTDES et autres ont vu leurs activités gelées. Mais toutes ces tracasseries contre les organisations de la société civile se sont avérées inefficaces. Il a suffi de l’appel de cette nouvelle troïka civile (UGTT, LTDH, Ordre des avocats), relié par plusieurs autres associations et organisations, pour que les tunisiens répondent présents et descendent en masse dans la rue. Même les partis politiques qu’on croyait décimés ont pris part à cette manifestation et y ont timidement participé.

    Le pouvoir doit réajuster sa politique

    Enfin, l’ampleur de la manifestation de ce samedi 17 octobre 2026, interpelle le pouvoir en place pour réajuster sa politique s’il aspire à se maintenir. En effet, ce sont les erreurs impardonnables du pouvoir et son laxisme qui ont accéléré le ras le bol général : Un été avec des températures exceptionnelles sans eau et sans électricité, des prix qui s’envolent, des pénuries à répétition des produits de base, des hôpitaux délabrés et une mauvaise prise en charge des patients faute de moyens et de personnel, un système d’éducation qui s’écroule, un chômage galopant et des villes sales qui sont devenues des dépotoirs à ciel ouvert.

    Cette manifestation invite massivement le pouvoir en place à changer de politique et à ouvrir, sans délais, des négociations avec les partis politiques et les organisations de la société civile. Il est temps de réaliser que ces structures intermédiaires longtemps boudées et dépréciées, sont indispensables et incontournables même. Il y va de sa pérennité. Il y va surtout de l’essor de la Tunisie et de l’épanouissement des Tunisiens.    

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    Commentaire

    1. Hannibal

      Répondre
      18 octobre 2026 | 16h57

      En utilisant des termes du rugby, je dis qu’il faut maintenant transformer l’essai.
      Manifester et protester c’est très bien. Bâtir ensemble un projet de société viable c’est indispensable.
      Mais avant cela, il faut commencer par anticiper la réaction du pouvoir parce que celui-ci ne va changer de méthodes du jour au lendemain.
      Attention donc au « je vous ai compris » ou au « on m’a induit en erreur » sans changement de gouvernance.

    Répondre

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