La réforme de l’administration tunisienne avance, du moins sur le papier. Quelque 2.250 procédures administratives sont concernées par un programme de simplification couvrant la période 2025-2027, dont le taux d’avancement atteint environ 70%. Près de 80% de ces procédures devraient également être numérisées, totalement ou partiellement, selon les données communiquées par la Direction générale des réformes et des études prospectives administratives, relevant de la présidence du gouvernement.
Ces chiffres figurent dans une réponse écrite à une question de la députée Mariem Cherif, portant sur la vision du gouvernement en matière de réforme législative, de modernisation de l’État et d’amélioration des conditions de vie des Tunisiens. La réponse a été publiée lundi 19 octobre 2026 sur le site officiel de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP).
L’objectif affiché est de simplifier les services administratifs, d’en améliorer la qualité et d’en faciliter l’accès. Un chantier qui touche directement le quotidien des citoyens et des entreprises, souvent confrontés à la multiplication des formalités, aux documents à fournir et aux déplacements entre différentes administrations.
68 nouvelles maisons de services numériques prévues d’ici 2030
Parmi les projets engagés figure l’extension progressive des maisons de services numériques dans les municipalités où la couverture géographique des services administratifs prioritaires demeure insuffisante.
Pour la période 2027-2030, le programme prévoit la mise en place de 68 nouvelles maisons de services numériques, à raison de 17 par an. Il s’agira de créer 12 nouvelles structures chaque année et de transformer cinq maisons de services multiservices, disposant de plusieurs guichets, en maisons de services numériques.
La Direction générale indique par ailleurs que 34 maisons de services numériques ont été mises en place en 2026, réparties sur 21 gouvernorats. Elles devraient répondre aux besoins de plus de 900.000 citoyens.
Ce déploiement vise notamment à rapprocher les services publics des habitants des zones insuffisamment couvertes. Reste que l’accès à ces structures ne constitue qu’une partie du défi : leur utilité dépendra aussi de la diversité des démarches qu’elles permettront d’accomplir et de la capacité des administrations concernées à traiter les demandes dans des délais raisonnables.
Une plateforme nationale pour centraliser les démarches
Autre volet du programme : le développement d’une plateforme nationale des procédures administratives. Celle-ci doit offrir un point d’accès unique permettant aux usagers de consulter les démarches exigées pour les services proposés par les organismes publics, de télécharger les formulaires et les documents nécessaires, et d’être orientés vers les plateformes numériques compétentes ou vers l’administration la plus proche.
La plateforme doit également intégrer une fonction de géolocalisation numérique. Les ministères disposeront, de leur côté, d’espaces numériques leur permettant de gérer, de mettre à jour, de valider et de publier les procédures administratives relevant de leurs compétences.
L’enjeu est de permettre aux citoyens de connaître à l’avance les pièces à fournir et les étapes à suivre, tout en limitant les déplacements inutiles. Mais l’efficacité de cet outil dépendra de l’actualisation régulière des informations, de la coordination entre les administrations et de la fiabilité des services proposés.
De l’école aux soins, simplifier les démarches autour des « événements de vie »
Le gouvernement poursuit également le projet de simplification des procédures selon l’approche dite des « événements de vie ». Contrairement à l’organisation administrative classique, qui oblige souvent l’usager à s’adresser à plusieurs structures distinctes, cette méthode consiste à regrouper les démarches autour d’une situation concrète vécue par le citoyen ou l’entreprise.
Une inscription scolaire, une demande de couverture sociale, l’accès aux aides sociales, une démarche liée aux soins ou encore l’obtention du permis de conduire peuvent ainsi être envisagés comme des parcours intégrés, plutôt que comme une succession de formalités indépendantes.
Selon la réponse officielle, cette approche a déjà permis de simplifier dix parcours concernant les citoyens et les entreprises, tandis que trois autres parcours dans le domaine social ont fait l’objet d’une nouvelle conception. Des avancées sont notamment signalées dans la numérisation et la simplification des démarches liées à l’inscription scolaire, à la couverture sociale, aux aides sociales, à l’accès aux soins et à la conduite automobile.
Le programme doit être progressivement élargi en 2027 à quatre événements de vie supplémentaires concernant les citoyens et les entreprises.
Le défi reste celui des résultats concrets
Avec un taux d’avancement annoncé de 70% pour le programme de simplification des 2.250 procédures, l’administration affiche une progression significative. La numérisation d’environ 80% de ces démarches, entièrement ou partiellement, constitue l’autre objectif central de cette réforme.
Ces indicateurs doivent toutefois être distingués de l’amélioration effective du service rendu. La simplification d’une procédure ne garantit pas, à elle seule, une réduction des délais de traitement. De même, la mise en ligne d’un formulaire ne signifie pas nécessairement qu’une démarche peut être accomplie intégralement à distance.
Pour les usagers, le changement se mesurera surtout à des résultats tangibles : moins de documents à fournir, moins de déplacements, des délais plus courts et des services accessibles sans multiplier les interlocuteurs. La réforme administrative ne se résume donc pas à numériser les formalités existantes. Elle suppose également de revoir les procédures, de mieux coordonner les organismes publics et de garantir que les outils annoncés fonctionnent effectivement.
Les chiffres communiqués par la présidence du gouvernement donnent une indication de l’état d’avancement du chantier. Ils ne suffisent cependant pas, à eux seuls, à mesurer les gains de temps réalisés par les citoyens et les entreprises ni à établir dans quelle mesure les difficultés administratives ont effectivement reculé.
R.B.H









