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UGTT : « Lorsque la table du dialogue est renversée, la rue devient la table du dialogue », avertit Salouen Smiri

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Photo de Marwen Shili pour BN - Marche du 17 octobre 2026

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Par Nadya Jennene

    Au lendemain de la marche organisée le 17 octobre 2026 à Tunis, l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) a réitéré son appel au dialogue pour sortir le pays de l’impasse politique, économique et sociale. Intervenant sur Diwan FM lundi 19 octobre 2026, le secrétaire général adjoint de la centrale syndicale, Salouen Smiri, a défendu la portée de cette mobilisation, a insisté sur l’indépendance de l’organisation face aux partis politiques et a mis en garde contre les conséquences de la rupture du dialogue avec les autorités.

    Pour le responsable syndical, la réponse aux difficultés actuelles passe par la reprise des négociations et la mise en place d’un dialogue national permettant de traiter les dossiers économiques et sociaux devenus urgents.

    L’UGTT revendique son indépendance

    Salouen Smiri a tenu à clarifier la position de l’UGTT concernant la présence de différentes sensibilités politiques lors de la marche du 17 octobre. Il a assuré que l’organisation n’avait coordonné son action avec aucun parti politique, précisant que le cadre de concertation à l’origine de la mobilisation avait travaillé avec les organisations ayant contribué à la préparation du document présenté à l’opinion publique.

    La centrale syndicale ne s’oppose toutefois pas à la participation des différentes composantes de la société tunisienne aux manifestations. Selon Salouen Smiri, la présence de sensibilités diverses dans la rue ne remet pas en cause les objectifs de la mobilisation, dont le message s’adressait avant tout aux autorités.

    Le responsable a également souligné que la marche avait donné à voir une jeunesse parfois en colère, y compris à l’égard des organisateurs, certains participants ayant scandé des slogans différents de ceux portés par le mouvement. Un signal que les organisations syndicales et nationales doivent, selon lui, prendre au sérieux en se rapprochant des jeunes et en écoutant leurs préoccupations.

    Il a insisté sur le caractère pacifique et discipliné de la manifestation, estimant que ces éléments avaient contribué à sa portée. Son succès dépendra désormais, selon lui, de la capacité des autorités à entendre les revendications exprimées.

    Rupture du dialogue : les conflits sociaux menacent de s’enliser

    Revenant sur la question de la rupture du dialogue entre l’UGTT et les autorités, le responsable syndical a rappelé que les échanges avec la centrale avaient été interrompus depuis 2025, déplorant une tendance à la décision unilatérale qui, à ses yeux, compromet le règlement des conflits sociaux.

    « Lorsque la table du dialogue est renversée, la rue devient la table du dialogue », a-t-il résumé, reprenant l’idée défendue par la direction de l’organisation.

    Pour illustrer les résultats concrets de la négociation, il a évoqué le bilan du secteur public en 2025. Sur environ trente préavis de grève émis, 29 accords avaient été conclus, tandis que trois mouvements de grève seulement avaient été menés à leur terme.

    Il a également cité le secteur du transport, où les discussions avaient nécessité deux journées de réunion avant d’aboutir à un accord. Pour lui, ces exemples démontrent que la négociation directe permet de désamorcer les tensions et d’éviter des conflits susceptibles de perturber davantage l’activité économique.

    À l’inverse, l’absence de concertation risque d’alimenter les tensions sociales et de pousser les conflits vers la rue, sans qu’aucune partie ne puisse ensuite en maîtriser les conséquences.

    Salouen Smiri a notamment évoqué les tensions dans le secteur des mines et celui du transport des hydrocarbures. Il a affirmé qu’un projet d’accord était déjà disponible dans le secteur minier, malgré la perspective d’un mouvement de grève de plusieurs jours. Il a également fait état de discussions avancées dans le transport des hydrocarbures.

    Le responsable syndical s’est interrogé sur les raisons qui empêchent la conclusion de tels accords alors que des solutions semblent à portée de main. Il a récusé toute volonté de l’UGTT de provoquer des perturbations, soulignant que l’organisation privilégiait les négociations pour parvenir à des compromis.

    Pouvoir d’achat, emploi, économie : l’urgence d’un dialogue national

    Au-delà des conflits sectoriels, il a plaidé pour un dialogue social plus large, capable de prendre en charge les difficultés structurelles du pays. La complexité des dossiers économiques et sociaux rend, selon lui, illusoire l’idée qu’une seule partie puisse les résoudre sans concertation.

    Pour illustrer les conséquences de l’absence de stratégie concertée, Salouen Smiri a pris l’exemple du secteur des industries chimiques. Le Groupe chimique tunisien, qui employait environ 7 400 personnes lors de ses derniers recrutements en 2013, ne compte plus aujourd’hui qu’environ 4 000 salariés permanents, a-t-il indiqué.

    Il a estimé que cette évolution soulevait des questions sur la capacité du secteur à créer des emplois, dans des régions confrontées à des difficultés économiques et sociales, comme Sfax et Gabès. Il a notamment interrogé les autorités sur les raisons pour lesquelles les recrutements ne sont pas davantage mobilisés alors que des jeunes restent sans emploi et que des besoins existent dans ces activités industrielles.

    Le responsable syndical a également insisté sur la dégradation du pouvoir d’achat. Malgré les augmentations de revenus, les ménages continuent de subir la hausse du coût de la vie, particulièrement pour les produits alimentaires.

    À ses yeux, les difficultés accumulées ces dernières années traduisent un échec sur plusieurs fronts et appellent une révision des méthodes de gouvernance. Il a également évoqué l’éventualité d’un remaniement gouvernemental, estimant que les retards dans les décisions politiques finissent par se répercuter sur les citoyens.

    Salouen Smiri a enfin plaidé pour un élargissement du cadre de concertation aux organisations nationales disposant d’un poids économique, notamment l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica), ainsi qu’aux représentants du secteur agricole.

    Il a indiqué que des invitations avaient été adressées à ces acteurs pour rejoindre le cadre de concertation, tout en reconnaissant que leurs analyses de la situation pouvaient différer. Une réunion d’évaluation doit permettre de faire le point sur la mobilisation du 17 octobre et de définir les prochaines étapes.

    Pour le responsable syndical, la concertation doit permettre de hiérarchiser les priorités et de traiter les dossiers les uns après les autres, en tenant compte des enjeux économiques immédiats, notamment à l’approche de la saison de récolte des olives.

    Il a également mis en garde contre l’isolement de la Tunisie, qu’il décrit comme étant à la fois social, économique et international. Dans ce contexte, l’UGTT entend poursuivre son action autour de revendications sociales et économiques, sans se substituer aux acteurs politiques.

    Le message adressé aux autorités est sans équivoque : reprendre le dialogue, sortir de la logique de confrontation et engager des discussions associant les parties concernées. Pour Salouen Smiri, cette démarche constitue désormais une urgence, alors que les tensions sociales s’accentuent et que les marges de manœuvre des ménages continuent de se réduire.

    N.J

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