Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

France : des consignes pour incriminer LFI dans les violences ? Le soupçon d’un scandale d’État

Article réservé aux abonnés

Écouter cet article

0:00 0:00

Par Raouf Ben Hédi

    Après une enquête de Mediapart faisant état de consignes visant à imputer à La France insoumise la responsabilité des violences du week-end en France, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon annonce vouloir saisir la Cour de justice de la République contre le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez. Des accusations qui, si elles étaient établies, soulèveraient de graves questions sur l’utilisation des services de renseignement à des fins politiques.

    L’affaire pourrait prendre une tout autre dimension que celle d’une confrontation entre le gouvernement français et La France insoumise (LFI). Mardi 20 octobre 2026, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon a annoncé son intention de saisir la Cour de justice de la République (CJR) contre le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, après la publication d’une enquête de Mediapart faisant état de consignes qui auraient été données aux services de renseignement territoriaux pour mettre en cause le parti dans les violences du week-end.

    Une accusation d’une particulière gravité, dans un contexte où l’exécutif cherche à rétablir l’ordre après les violences et les pillages qui ont touché plusieurs villes françaises.

    « Je vais saisir la Cour de justice de la République contre le ministre Nuñez, parce que fabriquer des faux documents… faire ce qu’on appelle de l’abus d’autorité, c’est-à-dire donner des consignes qui vont au-delà de ses prérogatives, ce sont des délits », a déclaré le coordinateur national de LFI, Manuel Bompard, sur franceinfo.

    Le responsable insoumis est allé plus loin, évoquant un « scandale d’État » si les renseignements territoriaux avaient effectivement produit des rapports mensongers sur instruction de leur hiérarchie.

    Des renseignements auraient reçu pour consigne de cibler LFI

    Dans son enquête publiée lundi 19 octobre, Mediapart rapporte plusieurs témoignages dont celui d’un commissaire du renseignement territorial qui affirme avoir reçu une instruction explicite visant à attribuer le mouvement à La France insoumise.

    « On nous demande texto d’écrire que c’est LFI qui est derrière le mouvement alors que c’est objectivement faux de l’avis général des RT », rapporte le média, citant ce commissaire.

    Si ce témoignage était confirmé, il placerait au cœur de l’affaire une question autrement plus préoccupante qu’une simple bataille de communication, celle de l’éventuelle intervention du pouvoir politique dans la production d’informations censées éclairer les décisions des autorités.

    Les services de renseignement territorial ont notamment pour mission de recueillir et d’analyser des informations sur les dynamiques sociales, les mobilisations et les risques de troubles à l’ordre public. Leur travail doit permettre aux autorités de disposer d’éléments fiables pour apprécier une situation. Leur attribuer une conclusion prédéterminée, indépendamment des faits observés, reviendrait à inverser cette logique : au lieu de partir des renseignements pour établir une analyse, il s’agirait de faire entrer les renseignements dans un récit politique déjà construit.

    À ce stade, les éléments publiés par Mediapart constituent des accusations rapportées par le média et ne suffisent pas, à eux seuls, à établir l’existence d’une instruction illégale ou d’une falsification de rapports. C’est précisément ce qui rend nécessaires des vérifications indépendantes.

    Des violences réelles, une responsabilité politique encore discutée

    Le contexte donne à ces révélations une portée particulière. Après les violences et les pillages survenus durant le week-end des 17 et 18 octobre, le gouvernement français a désigné l’ultragauche et La France insoumise parmi les responsables politiques de la situation. L’exécutif a annoncé des couvre-feux localisés, un renforcement des forces de l’ordre et des mesures de soutien aux commerces touchés. Selon le ministre du Commerce, Serge Papin, au moins 3.000 commerces pourraient avoir été affectés par les dégradations et les pillages.

    Mais établir la responsabilité pénale des auteurs de violences, identifier leurs motivations et déterminer d’éventuelles responsabilités politiques sont trois démarches distinctes. L’appartenance supposée à une mouvance politique ne suffit pas à démontrer qu’un parti a organisé, commandité ou provoqué des actes criminels.

    Lundi 19 octobre, la procureure de la République de Paris, Laure Beccuau, a d’ailleurs déclaré sur TF1 ne pas pouvoir confirmer que les auteurs des violences commises à Paris le 17 octobre étaient des personnes politiquement proches de l’ultragauche. Une déclaration qui contraste avec les affirmations de responsables gouvernementaux rapportées par Mediapart.

    Cette divergence ne démontre pas, à elle seule, que les accusations visant LFI sont infondées. Elle souligne toutefois la nécessité de distinguer les faits établis, les hypothèses des enquêteurs et les interprétations politiques formulées dans l’urgence.

    C’est dans cet écart que se situe désormais l’enjeu de l’affaire. Si des rapports de renseignement avaient été orientés pour accréditer une responsabilité politique non étayée, il ne s’agirait plus seulement de désinformation ou de communication gouvernementale contestable, mais d’une possible atteinte à l’intégrité du travail administratif et à la confiance dans les institutions.

    La CJR saisie, des accusations qui restent à vérifier

    En annonçant son intention de saisir la Cour de justice de la République, LFI entend porter l’affaire sur le terrain judiciaire. Manuel Bompard estime que la production de rapports mensongers ou la transmission de consignes dépassant les prérogatives du ministre pourraient relever de l’abus d’autorité et d’autres infractions.

    La CJR est compétente pour juger les crimes et délits commis par les membres du gouvernement dans l’exercice de leurs fonctions. La démarche annoncée par LFI ne préjuge toutefois ni de la recevabilité d’une éventuelle plainte, ni de l’ouverture de poursuites, ni de la réalité des faits dénoncés.

    La question ne peut donc être tranchée par les seules déclarations des protagonistes. Il appartient aux autorités compétentes de vérifier l’existence des consignes évoquées, d’en établir l’origine et d’examiner si les rapports concernés ont été modifiés ou orientés.

    Reste une interrogation fondamentale : dans une démocratie, les services de renseignement peuvent-ils être utilisés pour conforter une accusation politique avant même que les faits ne l’établissent ? Si les allégations publiées par Mediapart étaient confirmées, les conséquences dépasseraient largement le sort d’un parti d’opposition. Elles toucheraient à l’impartialité de l’État, à la fiabilité de l’information publique et aux garanties dont doit bénéficier le pluralisme politique.

    R.B.H

    Subscribe to Our Newsletter

    Keep in touch with our news & offers

    Contenus Sponsorisés

    Répondre

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *