Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

Les PME se meurent : « Nous sommes passés des inaugurations aux saisies », déplore Yassine Gouiaa

Article réservé aux abonnés

Écouter cet article

0:00 0:00

Par Nadya Jennene

    Les petites et moyennes entreprises tunisiennes seraient-elles en train de mourir à petit feu, faute de financement, sous le poids des prélèvements fiscaux et dans un environnement économique de plus en plus contraignant ? C’est le cri d’alarme lancé lundi 19 octobre 2026 par Yassine Gouiaa, président de l’Organisation nationale des entrepreneurs (ONE), au micro d’Express FM. Dans son intervention dans l’émission Zone PME, il a dénoncé l’absence de réponses concrètes aux difficultés des entreprises établies depuis plusieurs années, tout en mettant en cause les orientations du projet de loi de finances 2027.

    Le constat qu’il dresse est celui d’un monde entrepreneurial qui voit ses perspectives se rétrécir, ses marges s’éroder et ses capacités d’investissement s’amenuiser. Là où les représentants des entreprises se réjouissaient autrefois de l’inauguration d’usines, de sociétés et de nouvelles unités de production, ils seraient désormais confrontés à une réalité autrement plus sombre : celle d’entreprises qui disparaissent ou luttent pour assurer leur survie.

    « Nous avions l’habitude de participer à l’inauguration d’usines et d’entreprises, de célébrer de nouveaux projets. Depuis deux mois au moins, je ne fais qu’assister à des saisies », a-t-il déploré, illustrant, par cette comparaison saisissante, le changement de climat auquel serait confronté le tissu entrepreneurial tunisien.

    Pour Yassine Gouiaa, cette situation est d’autant plus préoccupante que les difficultés des entreprises déjà établies ne semblent pas trouver de réponses suffisamment concrètes dans les orientations économiques des pouvoirs publics. Selon ses dires, le projet de loi de finances 2027 ne présente pas de solutions suffisamment claires pour les entreprises déjà en activité, notamment les petites et moyennes entreprises (PME). 

    Pour le président de l’ONE, les pouvoirs publics ne peuvent concevoir leurs politiques économiques sans tenir compte des entreprises qui ont traversé plusieurs années d’activité, investi leurs ressources et contribué à la création de richesse, mais qui se retrouvent aujourd’hui fragilisées.

    Il s’est notamment interrogé sur la logique qui préside à l’élaboration des mesures économiques, alors que des entreprises ayant cinq, dix ou quinze ans d’existence peinent à maintenir leur activité. À ses yeux, le problème ne se limite pas aux difficultés rencontrées par les jeunes promoteurs ou aux obstacles à la création de nouvelles sociétés. Il concerne également les entreprises déjà implantées, qui disposent d’un historique d’activité, emploient des salariés et contribuent à l’économie nationale.

    « Les PME ne cherchent plus à grandir, mais à survivre »

    La dégradation serait telle que l’ambition entrepreneuriale se serait considérablement réduite. « Aujourd’hui, le plus grand objectif d’un entrepreneur, devenu presque inaccessible, est de parvenir à payer les salaires grâce à son activité », a-t-il regretté.

    Pour certaines entreprises, la priorité ne serait plus de développer leur production, d’élargir leurs marchés ou de recruter, mais simplement de préserver leur trésorerie et d’honorer leurs obligations immédiates.

    Plusieurs facteurs contribuent à cette asphyxie, selon Yassine Gouiaa. La hausse ou le niveau élevé des coûts de production, les difficultés de distribution, les contraintes liées aux contrôles et l’accès au financement constituent autant d’obstacles à la continuité de l’activité.

    À ces difficultés s’ajoutent les blocages liés à la fiscalité et aux relations avec les établissements bancaires. Le cumul de ces contraintes réduirait les marges de manœuvre des entreprises, déjà confrontées à un environnement économique incertain.

    Le crédit bancaire constitue notamment un enjeu central. Une entreprise qui ne dispose plus d’une trésorerie suffisante pour financer son cycle d’exploitation peut rapidement se retrouver dans l’incapacité d’acheter ses matières premières, de maintenir sa production ou de régler ses fournisseurs. Lorsque les difficultés de financement se conjuguent à des charges fiscales et à des coûts d’exploitation élevés, le risque est celui d’un cercle vicieux dont il devient difficile de sortir.

    Yassine Gouiaa a évoqué également le blocage de dossiers fiscaux et les difficultés rencontrées auprès des banques. Il a dénoncé un environnement dans lequel les entreprises, au lieu de bénéficier de conditions propices à la consolidation de leur activité, se heurtent à des obstacles qui compromettent leur capacité à poursuivre leur développement.

    Son propos ne porte donc pas uniquement sur le manque de nouveaux investissements. Il soulève la question, plus fondamentale, de la pérennité du tissu productif existant et de la capacité des entreprises à continuer de fonctionner dans des conditions économiques soutenables.

    L’entreprise, une vache à lait fiscale sans reconnaissance suffisante ?

    Au-delà des contraintes économiques, le président de l’ONE a dénoncé ce qu’il considère comme une insuffisante prise en compte du rôle de l’entreprise privée dans le financement de l’État et la création de richesse.

    Il a rappelé que les entreprises ne constituent pas seulement des unités de production ou des acteurs du marché du travail. Elles contribuent également aux recettes publiques, directement par leurs impôts et indirectement par l’ensemble des activités économiques qu’elles génèrent.

    Évoquant la part prépondérante des recettes fiscales dans les ressources de l’État, il a appelé les pouvoirs publics à accorder davantage d’attention aux difficultés des entrepreneurs. « Environ 96 % des recettes du Trésor proviendraient des impôts. Pourquoi ne pas se tourner vers le chef d’entreprise ? C’est lui qui crée de la richesse », a-t-il lancé.

    Le responsable patronal a souligné également la contribution des entreprises à l’emploi, en rappelant qu’elles participent, directement et indirectement, aux moyens de subsistance de millions de personnes.

    Derrière cette revendication se dessine une interrogation sur la relation entre l’État et le secteur privé. Pour Yassine Gouiaa, les entreprises ne peuvent être considérées uniquement comme des sources de recettes fiscales. Elles doivent également être envisagées comme des acteurs économiques dont la pérennité conditionne une partie de l’emploi, de l’investissement et de la création de valeur.

    “Ne nous donnez rien, laissez-nous travailler” : l’appel à changer de méthode

    Face à cette situation, Yassine Gouiaa a plaidé pour un changement d’approche dans l’élaboration des politiques économiques. Il a appelé notamment à une forme de trêve autour de la loi de finances, estimant que les débats budgétaires successifs tendent à reproduire les mêmes discussions, alors que les difficultés structurelles des entreprises demeurent. 

    Il a déploré le temps consacré, depuis 2020, à débattre de questions récurrentes, sans que les solutions attendues se matérialisent suffisamment dans la réalité des entreprises. « Nous avons besoin d’un minimum : donnez-nous un climat favorable au travail, donnez-nous des législations adaptées », a-t-il insisté.

    Le message adressé aux pouvoirs publics est explicite : les entreprises ne réclament pas uniquement de nouvelles aides, mais également un cadre réglementaire et économique leur permettant de travailler, d’investir et de préserver leurs emplois. Dans cette perspective, la stabilité et la lisibilité des règles apparaissent comme des conditions essentielles à la reprise de l’initiative entrepreneuriale.

    Yassine Gouiaa a soulevé par ailleurs la question de l’efficacité des mécanismes publics destinés à soutenir l’investissement et les entreprises. Il a appelé les autorités de tutelle à accompagner le projet de loi de finances 2027 d’un document évaluant les dispositifs déployés entre 2020 et 2026.

    À ses yeux, les politiques publiques ne peuvent être conçues efficacement sans données précises permettant de mesurer leurs résultats, d’identifier leurs limites et de déterminer les mesures qui méritent d’être maintenues ou révisées.

    Cette exigence d’évaluation prend un relief particulier dans un contexte où les entreprises, selon son diagnostic, peinent à surmonter des difficultés qui se répètent d’une année à l’autre.

    Au terme de son intervention, Yassine Gouiaa a résumé sa revendication dans une formule qui tient lieu de manifeste entrepreneurial : « Ne nous donnez rien, laissez-nous travailler. »

    Derrière cette déclaration, le président de l’ONE a réclamé un environnement dans lequel les entreprises pourraient exercer leur activité sans être constamment entravées par des difficultés de financement, des coûts élevés, des procédures contraignantes ou un cadre réglementaire jugé inadapté.

    Il reconnaît que la Tunisie n’évolue pas en vase clos et que les crises internationales pèsent sur les économies nationales, estimant toutefois que les difficultés du contexte mondial ne dispensent pas les pouvoirs publics de rechercher des solutions adaptées aux réalités locales.

    « Il y a une crise dans le monde, certes. Mais certains pays respectent leur population et leurs entreprises, et cherchent des solutions. Donnez-moi le minimum pour travailler », a-t-il avancé.

    Pour le président de l’ONE, l’urgence n’est plus seulement de promouvoir la création de nouvelles entreprises, mais de préserver celles qui existent déjà.

    N.J

    Subscribe to Our Newsletter

    Keep in touch with our news & offers

    Contenus Sponsorisés

    Répondre

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *