La souveraineté industrielle ne consiste pas à tout produire localement, mais à maîtriser les compétences stratégiques, sécuriser les approvisionnements et bâtir des partenariats solides. C’est le message défendu par le président de la Confédération des entreprises citoyennes de Tunisie (Conect), Aslan Berjeb, qui appelle à repenser les leviers de compétitivité de l’industrie tunisienne, à l’heure où les crises successives ont mis à nu les fragilités des chaînes d’approvisionnement mondiales.
Intervenant mercredi 21 octobre 2026, à Tunis, à l’ouverture de la première édition de l’événement « Dialogues de l’industrie tunisienne 2026 », organisé à l’initiative de la Conect et de la Fondation Konrad-Adenauer, le responsable a souligné que la souveraineté industrielle ne saurait se résumer à la fabrication, sur le territoire national, de l’ensemble des biens dont le pays a besoin. Elle repose avant tout sur la capacité à maîtriser les compétences essentielles et à construire des partenariats durables.
Une approche qui invite à dépasser la seule logique de production locale pour s’intéresser à ce qui permet réellement à une industrie de tenir dans la durée : son savoir-faire, sa capacité d’innovation, son accès aux technologies et sa place dans les chaînes de valeur internationales.
Des entreprises résilientes, mais des défis structurels persistants
Les entreprises tunisiennes, notamment les petites et moyennes entreprises (PME), ont démontré une capacité d’adaptation importante face aux crises successives. Malgré les répercussions de la pandémie de Covid-19, les tensions qui ont secoué le secteur énergétique mondial et les perturbations de l’approvisionnement et du transport, elles ont réussi à préserver des emplois et à assurer la continuité de leurs activités, a relevé Aslan Berjeb.
Cette résilience constitue un acquis, mais elle ne suffit pas à garantir l’avenir du tissu industriel. Pour le président de la Conect, l’enjeu consiste désormais à permettre aux entreprises tunisiennes de consolider leur position dans un environnement économique marqué par des exigences croissantes en matière de compétitivité, de maîtrise technologique et de création de valeur.
La Tunisie doit ainsi renforcer l’intégration de son industrie dans les chaînes de valeur mondiales. L’objectif n’est pas seulement de produire davantage, mais de capter une part plus importante de la valeur ajoutée générée tout au long du processus industriel.
Cela passe notamment par le développement des activités de conception, d’ingénierie et de recherche scientifique, ainsi que par l’adoption de technologies modernes. Autant de leviers susceptibles de permettre aux entreprises tunisiennes de dépasser les segments de production à faible valeur ajoutée et de mieux valoriser leurs compétences.
Énergie, financement, logistique : les conditions de la compétitivité
Cette transformation suppose toutefois de lever plusieurs contraintes qui pèsent sur l’industrie tunisienne. Aslan Berjeb a notamment insisté sur la nécessité de garantir un approvisionnement énergétique à des prix compétitifs, tout en renforçant le recours aux énergies renouvelables.
La question énergétique demeure ainsi au cœur de la compétitivité industrielle : la disponibilité de l’énergie, son coût et la diversification des sources d’approvisionnement conditionnent directement la capacité des entreprises à maintenir leur activité et à investir.
Le président de la Conect a également plaidé pour le développement de mécanismes de financement adaptés aux spécificités du cycle industriel. Les besoins d’une entreprise industrielle, qu’il s’agisse de ses investissements, de ses équipements ou de son cycle d’exploitation, nécessitent des solutions financières qui tiennent compte de ses contraintes propres.
À ces enjeux s’ajoutent l’amélioration des performances logistiques et la modernisation des outils de production. Dans un contexte où les perturbations du transport et de l’approvisionnement peuvent rapidement affecter l’activité, la fluidité des échanges constitue un autre facteur déterminant pour la compétitivité des entreprises.
Intelligence artificielle et transmission des savoir-faire
La modernisation de l’industrie tunisienne passe également par une meilleure appropriation des nouvelles technologies, en particulier de l’intelligence artificielle au sein des PME. Pour Aslan Berjeb, son adoption figure parmi les conditions nécessaires pour préparer l’avenir du secteur.
Mais la transformation technologique ne saurait se limiter à l’acquisition d’outils numériques. Elle doit s’accompagner d’un effort de développement des compétences et de préservation des savoir-faire.
Le responsable a ainsi souligné l’importance d’établir des partenariats durables entre les entreprises, les universités et les écosystèmes de l’innovation. Ces collaborations doivent permettre de préserver et de développer les expertises, tout en évitant la perte de connaissances techniques.
Au-delà des équipements et des investissements, c’est donc la capacité à transmettre les compétences, à former les profils nécessaires et à rapprocher la recherche des besoins des entreprises qui se trouve en jeu.
À travers cette feuille de route, la Conect défend une conception de la souveraineté industrielle fondée moins sur l’autarcie que sur la maîtrise des compétences, la diversification énergétique, l’innovation et l’intégration aux chaînes de valeur mondiales. Un défi qui consiste, pour la Tunisie, à transformer la résilience démontrée par ses entreprises en un véritable avantage industriel durable.
R.B.H










