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Bardo : un couple arrêté pour avoir facturé jusqu’à 1.200 dinars la levée d’un sortilège empêchant le mariage

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Par Nadya Jennene

    Les pratiques occultes ont trouvé sur les réseaux sociaux un terrain propice à leur marchandisation. Dans la commune du Bardo, les unités de la sûreté nationale ont interpellé, jeudi 22 octobre 2026, un homme soupçonné d’avoir exploité la crédulité de ses clients en se présentant comme un praticien de la roqya charaïya (exorcisme islamique, ndlr). Son épouse a également été arrêtée dans le cadre de cette affaire.

    L’enquête a été ouverte après le repérage de plusieurs pages Facebook administrées par le suspect. Celui-ci aurait utilisé le discours religieux pour inspirer confiance à ses interlocuteurs, les convaincre de ses supposées capacités de guérison et leur soutirer de l’argent en contrepartie de prestations dépourvues de fondement médical, selon Mosaïque FM.

    Les investigations menées par les agents de la sûreté nationale du Bardo ont permis d’identifier le suspect et de localiser son domicile, situé dans le quartier de la Cité Ettahrir. Après coordination avec le ministère public près le Tribunal de première instance de Tunis, les forces de l’ordre ont procédé à une perquisition au cours de laquelle l’homme et son épouse ont été interpellés.

    La perquisition a permis la saisie de divers objets et produits présentés comme des instruments de pratiques occultes : inscriptions assimilées à des talismans, papiers couverts de signes obscurs, herbes, plantes, huiles et liquides d’origine inconnue.

    Selon les premiers éléments de l’enquête, le suspect aurait promis à ses clients de les délivrer du mauvais œil, des sortilèges et de l’« entrave au mariage », une influence occulte invoquée pour expliquer une succession d’échecs sentimentaux, des fiançailles rompues ou l’impossibilité répétée de nouer une relation durable, en raison d’un effet supposé de la sorcellerie.

    Le prévenu aurait également affirmé pouvoir traiter des troubles aussi divers que les phobies, les pensées obsessionnelles, l’insomnie ou la dépression. Il prétendait même pouvoir prendre en charge des cas auxquels la médecine conventionnelle n’aurait pas apporté de solution.

    Les tarifs de ces prétendues thérapies variaient entre trente et 1.200 dinars, selon la nature du problème invoqué et le traitement proposé. Le suspect ne disposait, selon les informations communiquées, d’aucune autorisation légale ni d’aucune qualification scientifique lui permettant d’exercer une activité médicale.

    Pour échapper aux soupçons, l’homme aurait mis en place un dispositif destiné à préserver la discrétion de ses activités. Il ne signalait pas son cabinet par une enseigne et ne communiquait pas directement son adresse à ses clients. Les rendez-vous étaient organisés à proximité de son domicile, après des échanges privés sur Messenger et WhatsApp.

    Il aurait également rédigé des prescriptions énigmatiques en français et en anglais, mêlant invocations religieuses, herbes et huiles, notamment à destination d’une clientèle étrangère.

    Il importe toutefois de distinguer la pratique spirituelle de son instrumentalisation commerciale. La roqya, qui consiste notamment en la récitation de versets coraniques à des fins spirituelles dans certaines traditions musulmanes, ne saurait être automatiquement assimilée à une escroquerie. C’est l’exploitation de la foi, l’invention de pouvoirs de guérison et le recours à des manœuvres destinées à obtenir de l’argent qui posent ici problème.

    À l’issue de l’intervention, le suspect et son épouse ont été placés en garde à vue pour les besoins de l’enquête. Les investigations se poursuivent en vue de leur présentation devant la justice et de la détermination des responsabilités. Les faits reprochés devront être établis dans le cadre de la procédure judiciaire.

    Le charlatanisme peut-il être poursuivi en justice ?

    Les pratiques de sorcellerie et de charlatanisme ne font pas, à ce jour, l’objet d’une incrimination générale spécifique qui permettrait de sanctionner indistinctement toute pratique occulte. Les poursuites peuvent néanmoins s’appuyer sur les infractions prévues par le Code pénal, notamment l’escroquerie ou, selon les circonstances, l’exercice illégal d’une activité médicale.

    L’article 291 du Code pénal punit de cinq ans d’emprisonnement et de 2 400 dinars d’amende quiconque recourt à de fausses qualités, à des ruses ou à des artifices pour faire croire à l’existence d’un pouvoir imaginaire ou susciter l’espoir ou la crainte d’un événement chimérique, dans le but d’obtenir des fonds ou des biens. La tentative est également visée par le texte.

    Cette disposition peut ainsi trouver à s’appliquer lorsqu’un individu prétend détenir des pouvoirs surnaturels, annonce à ses clients qu’ils sont victimes d’un sortilège et leur fait payer une prestation censée les en délivrer. Encore faut-il que les éléments constitutifs de l’infraction soient établis : les enquêteurs et les magistrats doivent notamment pouvoir caractériser les manœuvres frauduleuses et leur lien avec la remise, ou la tentative de remise, de biens ou d’argent.

    Le sujet a par ailleurs été porté devant l’Assemblée des représentants du peuple. Une proposition de loi visant à criminaliser la sorcellerie et le charlatanisme a été déposée le 6 mars 2024 par un groupe de députés. Son examen s’inscrit dans la volonté de certains élus de donner aux autorités judiciaires des moyens juridiques plus spécifiques pour lutter contre ces pratiques.

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