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Eau potable : après les pénuries de l’été, la Sonede sort un plan d’urgence pour 2027

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Par Nadya Jennene

    Face au stress hydrique et aux difficultés d’approvisionnement qui ont marqué l’été 2026, la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (Sonede) a présenté un programme d’interventions urgentes pour sécuriser l’alimentation en eau potable durant l’été 2027. Le dispositif prévoit notamment le forage de nouveaux puits, le renforcement des stations de pompage, la réhabilitation des réseaux et la mobilisation de ressources supplémentaires dans plusieurs régions du pays.

    Ces mesures ont été annoncées dans une réponse écrite du ministère de l’Agriculture à une question de la députée Asma Derouiche. Publié sur la page de l’élue le jeudi 22 octobre 2026, le document expose les principaux axes de la stratégie de la Sonede, ainsi que les interventions programmées en prévision de la prochaine saison estivale.

    L’enjeu est de taille. Les perturbations de l’approvisionnement enregistrées durant l’été 2026 ont de nouveau mis en évidence la vulnérabilité de plusieurs régions face aux tensions sur les ressources disponibles et aux limites des infrastructures de distribution. Au-delà de la mobilisation de nouvelles ressources, la capacité à acheminer l’eau jusqu’aux consommateurs, à réduire les pertes et à maintenir les équipements en état de fonctionnement constitue un levier déterminant.

    Un programme d’urgence adapté aux besoins régionaux

    Pour le Grand Tunis, la Sonede a prévu cinq interventions, dont la réalisation de trois stations de pompage ainsi que le forage, l’électrification et l’équipement de deux puits destinés à renforcer les ressources hydriques dans la délégation de Mornag.

    Dans les régions du Nord, le programme d’intervention pour l’été 2027 comprend plusieurs opérations visant principalement à consolider les systèmes d’approvisionnement fragilisés par l’insuffisance de leurs ressources. Les interventions reposeront notamment sur le forage de nouveaux puits ou le raccordement de puits existants.

    Dans le Centre, les mesures annoncées visent à améliorer l’alimentation en eau potable de neuf zones. Elles comprennent l’acquisition et la pose de 20 000 mètres de conduites, ainsi que l’acquisition et l’installation de douze pompes. Quatre stations de pompage seront également équipées de pompes de secours afin de renforcer la continuité de leur fonctionnement en cas de panne ou d’indisponibilité d’un équipement.

    L’approvisionnement des gouvernorats de Sousse, de Monastir et de Mahdia devrait, par ailleurs, bénéficier de l’entrée en exploitation de la station de dessalement de Sidi Abdelhamid. Cette infrastructure doit contribuer à diversifier les ressources mobilisées pour alimenter le Sahel, une région particulièrement exposée aux tensions hydriques.

    Le Sud : 43 interventions prévues

    Le Sud tunisien concentre une part importante du programme d’urgence, avec 43 interventions prévues dans les différents gouvernorats de la région.

    Le dispositif prévoit notamment l’exploitation des ressources souterraines disponibles, en particulier dans les zones dont l’approvisionnement repose entièrement sur les eaux des nappes. À cet effet, la Sonede envisage de réaliser, d’électrifier, d’équiper et de raccorder 29 puits profonds.

    Le programme comprend également le renouvellement et la réhabilitation des conduites d’adduction et des réseaux de distribution, ainsi que des opérations de maintenance et le renforcement ou le remplacement de certains équipements de pompage.

    Ces interventions répondent à une double nécessité : accroître les ressources immédiatement mobilisables et améliorer la performance des infrastructures existantes. Le recours aux eaux souterraines demeure toutefois tributaire de leur disponibilité et de leur capacité de renouvellement, dans un contexte de pression croissante sur les nappes.

    La Sonede prévoit aussi de renforcer la gestion de la demande en encourageant les économies d’eau, en recherchant les fuites et en procédant à leur réparation.

    Une stratégie qui dépasse la réponse aux pénuries estivales

    Au-delà des mesures destinées à préparer l’été 2027, le ministère a détaillé une stratégie pluriannuelle articulée autour de quatre axes : la sécurisation de l’approvisionnement des grandes agglomérations, le développement des infrastructures hydrauliques en milieu rural, l’amélioration du rendement des réseaux et la transition énergétique.

    Le premier axe repose notamment sur le renforcement du transfert des excédents d’eau du Nord vers les principaux pôles de consommation du pays, dont le Grand Tunis, le Cap Bon, le Sahel et Sfax. La stratégie prévoit également le recours à des réservoirs de grande capacité, assimilés à des barrages de régulation, pour sécuriser l’approvisionnement du Grand Tunis et du Sahel. Les ouvrages de Saïda et de Kalâa Kebira sont cités à ce titre.

    La mobilisation des ressources locales figure également parmi les priorités. Elle passe par la poursuite du forage de puits profonds lorsque les caractéristiques des eaux souterraines permettent leur exploitation, mais aussi par le dessalement des eaux saumâtres et de l’eau de mer dans les régions du Sahel, de Sfax et du Sud.

    En milieu rural, le programme prévoit la réalisation de grands axes hydrauliques dans le Nord et le Nord-Ouest, comprenant notamment des stations de traitement des eaux de surface de capacité moyenne, à Kasseb (gouvernorat de Béja) et à Joumine (gouvernorat de Bizerte), ainsi que des conduites principales d’adduction et des ouvrages de stockage et de régulation.

    Réduire les pertes et maîtriser la consommation

    La stratégie accorde également une place importante à l’amélioration du rendement des réseaux. La modernisation et la réhabilitation des infrastructures de distribution doivent permettre de réduire les pertes d’eau, tandis que la maîtrise de la demande repose sur une consommation plus rationnelle et une meilleure gestion des volumes distribués.

    Cet axe est essentiel dans un pays où l’augmentation des ressources mobilisables ne suffit pas, à elle seule, à garantir un approvisionnement régulier. Les défaillances des réseaux, les fuites et les contraintes affectant les équipements peuvent compromettre l’efficacité des investissements consacrés à la production et au transfert de l’eau.

    Le quatrième volet porte sur la transition énergétique. La Sonede vise une amélioration de 15% de l’efficacité énergétique de ses installations de production et de pompage à l’horizon 2030. Elle prévoit également d’intégrer les énergies renouvelables, notamment la petite hydraulique et le photovoltaïque, à hauteur de 30% de sa consommation énergétique totale d’ici à 2035.

    Cette orientation vise à réduire l’intensité énergétique d’un système dont le fonctionnement dépend fortement du pompage et du transport de l’eau sur de longues distances.

    La réponse ministérielle dessine ainsi un dispositif combinant renforcement des infrastructures, mobilisation de ressources supplémentaires, maintenance des équipements et rationalisation de la consommation. Elle ne précise toutefois ni le coût global du programme d’urgence pour l’été 2027, ni un calendrier détaillé de réalisation des différentes interventions.

    N.J

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