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Budget 2027 : Maher Ketari pointe les failles de la stratégie économique

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Par Nadya Jennene

    Le projet de loi de finances (PLF) pour 2027 ne s’inscrit pas pleinement dans les objectifs du plan de développement économique de la Tunisie. C’est le constat dressé par Maher Ketari, président de la commission des finances et du budget à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), lors de son intervention mardi 27 octobre 2026 sur les ondes de Mosaïque FM. Alors que le plan de développement table sur une croissance de 4%, les choix budgétaires ne semblent pas, selon lui, traduire suffisamment cette ambition ni ouvrir la voie à une accélération durable de l’activité économique.

    Pour Maher Ketari, le problème dépasse les mesures inscrites dans le projet de loi de finances. Il tient à l’absence de cohérence entre les objectifs affichés en matière de développement et les instruments mobilisés pour les atteindre. L’objectif d’une croissance de 4% suppose, selon cette lecture, des choix économiques plus volontaristes, capables de renforcer les capacités productives du pays et de soutenir l’investissement.

    Maher Ketari a également regretté l’absence de discussions approfondies sur plusieurs dispositions de la loi de finances 2026 qui, bien qu’annoncées et adoptées, n’ont pas été effectivement appliquées. Avant d’engager un nouvel exercice budgétaire, il est nécessaire, à son sens, de revenir sur les mesures précédentes, d’en évaluer la mise en œuvre et d’identifier les obstacles ayant empêché leur concrétisation.

    Cette question n’est pas secondaire. L’accumulation de dispositions législatives dont l’application reste incertaine risque de réduire la portée des mesures économiques et de fragiliser la crédibilité de la programmation budgétaire. Elle empêche également de déterminer si les dispositifs adoptés ont produit les effets attendus sur l’investissement, l’activité des entreprises et la création d’emplois.

    Les interrogations sur l’exécution de la loi de finances 2026 interviennent alors que les travaux parlementaires sur le PLF 2027 ont déjà fait apparaître des demandes d’explications concernant les mesures votées mais non appliquées. La commission des finances souhaite notamment obtenir des éclaircissements sur les textes d’application encore attendus et sur les écarts entre les prévisions budgétaires et les réalisations.

    PLF 2027 : des ambitions de croissance qui peinent à se traduire dans les choix budgétaires

    Le président de la commission des finances a également relevé une évolution marquée entre les deux projets de loi de finances. Selon son appréciation, le texte de 2026 était essentiellement social, avec une répartition qu’il estime à 90% de mesures à caractère social contre 10% à vocation économique. Le PLF 2027 inverse cette orientation, en accordant, selon lui, une place prépondérante aux mesures économiques.

    Ce changement traduit une volonté de donner davantage de poids à l’investissement et à l’initiative économique après un exercice dominé par les considérations sociales. Il soulève néanmoins une question fondamentale : cette nouvelle orientation sera-t-elle suffisante pour enclencher une croissance plus soutenue ?

    L’enjeu n’est pas seulement de modifier la répartition des priorités budgétaires, mais de s’assurer que les mesures adoptées répondent aux contraintes structurelles de l’économie tunisienne. Les incitations fiscales et les lignes de financement peuvent soutenir certains projets, mais leur efficacité dépend aussi de l’environnement des affaires, de l’accès au financement, de la compétitivité des entreprises et de la capacité du tissu productif à se développer.

    Réindustrialisation : le poids de l’industrie tunisienne passé de 25% à 15% du PIB

    Pour Maher Ketari, le redressement économique ne peut durablement reposer sur les seules mesures budgétaires. Il passe avant tout par le renforcement de l’industrie locale, qu’il considère comme un levier essentiel de création de richesse et de consolidation des finances publiques.

    Le poids de l’industrie tunisienne dans le produit intérieur brut (PIB) serait aujourd’hui de l’ordre de 15%, contre environ 25% au début des années 2000, selon les chiffres avancés par le parlementaire. Cette évolution témoigne, à ses yeux, de l’affaiblissement relatif du secteur industriel dans l’économie nationale.

    La réindustrialisation apparaît dès lors comme un enjeu qui dépasse la seule politique sectorielle. Une base industrielle plus solide peut favoriser la création d’emplois, renforcer les exportations, réduire certaines dépendances aux importations et élargir les ressources fiscales de l’État. Elle peut également contribuer à améliorer la capacité de l’économie à générer les gains de productivité nécessaires à une accélération de la croissance.

    Au fond, le diagnostic de Maher Ketari renvoie à une difficulté persistante de la politique économique tunisienne : transformer les objectifs de croissance en une stratégie opérationnelle, soutenue par des choix budgétaires cohérents et des mesures effectivement appliquées. Sans cette articulation entre planification, financement et production, les ambitions affichées risquent de rester en décalage avec les résultats économiques.

    N.J

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