Alors que s’ouvre à Moscou le sommet Russie-Afrique, le déplacement de Sarra Zaafrani Zenzri offre l’occasion de regarder au-delà des déclarations de partenariat. Entre poids commercial, investissements, financement du développement et promesses de souveraineté, les grandes puissances ne jouent pas dans les mêmes catégories. Reste à savoir ce que les pays africains gagnent réellement dans cette compétition.
À Moscou, les discours parleront de souveraineté, de coopération mutuellement bénéfique et de nouvel ordre mondial. Les poignées de main seront soigneusement photographiées, les partenariats célébrés et les ambitions réaffirmées. Mais derrière le cérémonial diplomatique, une question beaucoup plus terre à terre mérite d’être posée : que rapportent réellement ces alliances aux pays africains ?
La Tunisie est représentée au troisième sommet Russie-Afrique, les 28 et 29 octobre 2026, par la cheffe du gouvernement, Sarra Zaafrani Zenzri, mandatée par le président de la République, Kaïs Saïed. Au programme figurent notamment le commerce, les investissements, l’énergie, les infrastructures, la santé et les technologies.
Ce déplacement intervient alors que Moscou cherche à consolider sa présence sur le continent et que les puissances occidentales, la Chine et d’autres acteurs internationaux entendent préserver ou développer leurs propres positions. Chacun avance ses arguments : l’Union européenne met en avant ses liens économiques et ses mécanismes de coopération, la Chine son poids commercial et ses projets, la Russie son discours sur la souveraineté et la multipolarité. Washington, de son côté, reste un partenaire commercial et financier important.
Dans cette compétition, l’Afrique n’est pas un simple territoire à conquérir. Ses États disposent d’intérêts propres, de marges de négociation variables et de besoins considérables. Encore faut-il distinguer les promesses de ce qui se mesure.
La présence russe en Afrique bénéficie d’une visibilité politique qui ne se traduit pas nécessairement par un poids économique comparable à celui de ses principaux concurrents.
Les données commerciales donnent une première indication de cette différence d’échelle. En 2025, les échanges de biens entre l’Union européenne et l’Afrique ont atteint 356 milliards d’euros, soit environ 400 milliards de dollars, selon les chiffres de l’UE. D’après les douanes chinoises, le commerce sino-africain s’est élevé à 348 milliards de dollars. Quant aux échanges russo-africains, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, les a chiffrés à plus de 27 milliards de dollars.
Ces montants émanent de sources différentes (Bruxelles, Pékin, Moscou) et ne se comparent donc pas comme les lignes d’un tableau statistique parfaitement homogène. Ils donnent néanmoins un ordre de grandeur : en volume, le commerce de la Russie avec l’Afrique représente moins d’un dixième de celui de l’Union européenne ou de la Chine.










