Le journaliste et commentateur politique Zied El-Heni a été condamné, le 27 octobre 2026, à quatre ans de prison par la chambre criminelle spécialisée dans les affaires de terrorisme près le Tribunal de première instance de Tunis. Reporters sans frontières (RSF) dénonce une condamnation qui, selon l’organisation, criminalise l’exercice du journalisme et la protection des sources, et appelle les autorités tunisiennes à l’annuler et à libérer le journaliste.
Des accusations liées à une émission de radio
Zied El-Heni était poursuivi pour « constitution d’une entente terroriste » et « non-signalement d’une infraction terroriste ». Il risquait jusqu’à vingt ans de prison.
L’affaire remonte à une émission diffusée le 7 septembre 2023 sur les ondes de Radio IFM. Le journaliste y avait évoqué des enregistrements fuités attribués à Mondher Ounissi, ancien président par intérim du mouvement Ennahdha, précisant avoir contacté les personnes concernées afin d’en vérifier l’authenticité.
Convoqué initialement en qualité de témoin, Zied El-Heni a ensuite été entendu comme accusé, après la découverte, sur son téléphone, d’un courriel reçu dans le cadre de son activité journalistique.
RSF dénonce un « harcèlement judiciaire »
Dans son communiqué, RSF considère que la qualification terroriste de faits liés à l’exercice du journalisme et à la protection des sources constitue un signal particulièrement préoccupant pour la liberté de la presse en Tunisie.
« Zied El-Heni n’a commis aucun crime : il doit être libéré sans délai », affirme Oussama Bouagila, directeur régional de RSF pour l’Afrique du Nord.
L’organisation estime que cette condamnation marque une escalade dans les poursuites visant le journaliste, malgré les espoirs suscités par la réforme de l’article 24 du décret-loi 54 et l’abandon de la procédure de dissolution de l’association éditrice du journal Al Khatt.
Une audience à distance contestée par la défense
Le journaliste a comparu par visioconférence depuis la prison de la Mornaguia, le tribunal ayant refusé, selon son comité de défense, de le laisser comparaître en personne.
La défense affirme qu’un incident technique, qui a duré plus d’une heure, a empêché Zied El-Heni d’entendre les plaidoiries et les échanges dans la salle d’audience.
À l’issue du procès, le journaliste a annoncé qu’il ne ferait pas appel, dénonçant un « scandale judiciaire » et rappelant que « la presse n’est pas un crime ».
Sa fille, Ithar El-Heni, a également dénoncé cette condamnation auprès de RSF. « Après plus de 30 années de journalisme, mon père est aujourd’hui classé terroriste pour avoir fait son travail, pour être resté libre, pour avoir protégé ses sources », a-t-elle déclaré, estimant qu’un journaliste qui exerce son métier n’est ni un criminel ni un terroriste.
Une autre peine de prison déjà en cours
Zied El-Heni était déjà incarcéré depuis juin 2026. Il purge une peine d’un an de prison ferme, confirmée en appel le 26 juin, pour avoir défendu son confrère de Mosaïque FM, Khalifa Guesmi.
À cette peine s’ajoutent six mois de prison avec sursis, prononcés en janvier 2024 à la suite de critiques visant la ministre du Commerce. Cette peine est devenue exécutoire après la condamnation confirmée en juin, selon les éléments communiqués par RSF.
D’après la défense du journaliste, il lui reste ainsi 18 mois de prison à purger au titre de ces condamnations antérieures.
RSF appelle les autorités tunisiennes à annuler la condamnation du 27 octobre et à libérer le journaliste. La Tunisie occupe la 137e place sur 180 pays et territoires dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2026 établi par l’organisation.
S.H












