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Phosphate : ce que veulent les Américains, ce que la Tunisie risque de perdre  

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Par Raouf Ben Hédi

    Washington veut attirer jusqu’à 100 millions de dollars d’investissements privés dans le phosphate tunisien. Derrière cette initiative se dessine une stratégie américaine de sécurisation des approvisionnements agricoles, mais aussi des ambitions financières et commerciales précises. Pour la Tunisie, l’opportunité est réelle. Le risque également : voir une partie de la valeur de ses ressources se créer ailleurs, faute d’une stratégie industrielle suffisamment exigeante.

    « Le peuple veut la nationalisation des richesses ! » En septembre dernier, la députée Zina Jiballah, fervente partisane de Kaïs Saïed, réclamait la reprise en main des ressources nationales. Elle dénonçait les conventions qu’elle qualifiait de coloniales et proclamait que la Tunisie n’était pas à vendre.

    Cette semaine, d’autres admirateurs du régime célébraient la visite de la cheffe du gouvernement à Moscou, rêvant déjà d’une Tunisie tournant le dos à l’Occident.

    Voilà qui risque de compliquer leur géographie politique. Car pendant que certains regardent vers Vladimir Poutine et que d’autres dénoncent les appétits européens, Washington prépare l’arrivée d’investisseurs américains dans le phosphate tunisien.

    Et les ambitions américaines dépassent largement une simple participation financière.

    Les États-Unis ont confié au cabinet CrossBoundary la mission d’attirer des investisseurs américains vers les projets phosphatiers de l’entreprise australienne PhosCo, notamment dans le Nord-Ouest tunisien. Annoncée le 29 octobre 2026, cette initiative s’inscrit dans une stratégie américaine plus vaste de sécurisation des approvisionnements en matières premières.

    L’enveloppe annoncée, d’environ 1,5 million de dollars, pourrait sembler modeste. Mais elle ne finance pas directement une mine. Elle doit servir à mobiliser des capitaux privés, à faciliter des partenariats industriels et à préparer des accords commerciaux.

    Autrement dit, Washington ne vient pas simplement proposer de l’argent. Il entend contribuer à organiser une chaîne d’approvisionnement dont le phosphate tunisien pourrait devenir l’un des maillons.

    Derrière cette initiative se dessinent des objectifs américains précis, dont les conséquences pour l’économie tunisienne méritent d’être examinées de près.

    Le phosphate est indispensable à la fabrication des engrais phosphatés. Sans ces derniers, une grande partie de l’agriculture intensive mondiale verrait ses rendements affectés. La disponibilité de cette matière première touche donc directement à la sécurité alimentaire.

    Or, les États-Unis s’inquiètent de leur dépendance à des chaînes d’approvisionnement internationales devenues moins prévisibles.

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