Un an et demi après l’éclatement de l’affaire qui a secoué la place financière tunisienne, la société Tuniso-Saoudienne d’Investissement (TSI) convoque ses actionnaires. Au menu : la recomposition de son conseil d’administration et la nomination de nouveaux dirigeants. Une étape importante pour un intermédiaire en bourse dont la gestion a conduit à une intervention judiciaire, tandis que les interrogations sur le sort des avoirs de ses clients restent entières.
Selon un avis publié par la société, l’assemblée générale ordinaire se tiendra lundi 23 novembre 2026, à 11 heures, au siège social de TSI, au Centre urbain nord, à Tunis.
Quatre points figurent à l’ordre du jour. Les actionnaires devront d’abord ratifier les modalités et les délais de convocation, puis constater les vacances intervenues au sein du conseil d’administration. Ils seront ensuite appelés à examiner des propositions de nominations provisoires pour pourvoir les postes vacants, avant de procéder à la nomination de nouveaux dirigeants et à la recomposition du conseil.
Derrière cet agenda apparemment classique de gouvernance d’entreprise se joue une étape délicate pour une société dont la réputation a été lourdement entachée par l’un des dossiers financiers les plus retentissants de ces dernières années en Tunisie.
TSI : retour sur une affaire aux lourdes conséquences
L’affaire avait commencé à prendre une dimension publique en avril 2025. Le Conseil du marché financier (CMF) avait alors annoncé l’ouverture d’une enquête approfondie sur TSI, engagée depuis le 9 janvier de la même année. Les investigations avaient notamment révélé une inadéquation des fonds propres par rapport aux ratios réglementaires et des soupçons de défaillances dans l’organisation interne et la gouvernance.
Le commissaire aux comptes avait également alerté le régulateur sur des faits susceptibles de mettre en péril les intérêts de la société et de ses clients, avant de saisir le procureur de la République.
Le 30 avril 2025, le CMF avait annoncé la transmission du dossier à la justice, évoquant des agissements susceptibles de sanctions pénales impliquant la société et son ancien président-directeur général, Hafedh Sebaa.
L’affaire avait rapidement pris une autre dimension. Hafedh Sebaa et l’actionnaire et administrateur Hédi Ben Ayed, présenté comme l’un des principaux protagonistes du dossier, auraient quitté le territoire tunisien. Leur départ à l’étranger avait été rapporté par plusieurs publications consacrées à l’affaire, alors que les investigations judiciaires se poursuivaient.
En mai 2025, le tribunal de première instance de Tunis avait désigné un administrateur judiciaire, Bilel Errahmouni, pour prendre en charge la gestion administrative et financière de la société, sous la supervision d’un juge-contrôleur. Le CMF avait alors fait état de graves manquements en matière de gouvernance et de gestion, susceptibles d’avoir des répercussions sur les droits et les avoirs des clients.
Le 16 juin 2025, TSI avait été placée sous mandat judiciaire, avec la désignation de trois mandataires chargés de sa gestion.
Une reprise d’activité, mais pas un retour à la normale pour les clients
Après plusieurs mois de suspension, le tribunal avait autorisé, par décision du 5 décembre 2025, une reprise progressive de l’activité à compter du 15 décembre.
Cette reprise s’était toutefois accompagnée de restrictions importantes. Les comptes gérés avaient notamment été transférés vers des comptes libres, les clients concernés informés de leurs positions débitrices et les retraits sur les anciens comptes interdits. Les rachats d’OPCVM et les transferts de titres vers d’autres intermédiaires avaient également été suspendus.
De nouveaux comptes offrant l’ensemble des services habituels avaient néanmoins été ouverts. Une reprise des opérations, donc, mais sous conditions et sous surveillance judiciaire.
Pour les clients, cette distinction est loin d’être anodine. La réactivation de certaines opérations ne signifie pas que chacun a retrouvé la libre disposition de ses avoirs. Les restrictions pesant sur les anciens comptes ont laissé des épargnants dans l’attente de pouvoir récupérer leur argent.
Une nouvelle direction, mais quelles réponses pour les victimes ?
L’assemblée générale du 23 novembre constitue ainsi une nouvelle étape dans la réorganisation de TSI. La nomination de nouveaux dirigeants et la recomposition du conseil d’administration pourraient contribuer à remettre sur pied une société dont le fonctionnement a été profondément bouleversé par l’affaire.
Reste que plusieurs questions demeurent sans réponse publique claire. Qui prendra les commandes de TSI ? Les actionnaires de référence seront-ils représentés dans le futur conseil ? Qu’en est-il de l’avancement des procédures judiciaires visant les anciens dirigeants ? Et surtout, où en est le recouvrement des fonds et le règlement des situations des clients lésés ?
Car, au-delà des changements à venir dans les organes de direction, le véritable enjeu reste celui de la confiance. Une confiance qui ne se rétablit pas à coups de nominations, mais à travers des réponses concrètes aux épargnants qui attendent toujours de retrouver leur argent.
R.B.H












