La solidarité avec Ayachi Hammami ne faiblit pas. Devant la prison de Monastir, mardi 3 novembre 2026, une mobilisation a réuni des défenseurs des droits humains, des avocats, des militants politiques et des personnalités de différents horizons autour d’une même exigence : améliorer les conditions de détention de l’avocat et obtenir sa libération, ainsi que celle des autres détenus d’opinion et prisonniers politiques.
Organisée à l’appel des sections de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH) de Monastir, Sousse et Mahdia, avec la participation de la section de Kairouan, la manifestation a également porté un message qui dépasse le cas d’Ayachi Hammami. Au-delà de la solidarité avec une figure du combat démocratique, c’est la possibilité même pour les organisations de défense des droits humains d’accomplir leur mission qui se retrouve au cœur des préoccupations.

Avocats, membres de la Ligue et de son bureau directeur, militantes de l’Association tunisienne des femmes démocrates, proches du détenu, personnalités politiques, journalistes, artistes et militants de la société civile ont répondu à l’appel. La diversité des participants a donné à ce rassemblement une portée particulière, celle d’une mobilisation où des sensibilités différentes se retrouvent autour des libertés, de la dignité humaine et du refus de l’injustice.
Les messages portés devant la prison étaient sans ambiguïté : dénoncer l’incarcération des opposants, refuser les pressions exercées sur les détenus et leurs familles, et réclamer la libération d’Ayachi Hammami ainsi que celle des détenus d’opinion et des prisonniers politiques.

Au-delà du sort d’un homme, l’alerte de la Ligue
Parmi les interventions, celle d’un membre du bureau directeur de la LTDH a particulièrement retenu l’attention. Le responsable a dénoncé les entraves qui, selon lui, empêchent désormais la Ligue d’exercer pleinement sa mission, notamment en matière de visites dans les établissements pénitentiaires et de suivi des conditions de détention.
Pouvoir accéder aux prisons, constater les conditions dans lesquelles les personnes sont détenues et veiller au respect de leurs droits constitue pourtant l’un des moyens essentiels de prévention des abus. La privation de cet accès pose ainsi une question fondamentale : comment une organisation de défense des droits humains peut-elle remplir son rôle de contrôle et de vigilance lorsqu’elle ne peut plus se rendre auprès des détenus comme elle le faisait auparavant ?
La critique est d’autant plus forte que, selon les participants, ces visites étaient possibles même durant les périodes les plus difficiles de répression et d’autoritarisme. La Ligue alerte ainsi sur les restrictions qui entraveraient son travail et sur leurs conséquences pour la protection des personnes privées de liberté.
Au-delà du cas d’Ayachi Hammami, c’est donc la place de la société civile dans le contrôle des conditions carcérales qui se trouve interrogée. La possibilité de visiter les lieux de détention et de documenter les éventuelles atteintes aux droits des détenus demeure un enjeu central pour toute organisation chargée de défendre les libertés fondamentales.

Ayachi Hammami, un parcours marqué par la défense des libertés
Avocat et militant des droits humains, Ayachi Hammami s’est imposé au fil des années comme une figure engagée dans la défense des libertés publiques et de l’indépendance de la justice. Son parcours l’a également conduit à exercer des responsabilités gouvernementales : de mars à août 2020, il a été ministre auprès du chef du gouvernement chargé des Droits de l’Homme et de la Relation avec les instances constitutionnelles, au sein du gouvernement d’Elyes Fakhfakh. Il a notamment travaillé sur les questions liées à la justice transitionnelle.
Après le 25 juillet 2021, il s’est opposé à ce qu’il considérait comme une concentration anticonstitutionnelle du pouvoir exécutif. Il a notamment coordonné la défense de magistrats révoqués par décret présidentiel. En 2022, il a fondé le Comité national de défense des libertés et de la démocratie, engagé dans la documentation des violations des droits humains et la défense des détenus politiques.
Son engagement s’est ensuite retrouvé au cœur de l’affaire dite de « complot contre la sûreté de l’État », dans laquelle il assurait la défense de plusieurs opposants et militants. Arrêté en décembre 2025, il purge actuellement une peine de cinq ans de prison dans le cadre de cette affaire.
Sa détention est aujourd’hui devenue un nouveau point de ralliement pour les défenseurs des libertés. La mobilisation de Monastir en a donné une illustration : malgré les divisions politiques et les différences de sensibilités, les participants ont tenu à exprimer leur solidarité avec l’avocat et à réclamer sa libération.
« Ayachi rassemble lorsqu’il est dehors, et il rassemble lorsqu’il est en prison », résume l’un des messages portés à l’issue de la mobilisation. Une formule qui traduit l’ambition des organisateurs : faire de cette détention non pas un facteur d’isolement, mais un motif supplémentaire de rassemblement.
Devant la prison de Monastir, la solidarité s’est ainsi doublée d’un avertissement. Pour les participants, la défense d’Ayachi Hammami ne saurait être dissociée de celle de tous les détenus d’opinion, du respect de la dignité des personnes incarcérées et de la possibilité, pour les organisations indépendantes, de continuer à exercer leur mission de vigilance. Autant de revendications qui placent cette mobilisation dans un combat plus large pour les libertés et contre l’arbitraire.
S.H










