Le ministre de la Jeunesse et des Sports, Sadok Mourali, a passé un lundi particulièrement éprouvant au Parlement. Auditionné, lundi 2 novembre 2026, par la commission des finances et du budget de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), dans le cadre de l’examen du budget de son département pour 2027, il a essuyé une salve de critiques particulièrement virulentes de la part de deux élus, Syrine Mrabet et Imed Ouled Jibril. Entre dénonciation d’un ministère qui aurait abandonné sa mission auprès de la jeunesse, accusations de mauvaise gestion, projets d’infrastructures enlisé, dérives financières et demandes pressantes de reddition des comptes, les deux interventions ont sérieusement malmené le bilan ministériel.
La violence des critiques trouve un écho particulier dans le contexte actuel du sport tunisien. Depuis plusieurs mois, les témoignages d’athlètes dénonçant leur précarité matérielle, les dysfonctionnements des fédérations, les retards de paiement et l’insuffisance de l’accompagnement institutionnel se multiplient. La débâcle de la sélection nationale au Mondial 2026, les controverses autour de la gouvernance de la Fédération tunisienne de football, les départs de sportifs de délégations nationales lors de compétitions internationales et les difficultés rencontrées par plusieurs champions ont progressivement installé l’idée d’un système à bout de souffle.
Les exemples ne manquent pas. En janvier 2026, le champion du monde de taekwondo Mohamed Khalil Jendoubi avait dénoncé les défaillances administratives du ministère, affirmant que l’absence de transmission de justificatifs à son établissement scolaire, alors qu’il participait à un stage et à une compétition internationale, avait conduit à son exclusion de son institut. Il avait également révélé percevoir une bourse mensuelle de 900 dinars, dont le versement accusait six mois de retard. Quelques mois plus tard, la championne paralympique Raoua Tlili dénonçait, elle aussi, un manque de soutien financier et logistique, des retards de paiement et l’obligation de financer elle-même certaines participations internationales.
En août, le départ du gymnaste Ahmed Abidi de la délégation tunisienne aux Jeux méditerranéens avait également mis en lumière les conditions matérielles difficiles auxquelles certains sportifs affirment être confrontés. L’athlète avait notamment raconté avoir dû assumer seul certaines dépenses et s’être retrouvé sans logement stable. Son départ avait porté à quatre le nombre de sportifs tunisiens ayant quitté leur délégation durant cette compétition. Plus récemment, en octobre, quatre jeunes triathlètes préparés pendant plusieurs mois avaient appris, à quelques jours des Championnats d’Afrique en Égypte, qu’ils ne prendraient finalement pas part à la compétition, faute de moyens financiers.
C’est sur cette toile de fond particulièrement préoccupante que les deux élus ont confronté le ministre à ses responsabilités.
Syrine Mrabet n’a guère pris de précautions oratoires pour exprimer son exaspération. La députée a d’abord dénoncé le décalage entre les discours officiels sur la prévention des conduites à risque et la réalité vécue par une jeunesse largement laissée à elle-même. Évoquant notamment la consommation de stupéfiants, elle a regretté que les messages de prévention se réduisent à des opérations ponctuelles, sans véritable politique d’accompagnement.
Elle a ainsi tourné en dérision le fonctionnement de certaines maisons de jeunes, où les manifestations de sensibilisation réuniraient parfois quatre ou cinq participants, voire une dizaine ou une vingtaine tout au plus, alors que des dizaines de milliers de jeunes demeurent en dehors de ces structures.
Pour l’élue, le ministère ne peut prétendre toucher la jeunesse en se contentant de manifestations symboliques auxquelles ne participe qu’une infime fraction de la population concernée.
Elle a ensuite élargi son réquisitoire à la gouvernance du secteur sportif. Elle a notamment expliqué avoir retiré une question écrite portant sur la Fédération tunisienne de taekwondo, après avoir estimé que les élections intervenues au sein de cette structure avaient changé la donne. Elle a toutefois indiqué avoir reçu, la veille de son intervention, un dossier faisant état de soupçons de corruption. Elle a également évoqué les accusations et controverses entourant certains responsables et entraîneurs, estimant que ces questions méritaient un examen approfondi, mais dans un cadre approprié.
Syrine Mrabet a tenu à préciser qu’elle ne remettait pas en cause les personnes qui accompagnaient le ministre et qu’elle conservait du respect pour plusieurs cadres du secteur avec lesquels elle avait déjà travaillé. En revanche, elle a établi une distinction catégorique entre le respect dû aux individus et celui que mériteraient leurs fonctions. À l’adresse du ministre, elle a affirmé ne pas respecter certains responsables dans l’exercice de leurs responsabilités. Elle a notamment qualifié certains responsables de véritables catastrophes pour le sport tunisien et pour la jeunesse.










