Elle s’appelait Maysam. Elle ne sera pas la dernière à se retrouver dans un article de presse. Et elle n’est pas seule. Avant elle, il y a eu Refka, Wafa, Souad, Nourhene, Intidhar, Maroua, Aïcha, Sabrine, Nadine, Amira et d’autres. Elles non plus n’étaient pas seules.
Rien qu’en 2025, le nombre de féminicides a atteint trente, selon l’enquête d’Aswat Nissa. En 2018, il était de six.
Le mode opératoire n’a rien d’exotique. Strangulation, coups de couteau, parfois immolation. On appelait cela un crime passionnel. Aujourd’hui, on l’appelle féminicide. Le nom a changé, la mécanique n’a pas bougé. Toutes ces femmes ont été tuées parce qu’elles étaient des femmes.
Rien ne change. Pire, les choses empirent. Pendant que le pays fait son petit bout de chemin, occupé à regarder ailleurs, des femmes tombent dans l’ombre. On en parle peu. On les range dans la rubrique des faits divers, ces histoires dont on se lasse vite, alors qu’il s’agit d’un véritable phénomène de société. Un phénomène qui ne relève ni de l’accident ni de la fatalité, mais d’une violence profondément ancrée dans nos rapports sociaux.
Un féminicide n’est presque jamais un coup de folie isolé, encore moins une surprise qu’on n’a pas vu venir. La violence s’installe au fil des mois, parfois des années. Elle loge dans ces coups qu’on pardonne, ces bleus qu’on cache, ces excuses qu’on nous demande de trouver. Elle prospère sur la résignation imposée par les proches, par la société, par un environnement où il peut être dangereux d’être une femme seule et d’élever seule ses enfants. On oublie souvent qu’il peut être tout aussi dangereux de vivre avec un homme violent.










