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France : la colère gronde, jusqu’à 1,6 million de manifestants dans les rues

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Photo : Ludovic MARIN / AFP

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Par Agence France-Presse

    Face aux centaines de milliers de salariés, fonctionnaires, étudiants, lycéens et retraités qui ont manifesté jeudi 5 novembre 2026 en France pour le pouvoir d’achat, le gouvernement a annoncé une « conférence sociale » lundi avec les organisations syndicales et patronales.

    Le ministère de l’Intérieur a recensé 575.000 manifestants dans tout le pays, dont 65.000 à Paris, soit davantage que le 17 octobre (550.000), le 24 octobre (410.000) et le 31 octobre (320.000). Le syndicat CGT a, pour sa part, fait état de 1,6 million de manifestants, dont 350.000 dans la capitale.

    Cette journée pourrait constituer le point d’orgue d’un automne social particulièrement agité dans la deuxième économie de la zone euro, lourdement endettée et sous la surveillance étroite des marchés, alors qu’elle cherche à assainir ses finances.

    Les syndicats CFDT et CGT, parmi les organisateurs de cette mobilisation nationale qu’ils ont qualifiée de « succès », réclament une hausse substantielle du salaire minimum (Smic), ainsi qu’une augmentation de l’ensemble des salaires.

    La conférence, annoncée par le Premier ministre Sébastien Lecornu, vise à « apporter des réponses aux questions de pouvoir d’achat et de salaires », ont précisé ses services.

    « La question qui est posée aujourd’hui, ce n’est pas “est-ce qu’on va gagner ?”, mais “combien va-t-on gagner ?” », a déclaré la responsable de la CGT, Sophie Binet, qui exige « 10 % d’augmentation du Smic ».

    Son homologue de la CFDT, Marylise Léon, demande une revalorisation du Smic de 100 euros et réclame « des réponses concrètes » face aux difficultés actuelles des Français « à boucler les fins de mois ».

    Photo : Ludovic MARIN / AFP

    Affrontements

    Décidé à éviter de nouvelles émeutes comme celles du 17 octobre, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, avait annoncé le déploiement de 70.000 policiers et gendarmes, promettant « une réponse d’une extrême fermeté » en cas d’éventuels « débordements ».

    Le départ de la manifestation parisienne a été précédé d’une minute de silence en hommage aux victimes du récent attentat raciste dans les Yvelines, en banlieue parisienne.

    De brèves tensions ont éclaté et des dégradations ont été commises sur le parcours. Les forces de l’ordre sont intervenues « pour faire cesser les exactions et isoler les fauteurs de troubles », selon la préfecture de police.

    Dans plusieurs autres villes, les cortèges ont été émaillés de violences. À Lyon (centre-est), où entre 30.500 personnes, selon la préfecture, et 55.000, selon la CGT, ont manifesté, un photographe de l’AFP portant un brassard « presse » a reçu cinq coups de matraque lors d’une charge des policiers anti-émeute.

    Photo : GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

    À Rennes (nord-ouest), les affrontements se sont multipliés dans l’après-midi, alors que la manifestation, qui a rassemblé entre 20.600 personnes, selon la préfecture, et 35.000, selon les syndicats, avait débuté dans la bonne humeur. À Bordeaux (sud-ouest), entre 21.000 personnes, selon la préfecture, et 120.000, selon la CGT, ont défilé.

    « Le bilan national à 18 h fait état de 448 interpellations », de « 53 membres des forces de l’ordre blessés » et de « 86 interventions pour incendies », a précisé le ministère, ajoutant que ce bilan restait « provisoire à ce stade » et serait « consolidé dans les prochaines heures ».

    La journée de mobilisation des cortèges déclarés s’est « globalement bien déroulée », a avancé le ministère, tout en déplorant que « dans de nombreuses villes (Rennes, Marseille, Nantes, Lyon, Bordeaux, Strasbourg…), des groupes à risque, composés à chaque fois de plusieurs centaines de militants radicaux et d’ultra-gauche, se sont constitués », faisant preuve « d’une grande violence vis-à-vis des policiers et gendarmes engagés ».

    Ce premier appel à mobiliser à la fois les secteurs public et privé a également rallié des lycéens et des étudiants, des Gilets jaunes qui ont relancé les protestations contre la vie chère depuis trois samedis, ainsi que des agriculteurs.

    Près d’un millier de lycées ont été bloqués ou fermés administrativement jeudi, selon le Snes-FSU, principal syndicat du second degré. Le gouvernement n’en a, pour sa part, décompté que 81 sur les 3.700 établissements du pays.

    Un tiers des établissements d’enseignement supérieur ont été « perturbés », selon le gouvernement. L’Union étudiante estime, de son côté, que « 90 % » des quelque 70 universités ont été « mobilisées », c’est-à-dire bloquées ou fermées.

    L’appel des syndicats à cesser le travail a été diversement suivi : près de 16 % des enseignants étaient en grève, selon le ministère de l’Éducation nationale, tandis que le Snes-FSU faisait état de 52 % de grévistes parmi les personnels des collèges et lycées.

    Photo : Christophe ARCHAMBAULT / AFP
    Écho en Europe

    Les transports ont été peu perturbés. Toutefois, « plus d’un cheminot sur trois » était en grève à la SNCF (Société nationale des chemins de fer), a indiqué à l’AFP Romain Pitelet, secrétaire général adjoint de la CGT Cheminots.

    Quant aux touristes qui espéraient visiter la tour Eiffel ou l’Arc de Triomphe, ils ont été déçus : les deux monuments parisiens sont restés fermés.

    Entre l’envolée des prix des carburants et le projet de budget d’austérité, le pouvoir d’achat est au cœur de la grogne sociale, qui s’amplifie depuis la fin de l’été.

    Une personne sur deux déclare avoir des difficultés à vivre avec les ressources de son foyer, selon un baromètre publié mercredi.

    Le mouvement de protestation trouve également un écho ailleurs en Europe.

    Sous une banderole proclamant « De la Grèce à la France, nous nous battons pour une éducation publique et gratuite », environ 4.000 personnes ont défilé jeudi à Athènes et à Thessalonique, deuxième ville du pays, selon la police et des journalistes de l’AFP.

    Des manifestations contre la vie chère et pour davantage de moyens consacrés à l’éducation ont également eu lieu ces derniers jours en Allemagne, en Belgique et en Italie.

    © Agence France-Presse

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