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Stade d’El Menzah : l’Ordre des ingénieurs refuse que ses membres servent de boucs émissaires

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Par Nadya Jennene

    Évoquées ces derniers jours sous forme de rumeurs, les arrestations de plusieurs ingénieurs dans le cadre de l’affaire des travaux d’aménagement du stade olympique d’El Menzah viennent d’être confirmées par l’Ordre des ingénieurs tunisiens (OIT). Dans un communiqué publié vendredi 6 novembre 2026, l’organisation professionnelle a exprimé sa pleine solidarité avec les personnes concernées et leurs familles, réclamant leur maintien en liberté et mettant en garde contre toute tentative de faire porter aux ingénieurs des responsabilités qui dépasseraient leurs attributions et leurs compétences.

    Tout en réaffirmant son respect de l’indépendance de la justice et sa confiance dans les institutions de l’État, l’Ordre a rappelé la nécessité de respecter la présomption d’innocence et les garanties d’un procès équitable, insistant notamment sur la distinction entre une erreur technique ou d’appréciation, un manquement administratif et un acte délibéré ou relevant de la corruption.

    L’Ordre a dit suivre avec une vive préoccupation les dernières interpellations et a réaffirmé que la défense des ingénieurs, la préservation de leur dignité et la protection de leurs droits professionnels et humains constituaient des obligations auxquelles il ne saurait renoncer.

    Notant son rejet que l’ingénieur devienne « le maillon le plus faible » d’une chaîne de responsabilités impliquant plusieurs intervenants et qu’il ait à répondre de décisions ou de manquements qui dépassent ses attributions et son champ de compétence, l’Ordre a réclamé une expertise technique et la remise en liberté des ingénieurs. 

    Pour étayer sa position, l’organisation a rappelé les dispositions des articles 25, 26 et 27 du décret n° 12 de 1982 régissant la profession d’ingénieur. Elle a plaidé également pour le recours aux compétences techniques spécialisées et aux mécanismes professionnels afin d’éclairer la justice sur les aspects propres à ce dossier.

    Au-delà de cette affaire, l’Ordre a relancé le débat sur la nécessité d’adopter une loi spécifique à la responsabilité de l’ingénieur. Un tel texte devrait, selon lui, définir clairement les droits et les obligations de ces professionnels, délimiter leur responsabilité et leur assurer une protection juridique dans l’exercice de leurs fonctions, sans pour autant les soustraire à leurs obligations lorsqu’une faute leur est effectivement imputable.

    Cette prise de position intervient dans un dossier particulièrement sensible, compte tenu des enjeux financiers et symboliques entourant le stade olympique d’El Menzah.

    Après quatre années de dégradation et l’échec d’une première opération de rénovation, le chantier a finalement pris une nouvelle dimension. Le 29 octobre 2026, l’État tunisien a signé avec un groupement chinois un contrat portant sur la reconstruction de l’enceinte sportive, pour un montant estimé entre 520 et 600 millions de dinars. Les travaux devraient s’étendre sur une période de trente à trente-six mois, avec un objectif de livraison à l’horizon 2029.

    Ce nouveau projet intervient après une première opération de rénovation lancée en juin 2022, pour un coût initial annoncé d’environ 100 millions de dinars. En novembre 2023, le taux d’avancement des travaux n’était que de 20%, avant que les autorités ne dénoncent de graves insuffisances techniques. Le chantier avait finalement été interrompu, ouvrant la voie à une décision de reconstruction.

    Ce précédent soulève nécessairement des questions sur la conduite des marchés publics, le contrôle technique des travaux, le suivi des engagements contractuels et l’identification des responsabilités dans l’échec de la première opération. Il importe toutefois de distinguer les différentes phases du projet et de ne pas assimiler automatiquement les responsabilités liées au chantier initial à celles de la nouvelle opération.

    L’enjeu dépasse d’ailleurs le seul cas des ingénieurs aujourd’hui concernés par les arrestations. Avec une enveloppe susceptible d’atteindre 600 millions de dinars, la reconstruction d’El Menzah représente un investissement public considérable, qui appelle une transparence accrue sur les procédures, les contrôles exercés et l’utilisation des fonds engagés.

    Le débat sur la pertinence économique de cet investissement reste également entier. Le Grand Tunis dispose déjà du stade olympique de Radès, tandis que plusieurs régions souffrent d’un déficit d’infrastructures sportives et que les besoins de financement des secteurs de la santé, de l’éducation et des équipements publics demeurent importants. La concentration d’un investissement de cette ampleur dans la capitale pose ainsi la question des priorités territoriales et de l’allocation des ressources publiques.

    Ces interrogations renforcent la nécessité d’établir les responsabilités avec précision. Si des irrégularités ont été commises, elles doivent être identifiées et sanctionnées conformément à la loi. Mais encore faut-il déterminer qui a décidé, qui a exécuté, qui a contrôlé et qui avait effectivement le pouvoir d’intervenir à chaque étape.

    C’est précisément sur cette distinction que l’Ordre des ingénieurs entend insister. Dans un secteur où les projets publics mobilisent des maîtres d’ouvrage, des bureaux d’études, des entreprises, des contrôleurs et des responsables administratifs, réduire la chaîne des responsabilités aux seuls techniciens serait une erreur. La recherche de la vérité exige au contraire que chaque intervenant réponde de ses propres actes. 

    N.J

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