La progression de l’épidémie d’Ebola en Afrique centrale et les informations faisant état de cas exportés vers plusieurs pays ont ravivé les inquiétudes autour d’une possible propagation internationale du virus. Faut-il craindre un nouveau scénario à la Covid-19 ? La Tunisie est-elle exposée ? Invitée dimanche 8 novembre 2026 sur les ondes de Mosaïque FM, la spécialiste des maladies infectieuses, Rym Abdelmalek, a apporté plusieurs éléments de réponse, en insistant notamment sur les différences fondamentales entre les modes de transmission des deux virus.
D’emblée, la spécialiste rappelle qu’Ebola n’est pas un virus nouveau. Identifié pour la première fois en 1976, il est historiquement associé à la République démocratique du Congo (RDC), où plusieurs épisodes épidémiques ont été enregistrés au fil des décennies. Le virus est naturellement hébergé par certaines espèces de chauves-souris frugivores, qui peuvent le transmettre à l’être humain, notamment à travers des contacts avec des animaux infectés.
La situation actuelle en RDC est toutefois particulièrement préoccupante. Le pays fait face à une nouvelle flambée épidémique dans un contexte marqué par l’instabilité sécuritaire, les déplacements de populations et les difficultés d’accès aux structures sanitaires. Rym Abdelmalek souligne que ces conditions compliquent considérablement le dépistage et le suivi des personnes infectées.
Une partie des malades ne parvient même pas à rejoindre les établissements de santé et reste à domicile, sans diagnostic ni prise en charge. Un facteur qui favorise la circulation silencieuse du virus et retarde les mesures d’isolement.
Les chiffres donnent la mesure de la situation. Selon le dernier bilan de l’Organisation mondiale de la santé, arrêté au 3 novembre, la RDC comptabilisait 10.668 cas confirmés et 5.198 décès liés au virus Bundibugyo, responsable de l’épidémie actuelle.
Ebola ne se transmet pas par voie aérienne
C’est l’une des principales différences avec le Covid-19. Contrairement au coronavirus, Ebola ne se transmet pas par l’air, mais par contact direct avec le sang ou les liquides biologiques d’une personne infectée, notamment lorsque ces substances entrent en contact avec les muqueuses ou une peau présentant une lésion, même légère.
La période d’incubation peut aller de deux à 21 jours. Durant cette période, une personne infectée ne transmet pas le virus. Le risque de contagion apparaît avec le début des symptômes, précise la spécialiste. Les liquides biologiques du malade peuvent alors contenir le virus, ce qui rend les contacts directs particulièrement dangereux.
La maladie débute généralement par une fièvre, des douleurs et une fatigue importante. Elle peut ensuite évoluer vers des manifestations digestives sévères, notamment des vomissements et des diarrhées, avant d’entraîner, dans les formes graves, des atteintes rénales et hépatiques ainsi que des troubles de la coagulation. Des manifestations hémorragiques peuvent également survenir, mais elles ne sont pas systématiques.
Rym Abdelmalek évoque un taux de létalité particulièrement élevé dans les pays actuellement touchés, tout en rappelant que les conditions sanitaires et les difficultés d’accès aux soins pèsent lourdement sur le bilan humain. Une part importante des décès survient en dehors des structures hospitalières, sans que les patients aient pu bénéficier d’une prise en charge adaptée.
L’isolement, principal rempart contre la propagation
Pour la spécialiste, la différence fondamentale avec le Covid-19 réside aussi dans les possibilités de contrôle de la transmission. Puisque le virus ne se propage pas par voie aérienne et que la contagiosité commence avec l’apparition des symptômes, l’identification rapide des malades, leur isolement et le suivi de leurs contacts permettent de circonscrire les chaînes de transmission.
Les personnes ayant été en contact avec un malade doivent faire l’objet d’une surveillance pendant 21 jours. Si aucun symptôme n’apparaît au terme de cette période, elles ne développeront pas la maladie liée à cette exposition, explique-t-elle.
La spécialiste cite notamment les mesures prises à l’égard des personnels médicaux rapatriés de zones touchées. Leur prise en charge et leur isolement dès leur arrivée permettent de limiter les risques de transmission. Elle rappelle également que les personnes ayant partagé un vol avec un médecin évacué alors qu’il présentait des symptômes ont fait l’objet d’un suivi, sans qu’une transmission secondaire ait été constatée parmi les contacts concernés dans le cas évoqué.
Une éventuelle propagation vers la Tunisie ?
La question d’une arrivée du virus en Tunisie se pose naturellement au regard de l’évolution de l’épidémie et des déplacements internationaux. Pour Rym Abdelmalek, le risque de propagation existe, notamment en raison de la situation sécuritaire et sanitaire dans les régions touchées. Il ne signifie toutefois pas qu’une épidémie incontrôlable soit inévitable.
La spécialiste insiste sur l’importance de la vigilance, de la détection précoce des cas suspects et de l’application rigoureuse des protocoles sanitaires. L’expérience des précédentes épidémies montre que l’isolement des personnes infectées et la mise en quarantaine des contacts permettent de maîtriser les chaînes de transmission.
Autrement dit, Ebola constitue une menace sanitaire sérieuse, particulièrement pour les pays où les systèmes de santé sont fragilisés. Mais ses mécanismes de transmission, différents de ceux du Covid-19, rendent possible un contrôle efficace de sa propagation lorsque les mesures de prévention et de prise en charge sont mises en œuvre rapidement.
S.H










