L’hypermarché Carrefour Tunisie a publié samedi dernier, par le biais de placards publicitaires, les résultats d’une enquête de l’Observatoire national de l’approvisionnement et des prix dépendant du ministère du Commerce. Ladite enquête présente l’hypermarché du groupe Chaïbi comme étant le moins cher en Tunisie, comparativement aux autres grandes surfaces.
L’enquête en question n’a pas été dévoilée publiquement. Une partie de ses résultats a cependant « fuité » dans les colonnes du journal électronique African Manager, il y a une dizaine de jours. Ce dont a profité l’hypermarché pour la médiatiser à grandes pompes et de donner uniquement le résultat qui lui sied le mieux.
L’hypermarché cite cependant une enquête dont on n’a pas possession. On ne connait pas les conditions dans lesquelles elle s’est déroulée. On ne connait pas non plus les bases de calcul du fameux panier choisi pour désigner avec exactitude l’enseigne la moins chère.
L’initiative du ministère du Commerce est à applaudir fortement. Il est cependant fort souhaitable (voire impératif) de rendre publics les résultats de cette enquête. Pour des raisons de transparence, mais aussi pour ne pas léser le citoyen-consommateur qui peut être ainsi trompé par des placards publicitaires l’orientant vers une enseigne, alors que son panier propre peut l’orienter vers une autre.
D’après les éléments en notre possession, tirés de la fuite en question, Carrefour est certes le moins cher, mais il l’est uniquement dans un panier déterminé, composé d’une série d’articles bien précis. Qu’en est-il pour une autre série d’articles composant un panier différent ?
Ce qui est bon à noter également, c’est que l’hypermarché Carrefour a certes le prix le moins cher pour ledit panier, au cours de l’élaboration de cette enquête (aux mois de mai et de juillet), mais le prix de ce même panier a augmenté de 2% entre ces deux mois, tandis que ses concurrents Monoprix et Magasin Général ont, durant la même période, réduit leurs prix de 2,5% et 1,4% respectivement.
Monoprix pourrait ainsi titrer une campagne publicitaire de la manière suivante : « l’enseigne qui a le plus réduit ses prix », en citant cette même enquête.
Cela fait partie des ABC du marketing que de mettre en exergue le résultat d’une enquête qui vous sied le mieux. N’importe quel statisticien vous le dira : « Aux chiffres, on peut faire dire ce qu’on veut ».
Le résultat final est que le consommateur se retrouve désorienté, voire manipulé en raison de l’opacité du ministère du Commerce qui aurait pu rendre publics les résultats de cette enquête et les fournir aux autres enseignes concurrentes. Selon nos sources, il semblerait en effet que les grandes surfaces concurrentes n’ont même pas été informées de ces résultats.
En rendant cette enquête publique, avec tous ses éléments, l’administration donnera l’occasion au consommateur de comparer les prix des articles composant son propre panier et poussera les enseignes à baisser leurs prix en fonction de ces différents éléments et de leur propre clientèle. Le panier d’un consommateur d’un quartier populaire n’est pas du tout le même que celui d’un consommateur d’un quartier aisé ou embourgeoisé.
En attendant, le résultat est là : un hypermarché de la place (Carrefour en l’occurrence) exploite cette opacité de l’administration en publiant un résultat qui lui sied parfaitement et dont les conséquences ne peuvent qu’induire en erreur le consommateur. C’est de bonne guerre, et nul ne peut contester l’acte de l’hypermarché qui, à vrai dire, récolte les fruits de sa politique tarifaire et baissière. C’est à l’administration d’achever l’excellente initiative qu’elle a entamé, avec l’élaboration de l’enquête, en la médiatisant comme il se doit. Cela ne peut servir que toutes les parties : le consommateur est orienté et la grande surface se retrouve soumise à une extraordinaire pression, la poussant à réduire ses prix en proposant la meilleure qualité.










