L’annonce officielle aura lieu « incessamment sous peu ». Tunisie Telecom, l’opérateur historique tunisien de téléphonie fixe et mobile, se marie au fournisseur d’accès Topnet.
Les deux parties ont beau avoir essayé de taire les négociations de ce rachat qui durent depuis des mois, l’information a fini par filtrer, sans que l’on attende l’officialisation.
Aussi bien chez Tunisie Telecom que chez Topnet, on attendait le feu vert des autorités compétentes. Une entreprise publique ne peut, en effet, ni acheter ni céder un bien sans l’aval de la CAREP dès lors que ce bien dépasse une certaine valeur. Ce feu vert a été donné lundi 10 mai 2010 en milieu d’après-midi. Un bien qui va changer complètement la donne du secteur des télécommunications en Tunisie puisque l’opérateur historique va désormais pouvoir commercialiser des packs « téléphonie+internet » à l’instar du dernier arrivé dans le secteur, Orange.
Cela fait des mois que l’information circule dans le milieu et des semaines qu’elle a été publiée dans les journaux spécialisés. Tunisie Telecom, l’opérateur national de téléphonie fixe et mobile, entreprise publique à hauteur de 65%, rachète Topnet 1er fournisseur d’accès à internet de par son parc d’abonnés, entreprise privée à 100%.
Pour les profanes, l’information est surprenante. Que cherche l’opérateur historique dans une entreprise qui n’existait pas il y a dix ans ? Pourquoi aurait-il besoin d’une licence de FSI, alors qu’il en a déjà une ?
Pour les initiés, ce rachat va cependant dans l’ordre normal des choses. La seule interrogation qu’ils posent, c’est quand ce rachat va-t-il avoir lieu et à combien.
C’est que le secteur des télécommunications a ses propres règles et impose des alliances qui laisseront sur le tapis les plus petits.
Non seulement Tunisie Telecom doit posséder une licence de FSI, mais ce FSI se doit d’être fort. Cerise sur le gâteau, ce FSI possède une excellente image.
Pourquoi ? Parce que son nouveau concurrent, Orange Tunisie, se retrouve de fait dans cette position puisqu’il possède Planet, pionnier de l’Internet en Tunisie et qui a occupé, pendant un bon bout de temps, la position de leader.
Il ne fallait donc pas, en aucun cas, que Tunisie Telecom soit dépassé par ce troisième opérateur qui a déjà l’avantage de posséder une licence 3G en exclusivité pour un an encore.
Conscient de l’enjeu à venir, Montassar Ouaïli, PDG de Tunisie Telecom, prépare le terrain depuis près d’un an. Depuis juin dernier, exactement, lorsque l’Etat tunisien a annoncé le nom de l’adjudicataire qui a remporté la troisième licence.
Le paysage des FSI n’est pas très grand et ne comporte que cinq noms dont l’un appartient à son concurrent.
Vieux de la vieille d’un secteur qu’il connaît comme sa poche, Ouaïli ira donc négocier avec le meilleur d’entre eux et c’est Topnet. Une SA familiale, dotée d’un capital de deux millions de dinars, née en mai 2001 et dirigée par un jeune trentenaire, Mehdi Khemiri, issu des Grandes écoles françaises.
Son entreprise a réussi, en moins de neuf ans d’existence, à occuper la première place du secteur avec 46% de parts de marché.
Quant à sa santé financière, son patron dit qu’elle est excellente démentant ainsi les rumeurs soulignant qu’elle traîne un important passif.
C’es
t donc un mariage de raison que projetaient les deux parties. Ceux qui durent le plus. Montassar Ouaïli s’assure les services d’un leader à l’image excellente, son réseau de douze agences implantées à travers le pays, et surtout son know how incontestable.
Quant à Mehdi Khemiri, qui a quasiment démarré de zéro, il tire ainsi une jolie plus value de son entreprise, sans pour autant la quitter. Le beurre et l’argent du beurre en somme. Reste le sourire de la crémière.
C’est que Tunisie Telecom traine un boulet impossible de s’en séparer. C’est une entreprise publique qui a besoin de l’aval de la Commission de restructuration des entreprises publiques (CAREP) dépendant du Premier ministère, avant de procéder à toute cession, achat ou rachat de ce type.
En parallèle, la licence de FSI octroyée à Mehdi Khemiri n’est cessible qu’après l’aval du ministère de la Technologie. Il fallait donc attendre avant de communiquer quoi que ce soit et, surtout, ne pas donner l’air de vouloir forcer la main de l’administration.
Mais l’administration tient à rester fidèle à ses vieilles habitudes, c’est-à-dire à traîner les pieds et prendre tout son temps.
En fait, plus plausible, elle tenait à attendre voir démarrer les activités commerciales d’Orange Tunisie. Une fois Orange a démarré ses activités (mercredi 5 mai), la CAREP s’est réunie (lundi 10 mai) et aurait donné son feu vert. Le montant de la transaction tournerait autour de 20 millions de dinars.
Nous utilisons le conditionnel parce qu’aucune source officielle n’a voulu confirmer l’information, mais aucune d’entre-elles n’a démenti non plus.
Dès lors, Tunisie Telecom se retrouve en possession des armes dont il a besoin pour faire face à l’agressivité commerciale d’Orange Tunisie. Le nouvel opérateur n’a pas encore commercialisé ses packs lignes fixe+internet, mais cela ne saurait tarder. Il a déjà la 3 G et risque de rafler des clients à l’opérateur historique qui n’entend pas se laisser devancer sur le fixe, comme cela s’est passé dans le mobile 2G.
Il aura même quelques semaines d’avance sur son nouveau concurrent, sachant que sans lui, Orange ne pourra accéder au fixe. Surtout, il aura l’avantage de commercialiser du vrai illimité avec sa nouvelle filiale Topnet.
Pour ne pas se laisser distancer, dans certaines niches, et pour garder son leadership dans d’autres, Tunisie Telecom a beaucoup investi dans les technologies, dans l’image, dans le marketing, dans le réseau et dans ses compétences humaines.
Une chose est certaine, et contrairement à ce que disent ses détracteurs, Tunisie Telecom démontre avec cette acquisition qu’il est conscient des enjeux à venir et fait tout pour les conquérir, en dépit de son statut d’entreprise publique qui l’handicape de fait. Montassar Ouaïli, qui n’a pas la réputation de se laisser intimider, donne clairement l’image de quelqu’un qui sait à qui et à quoi il a à faire et, plus important, ce qu’il doit et comment faire. Nous l’avons déjà écrit, il y aura du sport dans le secteur !
La 1ère réponse de Tunisie Telecom à Orange s’appelle Topnet !
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