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Tunisie – Inculpé, l’ancien ambassadeur partageait les salaires des employés

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    C’est une grave affaire. A la limite répugnante. Elle est actuellement devant la justice après des procédures d’investigation ayant duré près de quatre ans.
    C’est celle d’un ancien ambassadeur de Tunisie dans un pays du Golfe qui, selon le dossier d’accusation de la Cour d’appel de Tunis, gardait pour lui plus de la moitié des salaires de quelques recrues locales de l’ambassade.
    Pour les uns, son épouse disposait des cartes bancaires de retrait et prélevait à la source sa « dîme ». Pour les autres, c’est le comptable qui remettait la ristourne pour l’ambassadeur. Si l’agent n’obtempérait pas, il risquait tout simplement le licenciement !
    Ce n’est pas tout. L’ambassadeur a voulu garder pour lui un téléphone portable de valeur appartenant à l’Etat tunisien et a dû falsifier le PV d’inventaire pour ce faire.

    L’histoire remonte à 2006. A.B.M. était alors ambassadeur de Tunisie dans un pays du Golfe. Il n’est pas resté longtemps à ce poste, à peine 18 mois, entre février 2005 et août 2006. Mais c’était suffisant pour qu’il apprenne une pratique apparemment assez courante dans ces pays là : celui de prélever une « dîme » sur les salaires des résidents étrangers. Des étrangers qui dépendent obligatoirement d’un « sponsor » qui se porte garant de leur discipline dans le pays de résidence et sans qui l’émigré ne peut avoir ni visa, ni carte de séjour.
    Pour les besoins de la chancellerie et de sa résidence, l’ambassadeur a dû faire appel à du personnel local.

    Quatre personnes sont citées dans les procès verbaux dont Business News a pu obtenir une copie. Ces quatre personnes sont considérées comme victimes des prélèvements abusifs de l’ambassadeur. Il s’agit de H.S. recruté comme chauffeur ; M.B.M. recruté comme cuisinier à la résidence de l’ambassadeur et qui se trouve être son propre neveu et portant le même nom de famille que lui ; M.S.N., recruté également comme cuisinier à la résidence de l’ambassadeur et E.D., recrutée comme femme de ménage dans la résidence de l’ambassadeur. Le nom de famille de celle-ci suggère qu’elle est originaire d’un pauvre pays asiatique.
    Selon les éléments réunis par le juge d’instruction suite aux enquêtes du ministère des Affaires étrangères dont certains agents ont été dépêchés sur place, il s’avère que les accusations touchant l’ambassadeur sont assez lourdes, d’où le renvoi de l’affaire devant le tribunal après moult tentatives de ce dernier de bloquer la procédure avec des actions en appel et en cassation durant l’étape de l’instruction.

    Il s’avère ainsi que le salaire de H.S., le chauffeur, est l’équivalent de 1080 dinars tunisiens, mais il n’en touche que la moitié, soit l’équivalent de 540 dinars tunisiens, montant qui ne permet pas de vivre vraiment décemment dans ce pays connu pour son niveau de vie très élevé.
    Il a été obligé de remettre le reliquat dans une enveloppe au comptable de l’ambassade le chargeant de la transmettre à l’ambassadeur. H.S. n’a pas manqué d’informer le comptable du contenu de l’enveloppe et de lui raconter ce qu’il est en train de subir. De peur d’être licencié, il a refusé de rédiger un rapport écrit de dénonciation. Quand le comptable remit l’enveloppe à l’ambassadeur, il lui fait remarquer qu’elle contenait de l’argent en espèces l’interrogeant ainsi indirectement sur les raisons de cet étrange courrier. Colère de l’ambassadeur qui lui demanda de s’occuper de ses affaires. Le cas de H.S. est cependant le moins pire.

    M.B.M, le neveu (fils de la propre sœur de l’ambassadeur), a été recruté localement comme cuisinier pour un salaire équivalent à 1080 dinars également, mais dont il ne reçoit que l’équivalent de 330 dinars.
    Le cuisinier s’est plaint à de multiples reprises et à tous les agents de la chancellerie de son très maigre salaire. Il fut surpris d’apprendre, par un membre du personnel, que son revenu est supérieur au triple de ce qu’il reçoit réellement et que ce montant est viré directement sur son compte bancaire par le ministère depuis Tunis.
    En fait, profitant de la similitude des noms de famille et de la forte ressemblance des prénoms, l’ambassadeur aurait disposé directement du compte bancaire de son neveu et de sa carte de crédit ! Pire, l’ambassadeur détenait sur lui l’ensemble des papiers d’identité de son neveu. Pratique très courante, du reste, dans ce pays du Golfe.

    Lors de son recrutement, M.S.N., l’autre cuisinier, a convenu directement avec l’ambassadeur de toucher un salaire équivalent à 450 dinars durant trois mois de stage et, qu’ensuite, il touchera l’équivalent de 1200 dinars.
    Restant éternellement en période de stage, durant laquelle il recevait son maigre salaire des mains de l’épouse de l’ambassadeur, M.S.N. a demandé la régularisation de sa situation. Il fut licencié ! On saura par la suite que, lui aussi, a été victime de « racket ».

    E.D., la femme de ménage étrangère, est également une recrue locale. Elle aussi touchait son salaire des mains de l’épouse de l’ambassadeur qui disposait directement de sa carte de crédit !
    Chaque mois, elle lui donnait l’équivalent de 270 dinars, un salaire considéré comme misérable dans ce pays et lui permet à peine de vivoter.
    L’enquête du ministère des Affaires étrangères révéla que le salaire réel de la femme de ménage était viré directement de Tunis sur son compte bancaire (dont elle n’avait pas accès) et montait à l’équivalent de … 750 dinars. C’est une dénonciation anonyme de Tunisiens vivant dans ce pays du Golfe, qui a fait déclencher l’ensemble des procédures judiciaires. Ce n’est pas fini.

    La même enquête révéla d’autres agissements de l’ancien ambassadeur. L’inventaire annuel a ainsi montré que l’ambassade disposait de deux téléphones portables Sony Ericsson, l’un modèle Z 800 et l’autre, de moindre valeur, P 901. Deux appareils appartenant officiellement à l’Etat tunisien qu’un ambassadeur doit laisser à son successeur.
    Seulement voilà, à son départ, fin août 2006, l’ancien ambassadeur décide d’embarquer dans ses bagages le Z 800. Le 14 août, il appelle pour cela un conseiller auprès de l’ambassade (alors en vacances en Tunisie) pour l’informer qu’il allait garder l’appareil. Le conseiller lui indiqua que cela n’est pas possible et qu’il y a un PV d’inventaire officiel attestant de l’existence de ces deux téléphones. Qu’à cela ne tienne, l’ancien ambassadeur décide de faire changer le PV en supprimant de la liste le Z 800 !
    Pour se protéger, le conseiller informe le ministère de ce que trame l’ambassadeur qui était, alors, encore en exercice. Ce délit, à lui seul, a fait l’objet d’une plainte en bonne et due forme auprès du procureur de la République du Tribunal de 1ère instance de Tunis, le 31 octobre 2006, c’est-à-dire deux mois, jour pour jour, après la fin de mission de l’ambassadeur.

    Lors de son interrogatoire, l’ancien ambassadeur nia les faits en bloc. Sur les recrutements locaux sans autorisation, il dément et atteste qu’il avait suivi les procédures en vigueur en obtenant le feu vert de la direction centrale à Tunis avant d’embaucher trois personnes dont les contrats et les salaires ont été décidés à Tunis. Face à une urgence et un manque de personnel, il a dû recruter une seule personne sans autorisation du ministère, mais ceci entre dans ses prérogatives d’ambassadeur.
    Concernant les salaires, il déclare que ces personnes recevaient leur rémunération par virement et qu’il n’avait opéré aucun prélèvement. Il tient pour preuve que ces personnes n’ont jamais déposé de plainte. Pour le recrutement de son neveu, il avance sa bonne foi mettant ça sur le compte de la simple omission et non une volonté de cacher une quelconque vérité.
    Reste le cas de H.S. qui, lui, a déposé une plainte. L’ancien ambassadeur répond qu’il ne s’agit pas de licenciement, mais de fin de contrat et que celui-ci n’a déposé sa plainte que lorsque la mission de l’ambassadeur s’est achevée.
    A propos des portables, il indique qu’au contraire, c’est lui qui s’est aperçu des différences qu’il y a entre l’inventaire effectué au début de sa mission et celui opéré à la fin et que le Sony Ericsson manquait. De ce fait, il a demandé au comptable de rectifier le tir. Il fait remarquer que derrière la dénonciation anonyme, il y a des salariés de l’ambassade qui n’ont pas toléré sa gestion ferme et rigoureuse et cherchent à se venger.
    Lors de la confrontation, il dément les propos de ses accusateurs et fait remarquer que, de par sa position, et au regard de la réglementation, il n’avait pas de contact direct avec le comptable et certains personnels de l’ambassade et que c’est au comptable de gérer les affaires liées à la paie.

    Il semble cependant que ces réponses n’ont pas réussi à convaincre les juges chargés de l’instruction, lesquels ont décidé de faire passer l’ancien ambassadeur devant le tribunal qui décidera de sa culpabilité ou de son innocence, puisque ses actions en appel et en cassation n’ont pas abouti. Bien qu’il n’ait pas été mis en état d’arrestation préventive, l’ancien ambassadeur est interdit de quitter le territoire de la République, en attendant son jugement.

    Cliquer ici pour lire la réponse de l’ancien ambassadeur

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