Par Nizar BAHLOUL
L’euro est en chute libre et je ne peux que m’en réjouir. La monnaie européenne n’est plus sonnante, elle est trébuchante. Bien fait pour eux, ces Européens tout le temps arrogants à notre égard et toujours profil bas devant les Américains.
A cause de leur euro cher, tout est devenu hors de prix en Tunisie. Pour s’acheter une voiture 5cv d’entrée de gamme, un cadre tunisien trime pendant 25 mois, la même qu’un Européen moyen s’offre au bout de 4-5 mois de travail seulement.
On nous dit qu’il faut acheter local. Oui, c’est une idée. Mais dites-moi qu’est-ce qui est proposé en local et qui ne dépend pas de l’euro de près ou de loin. Un agriculteur se doit d’acheter ses pesticides en euros. Un journal se doit d’acheter son papier en euros. Un restaurateur se doit d’acheter ses équipements en euros. Un fournisseur se doit d’acheter son véhicule en euros. Même les télécommunications dépendent de l’euro puisque les équipements du réseau sont généralement importés d’Europe.
Que l’euro baisse, cela devrait donc avoir un impact positif immédiat sur notre pouvoir d’achat puisque notre économie dépend fortement (70%) de l’Europe de la zone monétaire unique et notamment la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne.
Sauf qu’il y a un grand mais. Il y a la culture locale qui est plus têtue. Dans notre culture locale, on ne baisse jamais les prix. Les prix s’inscrivent toujours à la hausse chez nous, jamais à la baisse. Que l’Euro baisse ou non, vous ne verrez pas un commerçant vous dire qu’il a baissé ses prix en conséquence.
Et puis, il y a tous ceux qui viendront gâcher votre joie en vous rappelant que si l’euro va baisser, cela risque d’être une catastrophe pour l’économie nationale.
Et ils se débrouilleront pour vous trouver les arguments nécessaires pour vous convaincre et prouver qu’un euro faible, ce n’est jamais bon pour la Tunisie, d’autant plus que notre balance commerciale est presqu’éternellement négative.
Allez comprendre cette équation kafkaïenne qui veut qu’un euro faible ce n’est jamais bon pour la Tunisie et qu’un euro fort, ce n’est jamais bon pour les Tunisiens.
Une fois que l’on vous a donné cette assertion, l’euro, si vous ne détestiez pas déjà, c’est le moment.
Il y a d’abord les Américains qui attendent tout le monde au tournant. Comme d’habitude, du reste. L’euro faiblit, mais le dollar, lui, il s’inscrit à la hausse. Au jour d’aujourd’hui, il vaut 1,5 dinar.
C’est le premier argument de nos éternels pessimistes qui vous diront, voilà si le dollar augmente, le carburant va donc augmenter. On nous rappelle ainsi que notre essence, on se l’achète chez les monarchies pétrolières du Golfe qui, elles, fonctionnent à la monnaie américaine.
Le deuxième argument est celui de nos exportateurs et notamment ceux du secteur textile et des pièces automobiles. Ces industriels, ils vendent leurs produits essentiellement en Europe. Et si l’euro est en train de baisser, c’est que leurs revenus vont également baisser.
En matière de textile, il paraît que nous sommes très forts en matière de lingerie. Je m’interroge alors pourquoi nos industriels n’iront pas proposer leurs slips, porte-jarretelles et soutien-gorge aux monarchies du Golfe qui paient en dollars. Non seulement, ces monarchies ont bien besoin d’un peu de coquetterie féminine, elles qui sont tout le temps enfermées sous leurs burqas et tchadors, mais en plus cela réduirait notre dépendance vis-à-vis de l’euro. Quand les belles Italiennes ne peuvent pas se payer nos strings, on pourrait toujours aller voir les fortunées arabes pour leur proposer nos dentelles.
Le troisième argument des gâche-fête est sans appel. Il est relatif au tourisme et les professionnels du secteur commencent déjà à paniquer. Un euro faible signifie la hausse des prix des vacances pour les Européens. Déjà que leur pouvoir d’achat est balbutiant, eux les Européens, voilà qu’on vient leur ajouter une couche en baissant leur monnaie. Pour nos hôteliers, nos chauffeurs de taxi des zones touristiques et nos restaurateurs, cela ne présage rien de bon. Ils vont devoir, ils n’ont pas le choix, se rabattre sur le Tunisien et ses pauvres dinars. Va leur dire de cesser de brader la destination et de viser une clientèle plus friquée, ils vous diront non, c’est plus facile pour nous de nous rabattre sur le Tunisien que sur le Monégasque ou le Parisien du XVIème.
Le hic, c’est que le Tunisien ne se voit pas vraiment dans ces hôtels pour cet été 2010. Vous en connaissez beaucoup de Tunisiens capables, en plein mois de ramadan, de siroter une bière au bord d’une piscine tout en zieutant discrètement, par rapport à leur épouse, les belles demoiselles en bikini et monokini ?
C’est une culture locale, le Tunisien, durant le ramadan, il se rappelle qu’il a un Dieu et devient, tout d’un coup, pieux et pratiquant un tant soit peu.
Du coup, face à la baisse de l’euro, les hôteliers et industriels commencent à crier au secours et appellent la Banque Centrale de Tunisie à la rescousse en cassant le dinar. Il est impératif que le dinar se déprécie encore davantage pour que leur business soit sauvé. Le dinar ne doit jamais s’apprécier devant l’euro, il doit toujours rester petit et ne peut, en aucun cas, lever sa tête. Autrement, ce serait la catastrophe, disent-ils. Il est donc vital que si l’euro a mal, le dinar doit avoir encore plus mal. Et si l’euro éternue, le dinar se doit de s’enrhumer !
Quand l’euro éternue, le dinar s’enrhume
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