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Slim Tlatli n’a pas besoin d’un bâton de pèlerin…

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    Par Nizar BAHLOUL

    Désormais, si vous vous voulez avoir une idée sur la réalité d’un secteur donné, n’allez chercher ni du côté des communiqués officiels du ministère de tutelle, ni des propos élogieux de son ministre. Ceux-là, ils feront tout pour embellir leur situation devant l’opinion publique et c’est pareil ainsi en Tunisie et ailleurs.
    Non ! Si vous voulez obtenir le topo, allez écouter Mohamed Ghannouchi Premier ministre lorsqu’il parlera du secteur qui vous intéresse.
    Il y a deux semaines, c’était son discours à la BCT à propos du secteur bancaire (cliquer ici pour lire l’article à ce sujet). Samedi dernier, c’était au Regency à propos du Tourisme à l’occasion de la Consultation nationale sur le secteur à l’horizon 2016.

    Comme à son habitude, le Premier ministre n’a pas besoin de regarder ses fiches pour parler du secteur et des chiffres du secteur. De ses acquis et de ses manquements. De ses qualités et de ses défauts.
    Je laisse à Insaf Fatnassi le soin de développer les idées forces de ce qui s’est passé au cours de cette consultation (cliquer ici pour lire son article) pour m’arrêter sur l’alarmant « aveu » du Premier ministre qui a souvent la langue de bois dans sa poche.
    – Le tourisme tunisien a reculé et n’est plus, comme jadis, comparable aux grands pays touristiques ;
    – Les pays touristiques concurrents de la Tunisie ont des revenus 2,5 fois supérieurs à nous ;
    – Le tourisme tunisien est dans un cercle vicieux.
    Les causes de ce résultat sont nombreuses et la majorité, d’entre elles, ont été évoquées par le Premier ministre et dans la consultation. Les solutions au grand nombre d’épineux problèmes soulevés ont également été évoquées et (tiens !) le mode d’emploi avec. Et c’est à Slim Tlatli, ministre du Tourisme, qu’a échu la mission de solutionner ces problèmes avant 2016.
    Comme l’a écrit, un jour, un confrère, Slim Tlatli est parti remplir sa tâche avec un bâton de pèlerin. Mais le laissera-t-on réussir son pèlerinage ?

    L’une des principales causes de la débâcle est le bradage des prix opérés par certains hôteliers et grands hôteliers de la place.
    Or, comme tout le monde l’avait constaté (et il y avait du monde, samedi, au Regency) les principaux bradeurs étaient absents. Et il ne s’agit pas de n’importe lesquels. Ce sont les plus grands qui ont manqué à l’appel, si l’on excepte Jalel Bouricha, Adel Bousarsar et Mohamed Driss.
    Autres absents remarquables et remarqués, les patrons des grandes chaînes hôtelières étrangères.
    La consultation a beau être placée sous le haut patronage du Chef de l’Etat, elle a beau être ouverte par le Premier ministre, elle a beau voir la présence de six membres du gouvernement, ces « grands hôteliers » ont décidé de l’ignorer ! Comme s’ils n’étaient pas concernés. Comme s’ils évoluaient en marge du pays.
    Slim Tlatli a beau prendre son bâton de pèlerin, discourir, consulter, écouter, proposer et solutionner, il n’aura que des bâtons dans les roues face à de pareilles gens. Mais il n’y a pas que cela.

    Tout le monde était d’accord pour dire que l’une des solutions immédiates à mettre en œuvre est celle d’améliorer la communication. Des solutions concrètes et faisables ont été proposées, parmi lesquelles la nécessité d’utiliser internet, le moins cher des moyens pour toucher le touriste final.
    Avant de décider ses vacances (longues ou d’un week-end) ou son voyage (d’affaires ou de santé), le reflexe d’un voyageur est d’aller se documenter sur le pays.
    Et quand il tape « Tunisie » sur internet, il va inévitablement et immédiatement tomber sur les sites internet tunisiens. Et les premiers qu’il va croiser sont les journaux électroniques pour la simple raison que ces journaux sont les plus prolixes en production éditoriale sur le net.
    Quand un Parisien désirant passer un week-end intéressant à Hammamet ou à Tunis, ce n’est pas Pariscope qu’il va consulter, mais Tunivisions, Tuniscope, ou Jetsetmagazine.
    Quand un investisseur veut s’informer sur la réalité économique et politique du pays, ce n’est pas Les Echos qu’il va consulter, mais Webmanagercenter, Africanmanager ou Business News. De par la nature même de notre profession, nous sommes invincibles, vu le nombre d’articles de proximité mis en ligne quotidiennement.
    L’ancien ministre du Tourisme, Khelil Laâjimi, a bien compris ce point et l’a utilisé au profit du secteur en associant la presse électronique tunisienne à son action et en planifiant la présence du tourisme tunisien sur le web tunisien.
    Une fois Khelil Laâjimi appelé à d’autres tâches, l’administration du tourisme en a profité pour écarter ces journaux, plutôt convaincue par les investissements dans l’affichage urbain ou le métro parisien, laissant la place grande ouverte du web aux Marocains, Turcs et Egyptiens.
    M. Tlatli a beau prendre son bâton de pèlerin, discourir, consulter, écouter, proposer et solutionner, il n’aura que des bâtons dans les roues face à une administration qui change de priorité et de stratégie avec chaque nouveau venu.

    Mais il n’y a pas que les bradeurs et la bureaucratie qui risquent de mettre des bâtons dans les roues de Slim Tlatli. La liste est longue et très longue et sa mission est bien rude, puisqu’elle ne dépend pas que de lui.
    Quand on veut investir dans le tourisme écologique, il faut le feu vert du ministère de l’Environnement.
    Quand on veut investir dans le tourisme rural, il faut celui du ministère de l’Agriculture.
    Quand on veut programmer une excursion avec des hélicos, il faut l’aval du ministère de la Défense.
    Quand il faut alléger les taxes plus qu’exorbitantes sur l’alcool, il faut convaincre le ministère des Finances.
    Quand on veut animer les soirées nocturnes pour que le touriste sorte de son bunker et aille en ville avec les autochtones, il faut réveiller les ministères de l’Intérieur (pour la sécurité), du Transport (pour que les non motorisés rentrent chez eux le soir), du Commerce (pour autoriser les restaurateurs à ouvrir tard le soir) et les mairies (pour créer cette animation dans leur ville).
    Quand on veut organiser un concours de beauté, il faut passer outre l’embargo du ministère des Affaires religieuses (ce n’est pas une blague !).

    La liste des maux de notre tourisme est longue et bien longue. La consultation a abouti sur un épais document regroupant 160 mesures dont chacune comporte une bonne dizaine de sous-mesures et pour que chacune de ces sous-mesures soit appliquée, il faut une série d’arrêtés ministériels.
    Ils vont faire tout ça avant 2016, disent-ils. Je leur souhaite beaucoup de courage et qu’ils excusent mon scepticisme.
    Certains hôteliers (notamment les bradeurs et les patrons de chaînes étrangères), certains Tunisiens ou une certaine administration pensent toujours que nous sommes un pays de touristes et non un pays touristique. Et cette subtile différence ne saura être résolue par une consultation et des arrêtés, voire même des lois. C’est dans notre mentalité. Pour la vaincre, cette mentalité, Slim Tlatli n’a pas besoin d’un bâton de pèlerin, mais d’un prophète !

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