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Tunisie – Enseignement primaire : le passage automatique ne passe pas !

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    Dans sa dernière conférence de presse tenue la semaine dernière, le ministre de l’Education, Hatem Ben Salem, a annoncé le retour du passage de classes par les moyennes et l’abandon du passage automatique et ce, dans le premier cycle de l’enseignement de base, soit l’enseignement primaire.
    Ce changement a pour principal objectif d’améliorer la qualité des acquis académiques de base chez les jeunes élèves, jugés inaptes à cumuler convenablement les connaissances linguistiques et scientifiques. Ce qui a influé sur leur parcours scolaire en général.

    Ce choix a été opéré suite à l’examen des résultats d’une concertation réalisée auprès de plus de 50.000 instituteurs sur leur évaluation des raisons de la détérioration du niveau des élèves.
    L’écrasante majorité a estimé que « le passage automatique dans le primaire tire vers le bas le niveau général des classes et des études » et qu’il « est impératif de faire valoir la compétence lors des passages de classes ».
    La même enquête a même préconisé l’annulation de l’examen de la quatrième qui est jugé prématuré pour l’évaluation du niveau des acquis chez les élèves. Elle a proposé de retourner à l’examen de la sixième pour boucler le premier cycle de l’enseignement de base, censé permettre aux élèves d’apprendre à lire, écrire et compter.
    Un examen national à la fin de cette étape permettrait d’avoir une idée globale sur le niveau général de tous les élèves en Tunisie et de déceler les éventuels déséquilibres régionaux et, même, les spécificités par matières.

    Une circulaire du ministre de l’Education avait déjà annoncé dès le début de l’année scolaire 2009-2010 certaines de ces mesures, notamment, l’annulation de l’examen de la quatrième et le retour aux moyennes pour le passage d’un niveau scolaire à un autre de l’enseignement de base. Mais le ministère s’est ensuite rétracté et avait reporté l’application à la rentrée 2010-2011.
    Par ailleurs, le nouveau mode de passage ne sera opérationnel, durant cette année scolaire, que pour les élèves des premières et des deuxièmes années. Il accompagnera ces niveaux et prendra cinq années pour se généraliser dans l’enseignement de base. L’approche du ministère tient compte du fait que les élèves des autres niveaux se sont déjà adaptés au mode de passage automatique et que l’éventuelle introduction des moyennes pourrait perturber leur parcours scolaire.

    « C’est persister dans l’erreur ! », constatent plusieurs enseignants du primaire qui, tout en se référant aux résultats de la concertation de 2009, considèrent que le passage automatique des classes a déjà montré ses limites, de l’avis même du ministère qui a décidé de l’abandonner. « Pourquoi ne pas généraliser le changement à tous les niveaux ? » s’interrogent-ils.
    Ces enseignants opposent d’autres arguments pour défendre leur point de vue de généralisation immédiate : « s’il est vrai qu’il n’y a pas de moyennes et de classements dans les livrets scolaires en vigueur mais ils contiennent les notes des élèves dans chaque matière, ainsi que les meilleures et les pires notes de la classe. Donc, il n’y aura pas de véritable changement, sauf pour ce qui est du passage de classes. L’exigence de la moyenne pour le passage va permettre d’arrêter l’hémorragie en matière de minimum de niveau requis ».

    Concernant le manque d’adaptation des élèves, les enseignants ne mâchent pas leurs mots. « C’est comme si on évite de dire à un malade qu’il est déjà atteint ! » s’insurgent-ils. « Une telle approche signifie que l’on va continuer à gérer un système dont on connaît les limites », ripostent-ils en proposant de « généraliser cette réforme le plus tôt possible pour essayer de couper court à la détérioration du niveau de notre enseignement. Autrement, les effets de la réforme prendraient une quinzaine d’années pour avoir des effets palpables ».
    A part l’enseignement de base, des interrogations accompagnent le projet de renforcement du parcours professionnel et technique. Le ministère de l’Education parle de 50 % d’élèves dans ces parcours dans les quatre années à venir.
    Un tel projet a suscité des interrogations du côté du corps des orienteurs, sensés sensibiliser les élèves à ce parcours et expliquer aux professeurs ses mécanismes. « Déjà, le statut du collège préparatoire technique n’est pas encore très clair. La validité de son diplôme n’est pas encore bien définie. La mobilité entre ce parcours et l’enseignement général n’est pas évidente » se demandent-ils.

    Les orienteurs pensent que « c’est pas facile de parvenir, en si peu de temps, à transformer la physionomie de la cartographie des parcours scolaires, dominée actuellement par la section lettres avec près de 30 % des candidats au baccalauréat alors que les candidats des sciences techniques ne représentent même pas les 15 % ».
    Ces réserves des orienteurs trouvent leurs origines dans deux raisons essentielles « d’une part, les élèves tunisiens et leurs familles se sont habitués à un taux de réussite élevé au baccalauréat, lequel taux est supérieur à 60 % et ils ne sont pas conscients de la faiblesse du niveau. Donc, il faudrait batailler dur pour leur changer d’avis. D’autre part, le parcours professionnel et technique nécessite des investissements lourds pour s’imposer en tant qu’option viable ».

    Une chose est certaine, Hatem Ben Salem a du pain sue la planche et le chantier de la qualité de l’enseignement est un projet nécessitant temps, compétences et fonds. Mais la Tunisie de demain passe, entre autres, par la réussite de ce défi.

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