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L’Etat s’effondrera…

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    Avec un état d’urgence décrété une semaine après l’attaque sanglante de Sousse et une allocution tant attendue, qui a été diffusée avec 30 minutes de retard et sans le direct auquel on s’attendait, le chef de l’Etat n’a pas eu les mots qu’il faut. « Si cela se reproduit, l’Etat s’effondrera ». Que penser de ces paroles si elles émanent de l’Etat lui-même ?

    L’Etat annonce-t-il, officiellement et une fois pour toutes, qu’il est incapable de faire face à la crise sans précédent qui touche le pays ? Annonce-t-il qu’il baisse les bras ? C’est ce qu’on pourrait comprendre dans une première lecture du discours du président de la République sur lequel son équipe de Com’ n’a pas dû bûcher dur. Ce message n’était pas seulement adressé aux Tunisiens, il visait non seulement les citoyens mais aussi toute la communauté internationale à laquelle il a adressé des messages bien précis, ainsi que les organisations nationales (UGTT et UTICA).

    Mais loin de rassurer ses interlocuteurs et de leur donner le souffle qu’il faut pour continuer, ce discours ne fera que faire davantage peur à ceux auquels il l’adresse. Il servira également à galvaniser davantage les terroristes dans leur lutte acharnée contre l’Etat. « Encore une frappe et vous aurez gagné. Encore un attentat et l’Etat s’écroulera de toutes parts », leur dit-il. Prestige de l’Etat contre son effondrement, de quel côté sommes-nous ?

     

    Dans ce discours, qui a tardé, Béji Caïd Essebsi fait assumer la responsabilité des attaques de Sousse et du Bardo ainsi que de la crise économique et sociale, aux gouvernements précédents qui ont échoué dans leur mission. Soit, ceci n’est pas faux…en partie. Il l’impute aussi aux Tunisiens qui, à force de mouvements de protestation, ont décrété la désobéissance civile. D’accord, mais les blocages de routes, les grèves à répétition et les mouvements sociaux ne sont pas seuls à blâmer. Le chaos dans lequel régnait déjà le pays ne justifie en rien l’incompétence des gouvernants actuels.

    Mohamed Najem Gharsalli a déclaré la semaine dernière que l’attaque terroriste de Sousse aurait pu être empêchée. Une manière donc d’avouer qu’il y a eu des défaillances de la part des forces de l’ordre. Des défaillances qui auraient pu épargner la vie d’une quarantaine de personnes. Mais à entendre Béji Caïd Essebsi aujourd’hui le gouvernement ne serait en rien fautif. L’institution sécuritaire a fait preuve d’efficacité et le fait que la Tunisie n’ait pas la culture du terrorisme justifie sa manière cafouilleuse de gérer (ou pas) le terrorisme actuel. Si tout ceci est effectivement nouveau quand apprendra-t-on à y faire face ?  

    « Nous nous attendions à ce que l’attaque du Bardo soit la dernière », a lancé Béji Caïd Essebsi devant des milliers de Tunisiens qui, pendus à ses lèvres, s’attendaient à voir un chef de l’Etat qui sait ce qu’il dit. En ce jour tristement célèbre du 17-Ramadan, qui fait chaque année et depuis deux ans des morts parmi nos soldats, nous espérons que l’Etat n’annoncera pas qu’il pensait que l’attaque de Sousse était la dernière. Nous espérons aussi que sa seule solution n’est pas de décréter l’état d’urgence.

     

     

    Je retiens une phrase du discours du chef de l’Etat aujourd’hui : « Il est de mon devoir d’empêcher l’effondrement de l’Etat ». Mais peut-on y croire encore lorsque les forces de l’ordre arrivent plusieurs minutes en retard sur le lieu d’un attentat laissant mourir des dizaines de personnes, lorsque l’attentat en lui-même n’a pas pu être prévu alors que des témoins ont donné l’alerte la veille et lorsque la ville de Sousse ne ressort son arsenal sécuritaire qu’avec la venue de ministres ? Peut-on croire qu’une issue est imminente lorsqu’un homme d’affaires des plus importants attend des semaines pour s’entretenir avec le ministre pour proposer des solutions à la crise économique du pays, ou que le gouvernement attend que le pays se retrouve dos au mur pour décider de mesures, auxquelles on avait appelé il y a plusieurs mois déjà…

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