On ne le dira jamais assez. Ennahdha est le parti qui s’en tire le mieux. Il est au pouvoir, mais sans s’attirer les foudres liées à la mauvaise gestion gouvernementale. Il décide mais ne rend pas de comptes. Il prend les décisions mais n’est pas toujours obligé de les justifier. On a parfois tendance à l’oublier tant sa présence dans le gouvernement d’union nationale est timide. Si cette participation qui compte plus de secrétaires d’Etat que de ministres influents est discrète, elle lui permet en revanche de rester à l’abri des critiques et de se faire une place bien au chaud.
Nidaa Tounes a été le parti vainqueur des législatives, il est donc le plus exposé. C’est aussi le parti qui fait le plus de bruit autour de lui, mais pas forcément pour les bonnes raisons. Tomber dans le militantisme au lieu de voter une loi, étaler son linge sale en public, continuer de balbutier… Nidaa patauge, chacun le sait, Ennahdha en tire forcément profit.
Le dernier mouvement des gouverneurs le montre bien, Nidaa s’accapare la part du lion. De son côté, Ennahdha n’a rien à lui envier et se garantit un butin non négligeable. Peu importe si sa part est moins importante, peu importe s’il est deuxième. A l’approche des municipales, il est plus utile de se préparer une stratégie étudiée que de faire son show. Un show déchaîné et échappant à tout contrôle n’est absolument pas bon pour les affaires.
Mais ne vous méprenez pas, Ennahdha reste le grand manitou du pouvoir et sa parole vaut de l’or. Si vous voulez savoir s’il y aura un remaniement ministériel, il faut plutôt écouter ce qu’en dit Ennahdha. « Je suis bien placé pour le savoir », a déclaré Abdelkarim Harouni, président du conseil de la Choura, haute autorité du parti islamiste. Si Ennahdha n’est pas au courant et n’en a pas été informé, c’est que ce remaniement reste, à l’heure actuelle, de simples spéculations et des ragots. « Ennahdha est bien placé pour dire qu’il y a un remaniement gouvernemental en vue ou non ». Voilà qui est dit !
Alors que Nidaa préfère palabrer sur les plateaux TV en exposant son incompétence, Ennahdha choisit de s’intéresser à des choses bien moins futiles. La politique étrangère est devenue la chasse gardée de Rached Ghannouchi. Personne ne s’offusque outre mesure de voir le chef du parti islamiste multiplier les voyages à l’étranger et dialoguer, au nom de la Tunisie, avec les plus hauts dirigeants mondiaux. Au nom de la Tunisie, mais aussi (et surtout !) au nom du parti pour lequel il fait du lobbying intensif.
Pour contrer sa popularité en berne, Ennahdha choisit de se faire petit dans son pays et de gagner en popularité à l’étranger. Une stratégie bien huilée et qui finira par porter ses fruits.
Si Ennahdha aurait souhaité voir son partenaire s’en sortir mieux que ça, il a su tirer son épingle du jeu et marquer des points malgré la crise qui secoue Nidaa, mais aussi grâce à cette crise. Même si la relativement faible représentativité du parti de Rached Ghannouchi au gouvernement a fait grincer quelques dents au sein d’Ennahdha, le parti a su en tirer profit aujourd’hui afin d’être moins exposé et donc moins critiqué.
Alors que les autres préfèrent s’exposer dans les médias, faire parler d’eux et montrer à tous que c’est eux qui gouvernent, Ennahdha se fait discret. Parce que le vrai travail se fait ailleurs.










