Si vous êtes un adepte de l’absolutisme à deux balles du type « si tu n’es pas avec moi, tu es contre moi », passez votre chemin. Si vous pensez que ceux qui manifestent contre la cherté de la vie sont –uniquement- des pilleurs et des voleurs ou si vous êtes convaincu que ceux qui défendent l’Etat et sont opposés aux manifestations nocturnes sont des bourgeois indignes, cet article ne vous apportera rien.
Il est évident que tout acte de violence ou de vandalisme est à condamner avec la plus grande vigueur. On ne peut plus rien revendiquer quand on enfreint la loi. Casser, voler, couper les routes, saccager les biens privés ou publics est la meilleure manière de soustraire toute légitimité à n’importe quelle action de revendication.
Maintenant, parlons de responsabilité. Les pilleurs et les casseurs rendent un grand service aux gouvernants en place en leur offrant l’économie d’expliquer leurs aberrations et en délégitimant la colère. Et pourtant, elle est tellement légitime cette colère !
On ne peut qu’être en colère quand on entend un ministre, Mabrouk Korchid en l’occurrence, nous dire que « les augmentations de prix ne vont toucher que les catégories aisées et non les pauvres », comme si les gens qui achètent des bouteilles de gaz pour se chauffer et pour faire à manger étaient de grands propriétaires ! C’est une augmentation dont la Loi de finances n’est pas responsable ? Oui c’est vrai, mais c’est une augmentation quand même.
Quand un autre responsable au gouvernement, en la personne de Taoufik Rajhi, déclare que les augmentations prévues dans la Loi de finances ne sont pas encore entrées en vigueur et qu’il est « étonné » de voir de telles contestations, on se dit qu’il vit sur une autre planète.
Les gens qui travaillent dans le privé savent que les augmentations prévues sont d’ores et déjà appliquées. Quand un autre ministre, Iyed Dahmani, découvre subitement le concept de Fake News et nous le sert à toutes les sauces, reprenant sans le savoir la rhétorique qui avait mené Ben Ali à sa perte. Il a l’air de dire aux gens que les prix qui ont augmenté et le fait qu’il y ait de plus en plus de SDF en Tunisie, de gens qui ne mangent pas à leur faim, de gens qui sont obligés de faire des arbitrages entre nourriture et éducation par exemple, et bien c’est tout simplement faux.
Mais attention, les produits de base n’ont pas augmenté ! Ce que le gouvernement entend par produits de base, d’abord, c’est les produits subventionnés, rien d’autre. Et puis, il est vrai que les prix du sucre, de l’huile ou de la farine n’ont pas augmenté. Mais allez essayer de trouver du sucre en vrac en Tunisie. Essayez de choper une bouteille d’huile subventionnée chez l’épicier. Il n’y en a pas !
Par contre, le gouvernement fait tout ce qu’il peut, il ne faut pas lui en vouloir. En fait, ils ont du temps libre nos responsables, sinon comment expliquer qu’ils soient, dans leur majorité, nommés comme coordinateurs régionaux de NidaaTounes pour les élections municipales ? Ridha Chalghoum, Hatem Ben Salem, Selma Elloumi, Radhouane Ayara, Selim Azzabi, Mabrouk Korchid, Majdouline Cherni, Khemaïes Jhinaoui et d’autres encore vont préparer les élections pour leur parti.
Supposons qu’ils seront tous vigilants et qu’ils ne mettront pas les moyens de l’Etat au service du parti, pas une goutte d’essence, pas un coup de fil, ne seront financés par le contribuable. Mais qu’en est-il de l’autorité morale d’un ministre ou d’un chef de cabinet ou d’un conseiller à la présidence dans le cadre d’élections municipales ? Est-ce exagéré de dire que l’on réédite des méthodes pour le moins douteuses ?
Les mêmes ingrédients donnent les mêmes résultats, il est bête d’espérer qu’il en sera autrement. Le chef du gouvernement, Youssef Chahed, a évoqué des « parties » qui organisent les pillages et les troubles et qui les financent. Il faut agir contre eux de la manière la plus ferme. Mais de l’autre côté, il ne faut pas prendre les gens pour des imbéciles et infantiliser tout un peuple en resservant les discours de Ben Ali. La colère est là, elle est justifiée et légitime, faites avec et essayez de la gérer, ne dites pas qu’elle n’existe pas.










