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Jeunesse lève toi !

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    Par Marouen Achouri

     

    Ayant encore l’audace de me prétendre jeune, deux évènements ont particulièrement rythmé cette morose semaine. Le premier est la mort d’un supporter du Club Africain âgé de 19 ans, le deuxième est l’adoption par l’ARP du Startup Act.

     

    En Tunisie, en 2018, un gamin de 19 ans sort de chez lui pour aller au stade et rentre dans un cercueil. Voilà le fait, froid et cru, et totalement inadmissible. On peut se perde en conjectures et se demander si la police a réellement poursuivi ce gamin, s’il a vraiment dit qu’il ne savait pas nager mais qu’il a quand même dû plonger dans cet oued pour échapper à la police, si c’était un délinquant à la base ou pas. De ces questions on peut se poser des milliers, et ce sera sans doute à la justice d’y répondre. Mais toutes ces réponses ne calmeront pas la douleur des parents de ce gamin. Toute la communauté sportive tunisienne, au sens large du terme, a été choquée par cette terrible nouvelle. Choquée malgré le fait qu’on s’y attendait.

    Les travées du stade restent, qu’on le veuille ou pas, un des thermomètres les plus précis de la société en général, et ça faisait quelques mois déjà que ça chauffait. On s’attendait à ce qu’il y ait une catastrophe qui toucherait un supporter ou un policier. L’état de délitement total, l’irresponsabilité de plusieurs parties prenantes, le fait que l’Etat semble avoir d’autres chats à fouetter, le niveau de violence dans la société et d’autres facteurs encore ont conduit à la mort d’un jeune supporter de 19 ans. La justice a la charge essentielle de faire la lumière complète sur cette catastrophe et de mettre derrière les barreaux tous les responsables, mais l’Etat a la charge de ne pas détourner les yeux de ce qui se passe au stade et de veiller à ce que ça ne se reproduise plus. On ne peut plus tolérer que des enfants meurent au stade, ce n’est plus possible.

     

    Mais tout n’est pas noir en Tunisie, heureusement. L’adoption du Startup Act est une lumière dans ce marasme, et on en avait besoin. Au-delà de la teneur de cette loi, son cheminement et sa conception montrent qu’il est possible en Tunisie d’écrire une loi en y associant les concernés dès le début. Cela a permis d’améliorer le projet de loi et de lui donner ce caractère révolutionnaire. Il est possible de pondre une loi sans forcément passer en force et provoquer des réactions que l’on a du mal à gérer plus tard. Et surtout, les startuppeurs, jeunes en majorité, ont montré un niveau d’implication, de compétence et d’assiduité qui force le respect.

    C’est aussi un projet de loi qui a permis de révéler la « mentalité législative » de certains élus de la nation et même de certains politiciens. D’un côté, il y a ceux qui sont réellement convaincus de l’intérêt de cette loi, des élus qui bossent pour de vrai, en silence au sein d’une assemblée où le poids se mesure aux décibels crachés. Il y a aussi les petits calculateurs qui essayent de récupérer quelque crédit politique en marchandant leurs voix. Les minables qui sont là par accident et qui tentent de devenir quelque chose en un mandat. Et puis il y a les législateurs pétris de vieux réflexes, animés de vieilles habitudes, qui ne pensent qu’à interdire, à limiter, à punir, au lieu de penser à encadrer, à protéger et à réguler. Dans le Startup Act, certains voient une révolution, d’autres voient des niches fiscales. Certains voient des opportunités, d’autres voient une menace de blanchiment d’argent. C’est justement là que la mentalité intervient et crée la différence. C’est ici que le fossé entre la « génération Startup » et la « génération fax » saute aux yeux. C’est là qu’on comprend la distance qu’il nous reste à parcourir et l’ampleur du changement à apporter.

     

    La nouvelle génération qui arrive en Tunisie porte en elle les germes d’un large espoir pour notre pays. Une génération volontaire, autonome et résolument tournée vers l’avenir et vers l’international. C’est une génération qui se trouvera forcément aux commandes et qui révolutionnera la Tunisie, malgré tout.

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