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Tractations gouvernementales : le temps des couleuvres

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    Le chef du gouvernement désigné Habib Jamli a reçu ce dimanche le nouveau patron d’Ettakattol, khalil Zaouia ce qui est une surprise car les tractations avec les acteurs politiques sont limitées dans le temps et il ne reste plus au chef du gouvernement désigné, que deux semaines pour remettre sa copie, ou rendre son tablier, au président de la République.

     

    On s’attendait donc que Habib Jamli utilise son temps à bon escient, qu’il rencontre les acteurs réels de la scène politique, négocie avec les partis représentés au sein de l’ARP, discute avec les experts reconnus du monde de l’économie et des finances. Au lieu de cela, il a reçu un dirigeant d’un parti fantôme, qui a existé sous Ben Ali et au sein de la Troïka, mais qui n’existe plus depuis 2014 sur le plan politique, médiatique et surtout populaire. Son score lamentable lors des dernières échéances électorales le prouve.

    En effet, Ettakatol n’a eu aucun siège lors des élections législatives et son candidat à la présidentielle a récolté moins de 0,4% des voix. Ce score ne semble pourtant pas démoraliser le patron d’Ettakatol, ou le rendre plus humble. Dans sa déclaration à l’issue de sa rencontre avec Habib Jomli, le secrétaire général d’Ettakatol Khalil Zaouia a annoncé qu’il avait émis certaines conditions sans lesquelles son parti ne participera pas au prochain gouvernement. On ne sera pas surpris donc, si Habib Jamli s’oriente dans les jours à venir vers une sorte d’archéologie politique et invite à Dar Dhiafa, les dirigeants de tous les autres partis fossiles tunisiens qui ne manqueront pas de lui présenter leurs « visions » et de lui poser, pour certains d’entre eux, leurs « conditions».

     

    D’un autre côté, le chef de gouvernement désigné a reçu samedi, pour la deuxième fois depuis sa désignation, le chef de Qalb tounes Nabil Karoui. Certains diront qu’il n’y a rien d’anormal dans cela puisqu’il s’agit du deuxième parti au parlement et que sans lui, il serait difficile pour le prochain gouvernement de travailler à l’aise. Seulement, il y a à peine deux jours, le chef du parti islamiste Rached Ghannouchi, lui-même élu président du parlement grâce aux voix des députés de Qalb Tounes, a catégoriquement refusé la participation de Qalb Tounes au prochain gouvernement. Comment expliquer donc les rencontres entre Habib Jamli et Nabil Karoui.

     

    Si on procède par l’élimination de l’hypothèse de rencontres de complaisance, le temps presse et l’heure n’est pas aux amabilités. Si on écarte aussi l’idée que le chef de gouvernement désigné veut montrer son indépendance vis-à-vis du parti islamiste qui l’a désigné. Tous les partis politiques et une grande partie des médias ont décidé, malgré les preuves irréfutables, de croire Ennahdha et son poulain sur parole, pour ne pas avoir à prendre le risque d’élections anticipées. Même Attayar de Mohamed Abbou a décidé d’avaler la couleuvre de l’indépendance de Habib Jamli.

     

    Il reste donc l’hypothèse de voir dans ces rencontres, une manœuvre de banalisation de la présence de Qalb Tounes et surtout de son sulfureux patron sur la scène politique tunisienne, pour mieux préparer les supporters du parti islamiste et ses acolytes à une nouvelle alliance gouvernementale contre nature. Pour la trahison de leurs engagements, le parti islamiste, son chef et ses cadres ne sont pas à leur première tentative. Aussi, il faudrait voir dans ces rencontres une volonté de mettre un maximum de pression sur Attayar pas pour rejoindre le prochain gouvernement, Ennahdha n’en veut pas, mais plutôt pour occuper, face à l’opposition tout azimut de Abir Moussi,  tout le terrain d’une opposition d’un type nouveau : un discours très critique et un vote qui ne met pas en péril l’action du gouvernement. On appellerait cette attitude, selon les intérêts et selon les circonstances, le soutien critique ou encore l’opposition constructive.

     

    En fait, toute cette effervescence autour de Dar Dhiafa a pour seul objectif d’amuser la galerie et de faire semblant de respecter les procédures. En vérité, les vraies négociations se passent ailleurs. Au temps voulu, la composition du gouvernement sera présentée au président de la République et encore une fois, nul ne s’attardera sur l’apport du chef du gouvernement dans la composition de « son gouvernement ».

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