Le locataire provisoire de Dar Dhiafa parviendra-t-il à muer le provisoire en permanent et à réussir son déménagement à la Kasbah ? Après trois semaines de son arrivée surprise, parachuté par le nouvel homme fort de la Tunisie, on nommera Rached Ghannouchi, Habib Jamli n’est vraiment pas dans une position confortable.
Il nous serinait à tout-va avec ses négociations qui avancent dans le sens positif, avec ses assertions sur l’indépendance de ses choix et de ses prises de décision. Il nous rabattait les oreilles avec ses « je maîtrise la situation, tout seul comme un grand ». Il a juste oublié de mentionner une certaine antichambre d’Ennahdha qui a élu domicile dans son sillage, qui l’encadre et le recadre, qui lui prodigue conseils et directives à suivre. Mais ça, il ne faut pas trop insister dessus parce que le désigné est très indépendant. C’est lui-même qui le dit, donc soyons sympas et accordons-lui le bénéfice du doute.
Ces négociations-tractations-pourparlers trainent en longueur et en échecs. On arrive presqu’au bout du délai constitutionnel d’un mois, sans pour autant que le futur chef du gouvernement ait pu parvenir à s’assurer une ceinture partisane solide et surtout fiable. Une ceinture qui lui permettra de décrocher bien évidemment la confiance du parlement, mais d’asseoir dans la durée son gouvernement. Il est parti chercher partout des soutiens. Il a discuté avec tous les partis représentés à l’assemblée et tous ceux qui n’y sont pas (sauf ceux qui ont décliné l’invitation).
A la recherche d’un appui, Jamli a brassé large pour essuyer en fin de course un échec cuisant. La personnalité qui devait rassembler autour d’elle, a plutôt créé l’effet contraire. L’absence de charisme et de doigté politique du prétendant n’y sont pour rien, bien évidemment, c’est plutôt son indépendance factice qui lui a porté préjudice.
Tout au long de ces semaines de tractations, le désigné s’est aligné sur les positions, avouées et non avouées d’Ennahdha, restreignant ainsi son champ d’action. Il a beau clamé qu’il ne cédera aux pressions d’aucun parti, même celles du mouvement islamiste, la vérité est bien ailleurs.
Téléguidé, Habib Jamli perd la marge d’autonomie dont il se targue. Le départ d’Attayar et d’Echaâb en est la manifestation. Garder l’équilibre sur une corde raide n’est pas donné à tout le monde et Jamli ne semble pas être habité par cette qualité. Les manœuvres pour mettre en place une coalition gouvernementale, composée par Enndhdha, Attayar et Echaâb ou encore Tahya Tounes avec une participation indirecte de Qalb Tounes (à travers des personnalités indépendantes qui lui sont proches) et enfin le soutien d’Al Karama, ont fait pschitt.
C’est que Habib Jamli s’est télescopé sur la volonté d’Ennahdha d’une indépendance des portefeuilles de souveraineté (qui, cela étant dit, ne le seront pas réellement). C’est que, aussi, l’entourloupe d’un refus par Ennahdha d\’une participation de Qalb Tounes au gouvernement, mais qui mène quand même les négociations par le truchement de Jamli, ne fait plus marcher personne.
Après cette étape ratée et ce temps perdu, on devrait se dire que le désigné aura quand même la latitude de faire le tri dans les Cv à sa disposition et choisir les gens qui composeront son équipe. Sauf qu’il n’en est rien. Dans la pratique, c’est une commission très spéciale de la Choura qui lui mâche tout le travail. Cette commission lui donne un coup de main, si l’on puit dire, en sélectionnant pour lui les ministrables…
A la lumière de ces rebondissements politiques, il faudra donc nous attendre à un grand chef de gouvernement, maîtrisant son entourage, son équipe, sa communication et ses dossiers, surtout en cette période d’urgences socio-économiques fondamentales. Et c’est là où le bât blesse. Hormis les éléments de langages habituels et éculés, Habib Jamli n’amène dans sa besace rien de concret pour le pays. Quid d’une vision, d’un projet, d’une feuille de route détaillée de l’action du gouvernement, de ses priorités ? A-t-il présenté ne serait-ce qu’un brouillon de ses objectifs ou des mesures pratiques ? Il s’est amené avec sa bouille de gentil monsieur proche du peuple sans le minimum requis qu’on puisse attendre d’un chef du gouvernement.
Pendant les cinq ans à venir, s’il arrive déjà à former et faire passer son équipe puis la maintenir, serait-on acculé à composer avec un gouvernement qui navigue à vue ou plutôt qui rame à vue ? Un gouvernement ingouvernable qui creusera encore plus le malaise et la crise.










