Par Sofiene Ben Hamida
Trois femmes ont défrayé dramatiquement la chronique cette semaine. Il s’agit de l’inattendue Jamila Ksiksi, de la très prévisible Abir Moussi et de la grande Radhia Nasraoui, qui a fait partie de ce trio d’une manière inopinée et indépendante de sa volonté. Pour ces trois dames, il existe trois profils différents qui les guideront vers deux destinées diamétralement opposées et vers une seule conclusion, une seule vérité, vérifiée en politique depuis la nuit des temps.
Trois profils.
Il y a d’abord Jamila Ksiksi, membre du bloc parlementaire du parti islamiste Ennahdha qui n’a pas trouvé mieux, plus conforme à son statut de représentante du peuple, plus respectueux des Tunisiens qui suivaient son intervention en direct à la télévision, que de traiter d’autres députés, en l’occurrence les membres du bloc du parti destourien libre – avec mention spéciale pour sa présidente – de clochards. La virulence de l’attaque de la députée islamiste, qui n’est pas connue pour son éloquence, ni pour son leadership, suppose deux choses. D’une part, que son vocabulaire est dégradé et pauvre ; et d’autre part, qu\’elle n’est qu’une doublure mandatée pour jouer un rôle dans un dessein qu’elle ne maîtrise pas, quitte à en être le bouc émissaire à la clôture de cet épisode tragicomique.
Il y a ensuite la présidente du PDL, Abir Moussi qui n’attendait pas plus pour monter sur ses grands chevaux et s’installer dans un jeu sordide qu’elle affectionne, celui de la polémique et de la surenchère. Elle a commencé par exiger des excuses pour les refuser ensuite, a annoncé l’entrée de son bloc parlementaire dans un sit-in qui s’est avéré être itinérant, se déplaçant là où il y a une activité parlementaire dans le but de la gâcher. A l’ouverture de la plénière ce dimanche, elle et les députés de son bloc parlementaire ont investi le perchoir pour tenter de bloquer la séance, ce qui constitue un acte de sabotage caractérisé.
Ceux qui soutiennent le comportement de Abir Moussi par calculs politiciens ou par rejet épidermique des islamistes ne servent pas la démocratie en définitive. En effet, par son comportement, Abir Moussi ne défend que sa propre personne et les siens. Elle ne défend aucune valeur, aucune cause noble. Ailleurs, il y eu certes des sit-in des députés. Mais c’était pour des dossiers d’une acuité autrement plus brûlante. Quand les députés démocrates ont entamé un sit-in au Congrès américain, c’était pour protester contre l’immobilisme des Républicains sur la question des armes à feu et pour demander l’examen de deux lois durcissant l’acquisition et l’usage des armes à feu après l’attentat d’Orlando qui avait fait 29 victimes au début de juin 2016.
Il y a enfin Radhia Nasraoui qui a passé plus de quatre décennies de sa vie à s’opposer à l’oppression du régime destourien et à défendre ses victimes, des islamistes notamment. Cela lui a valu des tracasseries, des maltraitances et des coups qui ont laissé leurs traces et causé des dégâts irréversibles sur sa santé. La semaine prochaine, elle sera à l’étranger pour évaluer l’étendue des dégâts et ses maigres chances de résilience.
Deux destins.
Pour son courage, ses qualités de femme d’honneur, le destin de Radhia Nasraoui est tout tracé. Comme hier et aujourd’hui, son nom sera inscrit demain dans l’histoire du long et douloureux cheminement de notre pays vers la liberté et la démocratie. On retiendra de Radhia Nasraoui qu’elle a combattu vaillamment l’oppression et qu’elle a par la suite refusé crânement d’être récompensée pour son combat.
Les deux autres, elles n’ont visiblement pas de place dans l’histoire de ce pays. Pour Abir Moussi, elle se frayera, au mieux, une place dans la petite histoire en tant que prototype de la politique contre-productive. Quant à Jamila Ksiksi, il y a fort à parier que dans quelques semaines, son nom sera tout simplement effacé de la mémoire collective.
Une vérité.
Le militantisme n’est pas une chose aisée et un statut qui n’est pas accessible à tous. Seuls les plus méritants, ceux qui portent profondément leurs valeurs et qui ont la témérité, la conviction et la grandeur d’âme pour en payer le prix fort, peuvent prétendre au statut de militants. Les autres, ceux qui ont fait leur apprentissage sous la dictature, s’y sont plu, s’y sont adaptés et en ont tiré profit, sont plus proches du mercenariat que du militantisme. De même pour ceux qui acceptent de jouer aux petits bras en espérant récolter quelques miettes du gâteau raflé par leurs chefs de gangs.










