Le cheikh chiite Ahmed Salmane a été l’invité de Borhen Bsaïes dans son émission « Pour l’Histoire » diffusée sur la chaîne Attessia, lundi 6 janvier 2020 pour débattre du chiisme en Tunisie.
Contrairement à une tenue vestimentaire qui laisse transparaitre un radicalisme, c’est face à un Tunisien tolérant prônant un Etat civil qui accepte les différences qu’on se retrouve.
Borhen Bsaïes a d’emblée évoqué la réticence de certains de ses amis face au choix de son invité et le fait que ceci va attiser les dissensions dans le pays et interrogé le cheikh sur cette réaction qui est souvent suscitée face au chiisme.
A ceci Ahmed Salmane a répondu : «Malgré le fait que nous soyons au 21ème siècle, les esprits sont toujours dans les siècles du moyen-âge et ceci malgré le fait que nous soyons à l’époque de l’Etat civil qui considère les personnes uniquement comme des citoyens sans aucune considération pour toute autre appartenance, qu’elle soit religieuse, au niveau de la doctrine, ethnique ou sectaire.
Et normalement c’est cette vision de citoyenneté qui doit être adoptée partout dans le monde, mais nous sommes en train de subir les restes d’anciens Etats et d’anciennes institutions qui guident les pensées et ceci dès qu’on évoque toute différence qu’elle soit au niveau de la religion, au niveau de la doctrine, de l’ethnie ou du genre on retrouve ces tensions, car l’idée de la citoyenneté avec tous ses côtés modernes n’existe pas et n’a pas été inculquée convenablement», a-t-il expliqué.
M. Salmane a ajouté : «On parle toujours d’un point commun ethnique ou religieux, et l’Etat religieux ou l’Etat nationaliste persiste dans les pensées. Et ainsi dès qu’on aborde un sujet de différence, certains estiment que c’est une porte pour la dissension et la discorde.
Or, il faut comprendre que le point qui doit rallier tout le monde et qui représente le cran de sûreté pour tout pays ou régime est la définition de la citoyenneté».
Le cheikh a évoqué les différentes lectures du coran et expliqué qu’il y a autant de pensées différentes qui ne sont que le fruit d’un effort humain critiquable.
Il a expliqué ainsi que leur référence en la matière est l’ayatollah iranien Ali Husseini al-Sistani qui a défendu l’Etat civil en Irak et la mise en place d’une constitution irakienne écrite par les Irakiens eux mêmes.
Divers sujets ont été abordés notamment l’avis du chiisme face aux quatre califes premiers successeurs du prophète Mohammed. A ceci, il a expliqué que les sunnites ont des opinions arrêtées mais n’acceptent pas les opinions contraires. Il a appelé dans ce cadre à la tolérance.
Les deux hommes ont évoqué le génocide des berbères lors de l’arrivée des arabes en Tunisie et en Afrique du Nord. Ils ont aussi évoqué le génocide des chiites en Tunisie à certaines époques sombres de l’histoire tunisienne.
Interrogé par Borhen Bsaïes sur le fait que le chiisme est associé au projet politique d’extension iranien, le cheikh Ahmed Salmane a estimé qu’il faut séparer entre deux faits. Pour lui, lorsqu’on évoque le sujet du point de vue religieux, la constitution tunisienne a garanti au citoyen tunisien la liberté de croyance et de conscience, de pratiquer ses rites religieux.
Oui, l’Etat tunisien a peur de se lier à un autre Etat étranger, il a le droit de criminaliser ça. Mais, il n’a pas le droit de criminaliser la doctrine.
Le chiisme est une chose et son exploitation pour des fins politiques en est une autre , a-t-il soutenu.
I.N











