Le gouvernement Jamli vient enfin d’être annoncé. Nous pouvons pousser un ouf de soulagement. Mais la manière avec laquelle il a été annoncé a de quoi vous faire perdre foi en la démocratie.
Habib Jamli nous gratifie de 42 ministres et secrétaires d’Etat. La moitié d’entre eux est inconnue du bataillon. Et après l’annonce maintes fois reportée, retardée puis éludée, il a fallu présenter tout ce beau monde aux Tunisiens.
Tout ce beau monde pendu aux lèvres de Habib Jamli avait dû attendre des semaines pour connaitre enfin les noms des désignés ministrables. Et il a dû attendre encore quelques heures pour savoir qui est qui. Entre les homonymes, les inconnus du bataillon, les personnalités inexistantes– mais pas complètement indépendantes – de la scène politique et tous ces CV vides, il fallait démêler le vrai du faux.
En un temps record, il fallait dire qui est qui et qui fait quoi. Et cette lourde responsabilité, pointilleuse et délicate, n’a pas été accomplie comme elle aurait dû l’être dans les démocraties qui se respectent. Ceux par lesquels ces noms sont arrivés auraient dû finir le travail qu’ils avaient commencé, il y a déjà de longues semaines. Ce sera, bien au contraire, aux journalistes de se coltiner la tâche. Plus de 40 noms jetés en pâture à des citoyens impatients, fatigués d’attendre et avides d’information.
Comme toujours, les responsables tunisiens ne font que la moitié du travail et semblent faire de la communication politique le dernier de leur souci. Alors que la majorité de ces noms étaient pressentis depuis des semaines et que la liste intégrale avait déjà fuité la veille, aucun service de communication n’a été en mesure d’honorer la question sacrée de savoir « qui est qui ? ».
Habib Jamli évoque une « application » conçue pour déterminer qui est indépendant et qui ne l’est pas, mais est incapable de nous présenter correctement son équipe. Il va même jusqu’à dire qu’il n’a pas les moyens d’ « ouvrir le cœur de chacun pour savoir s’il est réellement, au fond de lui, dépendant ou pas ». Une phrase pareille, il aurait fallu l’inventer.
Habib Jamli finit, plusieurs jours après, après que la curiosité des Tunisiens a été déjà assouvie, d’esquisser une ébauche de CV plus que ridicule de ceux qui seront les futurs ministres tunisiens. Des biographies rédigées à la hâte, évasives et incomplètes.
Jamais un chef de gouvernement ne s’était autant moqué des Tunisiens.
En matière de communication politique, nos dirigeants rivalisent en amateurisme. L’équipe de Habib Jamli a fait tout ce qu’on vous enseigne de ne pas faire dans les cours de communication. Mais Habib Jamli a -t-il seulement une équipe ?
Alors qu’il est le chef du gouvernement désigné, disposant des moyens de la Kasbah en matière de logistique et de communication, Habib Jamli continue à assumer seul la lourde tâche dans laquelle on l’a embourbé. Une tâche beaucoup trop grande pour cet homme qui n’a pas su faire à une situation aussi délicate.
En matière de communication politique, il y a encore beaucoup de chemin à faire. Au sommet de l’Etat, on en est encore à une communication « défensive » où on se contente uniquement de réagir aux informations, pour les infirmer ou les démentir. Les chargés de communication s’indignent de voir des intox propagées et des informations inexactes. En contrepartie, ils donnent la moitié du quart de la vérité et n’anticipent jamais. Il est rare d’annoncer des événements comme il se doit, d’organiser des conférences de presse pour donner des informations complètes, instantanées, fiables et détaillées.
Nos dirigeants politiques engagent des responsables de communication pour dire que « ceci n’est pas vrai », que « cette intox est de la pure calomnie » et que les journalistes ne cherchent qu’à semer la zizanie. Ils n’hésitent pas à pondre des communiqués incendiaires pour s’attaquer à ceux qui soulignent leurs erreurs de communication, qui interprètent et extrapolent, mais n’essaient à aucun moment de faire leur travail comme il se doit.
A Carthage, comme à la Kasbah, la communication politique reste une notion surfaite, largement sous-estimée et très généralement méconnue…










