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Ghannouchi, l’anthropophage politique

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    On le savait déjà. On savait que le monde politique est un monde de requins qui s’entredéchirent. On savait aussi que le microcosme politique tunisien n’est pas une exception et que ses acteurs ne s’offrent pas de cadeaux, loin s’en faut. Mais en être des témoins en direct, comme l’ont été les Tunisiens, scotchés devant leurs postes de télévision, à l’occasion de la plénière du parlement consacrée au vote de confiance au gouvernement est tout simplement ahurissant, traumatisant même. La palme de l’anthropophagie  est revenue, sans conteste, au chef des islamistes Rached Ghannouchi.

    C’était une scène hallucinante en cette soirée de vendredi 10 janvier dans le hall du palais du Bardo, siège de l’Assemblée des représentants du peuple. Il n’y avait que quelques minutes à peine après le vote massif qui a éconduit le chef de gouvernement désigné Habib Jamli et l’ensemble des membres de son cabinet. Il n’y avait que quelques instants après le revers cinglant essuyé par les islamistes. Rached Ghannouchi, le président de l’ARP, président du parti islamiste Ennahdha et principal instigateur de l’émergence surprise de Jamli sur l’échiquier politique durant les deux derniers mois était imperturbable en présence des journalistes, ne montrant aucune empathie envers celui qui l’a jeté en pâture, un quelconque signe de contrariété à cause du vote sanction essuyé des deux tiers des députés  ou même un simple regret.

    Sans sourciller, le chef des islamistes a déclaré aux journalistes présents que l’échec de Jamli à faire passer son gouvernement est dû au fait que le chef de gouvernement désigné a trahi les termes de l’accord qui a conduit à sa désignation. Il a ajouté, sur son ton monotone légendaire, que Jamli ne s’est pas conformé à la politique du parti Ennahdha. C’est à peine s’il n’avait pas dit qu’Habib Jamli mérite ce qui lui est arrivé.

     Et les islamistes dans tout cela ? Quelle est la part de responsabilité des islamistes et de leur chef dans ce qui s’est passé durant les deux derniers mois et qui a aboutit au vote de vendredi dernier ? Rien à en croire Rached Ghannouchi et les siens. Comme s’ils n’avaient pas choisi Habib Jamli pour former un gouvernement et l’ont présenté, contre toute évidence, comme une compétence indépendante. Comme s’ils ne se sont pas rebiffés à la dernière minute pour refuser une alliance gouvernementale avec Attayar, Echâab et Tahya sur initiative du président de la République Kais Saïed. Pourquoi n’ont-ils pas révoqué Jamli dans les délais et accepté sa démarche en faveur d’un gouvernement de compétences indépendantes ? Pour toute réponse, les islamistes martèlent, pour qui veut l’entendre, que ce sont eux les victimes, qu’ils ont fait toutes les concessions pour que le nouveau gouvernement soit accepté par la majorité des députés, qu’ils ont été trahis par Habib Jamli et par tous les autres partis politiques dont et surtout Attayar. Pour les islamistes, comme toujours, à chaque fois qu’ils doivent s’expliquer, la carte de la victimisation est mise en exergue. Les bons sont eux et les méchants sont les autres.

    Maintenant que vont faire les islamistes et leur chef ? Rien, ou plutôt ils vont faire comme si de rien n’était. Ils vont marcher sur les cadavres de leurs victimes et passer allégrement à autre chose. Le lendemain du vote au parlement, Rached Ghannouchi était à Carthage, le samedi matin, pour rencontrer le président de la République. A l’issue de cette entrevue, il déclare que son parti soutient un gouvernement d’unité nationale composé de personnalités politiques. En clair, il accepte une coalition qu’il a refusée il y a à peine deux semaines. Dit-il vrai ? Seul l’avenir dira si c’est une position sincère ou simplement une énième entourloupe de la part du leader islamiste qui vise à amadouer ses adversaires avant de les avaler crus. N’a-t-il pas avoué que du temps de son alliance avec Nida, tel un boxeur, il ne faisait qu’étreindre son adversaire pour mieux l’étouffer. Belle leçon d’anthropophagie politique.    

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