Le président Kaïs Saïed a finalement choisi le dirigeant d\’Ettakatol, Elyes Fakhfakh. Un choix étrange, car il n\’obéit à aucune logique politique et renie l\’esprit démocratique.
Ancien ministre des Finances et du Tourisme sous les deux gouvernements de la Troïka de Hamadi Jebali et Ali Laârayedh, Elyes Fakhfakh a été éjecté par le « peuple » suite au long sit-in Errahil du Bardo en 2013. Comme on s\’en rappelle, le pacte de Carthage, qui a suivi ce sit-in, a obligé l\’islamiste Ali Laârayedh et son gouvernement à quitter le pouvoir au profit de Mehdi Jomâa. Ce pacte a permis à ses acteurs, la centrale syndicale, la centrale patronale, la Ligue des Droits de l\’Homme et l\’Ordre des avocats, d’obtenir le Prix Nobel.
En 2014, Ettakatol s\’est présenté aux législatives et son président Mustapha Ben Jaâfar s\’est présenté à la présidentielle. Aussi bien le parti que le président ont reçu une raclée avec zéro siège au parlement.
En 2019, même scénario avec cette fois Elyes Fakhfakh pour la présidentielle. Le parti a obtenu zéro siège et M. Fakhfakh n\’a réussi à obtenir que 11532 voix et 0,34% se classant 16e dans le résultat final.
Lors des consultations effectuées par Kais Saïed la semaine dernière auprès des partis représentés à l\’assemblée, Elyes Fakhfakh n\’a été cité que par deux partis, à savoir Attayar et Tahya Tounes. En d\’autres termes, il n\’a été proposé que par 36 députés au maximum sur les 217 de l\’assemblée.
Toutes ces données font que le choix de Kaïs Saïed pour Elyes Fakhfakh n\’obéit pas à une logique politique puisque ce candidat à la Primature ne peut pas obtenir théoriquement la majorité des 109 voix requise.
Ce choix n\’est pas démocratique non plus, car il ne respecte pas la volonté des partis élus, ni celle du peuple lors du suffrage universel. Quelqu\’un qui obtient un 0,34% à la présidentielle est quelqu\’un qui a été rejeté par le peuple. On ne peut pas décemment le placer à la présidence du gouvernement alors qu\’il a été rejeté pour la présidence de la République, sachant que les prérogatives et les responsabilités de la première sont nettement supérieures à celles de la seconde.
Le choix démocratique, qui respecte la volonté des partis, aurait été celui de Fadhel Abdelkefi ou Hakim Ben Hammouda. Ce sont eux qui avaient des chances d\’obtenir le plus grand nombre de voix lors de la séance du vote de confiance au vu du nombre de députés partisans les soutenant. Les raisons pour lesquelles Kaïs Saïed n\’a pas retenu MM. Abdelkefi et Ben Hammouda seront sans aucun doute dévoilées au cours des prochains jours.
Pourquoi a-t-il choisi cependant quelqu\’un qui a de gros risques d\’être rejeté, en dépit de sa compétence supposée ou réelle ?
A priori, et en première lecture, Kaïs Saïed tient à montrer au « peuple » que les députés ne veulent pas assumer leurs responsabilités et élire un chef du gouvernement. Ceci lui offrira la possibilité d\’aller vers la dissolution de cette assemblée ou bien d\’aller dans une situation de vide constitutionnel et tout se permettre, y compris de laisser Youssef Chahed, actuel chef du gouvernement, sans même être obligé de passer par l\’assemblée.
N.B.










