La Fédération tunisienne de football, bravant toutes les instructions et toutes les consignes de précaution concernant la pandémie du virus corona, a tenu son assemblée générale à la fin de cette semaine. Sans surprise, son président Wadii Jery a été élu pour un troisième mandat. Dans un élan qui n’a rien de spontané, les représentants des clubs ont bravé leur peur, pas celle des sanctions qui guettent leurs clubs s’ils ne montrent pas patte blanche au grand manitou du football tunisien, mais la peur de contamination par le virus, pour voter unanimement pour le président sortant qui était, soit dit en passant, le seul candidat à sa propre reconduction. Cette preuve éclatante de l’esprit démocratique qui prévaut dans le football a été confortée par la preuve de la démagogie qui y sévit. En effet, la FTF a fait savoir qu’elle a pris toutes les mesures pour garantir la sécurité des participants à l’assemblée générale puisqu’elle a mobilisé un médecin, une ambulance et utilisé un thermomètre électronique pour mesurer la température des présents. Face à ces arguments, et sans attendre une réaction des autorités parce qu’elle ne viendra pas, on ne peut qu’affirmer que le danger du coronavirus n’a d’égal que la mauvaise foi de Wadii Jery et sa bande.
Ailleurs, des taverniers peu scrupuleux ont trouvé une idée ingénieuse pour contourner la décision des autorités de fermer les cafés, les restaurants et les boites de nuit à partir de 16 h de l’après-midi. Ils ont organisé des « corona party » au beau milieu de la journée. Le drame, c’est que ces escrocs ont trouvé une catégorie de jeunes inconscients et oisifs pour tomber dans leurs pièges. Ces jeunes sont nantis et gâtés pour la plupart. Ils ont plus de billets dans les poches que de neurones sous la calotte crânienne. Comme si le virus était moins actif au soleil. Comme si la contagion était moindre pendant la journée. Face à ce genre de comportements, on ne peut qu’affirmer que le danger du virus n’a d’égal que la nonchalance d’une frange parmi nos jeunes.
Pire que la nonchalance, le comportement de cette autre frange de Tunisiens qui ont bravé les interdictions pour ne pas rater leur rituel de la chicha au café du quartier. La plupart d’entre eux sont au courant des mesures à prendre et des dangers de la chicha comme vecteur de contamination et de contagion. Advienne que pourra disent-ils tout haut pour essayer de cacher leur faiblesse face à leur addiction et leur accoutumance et surmonter la peur qui les ronge de l’intérieur. Dieu est avec nous, disent les autres pour se rassurer eux-mêmes avant d’aller déambuler dans les souks hebdomadaires et flâner dans les marchés bondés de visiteurs. Eux aussi ont pris connaissance, pour la plupart, des consignes de sécurité mais ils trouvent le temps très long pour rester confinés chez eux. Protégés par la grâce divine, ils ne se sentent pas concernés par ces consignes. Comme si ceux qui ont succombé à la maladie avant eux étaient des impies, des apostats et des mécréants. Face à ces attitudes, on ne peut qu’affirmer que le danger du virus n’a d’égal que l’ignorance et l’entêtement d’une catégorie de Tunisiens.
On pourrait y inclure quelques tunisiens résidants à l’étranger qui, rentrant au pays pour des vacances, ne respectent pas les consignes de l’auto-isolement. Il aurait fallu l’intervention des autorités pour leur faire admettre que la sécurité de leurs concitoyens passe avant leur désir de passer un bon moment pendant leurs vacances. Le cas le plus flagrant de l’individualisme de cette frange est celui de ce tunisien vivant à Strasbourg, qui tout en sachant qu’il était porteur du virus, a tenu à rentrer chez lui sans se soucier ni des passagers qui étaient avec lui dans l’avion, ni du personnel et des voyageurs dans l’aéroport, encore moins de tous ceux qui étaient en contact avec lui durant son séjour en Tunisie. Selon la direction de la compagnie nationale, l’individualisme de ce tunisien lui a coûté pas moins de cent mille dinars de frais supplémentaires, sans oublier que tout le personnel d’une agence bancaire se trouve aujourd’hui en quarantaine par sa faute. Face à ce comportement, on ne peut qu’affirmer que la gravité du coronavirus n’a d’égal que l’égoïsme de certains.










