Envolée lyrique ce mercredi 22 avril 2020 du député El Karama Abdellatif Aloui face au ministre de l’Intérieur Hichem Mechichi lors de son audition à l’assemblée. Il a surtout montré qu’il n’a absolument aucune idée sur les prérogatives du ministre de l’Intérieur, ni sur le travail des forces de l’ordre et encore moins sur celui des chroniqueurs TV, les gouverneurs et les délégués.
Tour à tour, et dans un refrain accéléré, Abdellatif Aloui interroge le ministre sur le mouvement dans le corps des gouverneurs et dit que les gouverneurs actuels sont les restes de la « khorda » (ferraille) de Ben Ali. D’après lui, les gouverneurs ne sont pas nommés sur la base de la compétence et on ne fait que les retirer d’un gouvernorat pour les mettre à la tête d’un autre. Il s’est arrêté sur le cas du gouverneur de Monastir qui, d’après lui, aurait été transféré de Jendouba suite à une suspicion de corruption (1h18) et il demande s’il a été limogé ou pas. A-t-il une idée exacte du dossier et mesure-t-il la facilité avec laquelle il s’en prend publiquement à la personne du gouverneur ? Le doute est permis.
Abdellatif Aloui s’en est pris également aux syndicats des forces de l’ordre et interroge le ministère sur leur statut exact, car les journalistes les contactent régulièrement pour avoir des informations. M. Aloui ignore clairement comment se fait le travail journalistique dans les démocraties et semble fortement influencé par les pays arabes où ce genre de syndicats n’existe même pas. Partout dans le monde, les journalistes interrogent les syndicats, ce n’est pas propre à la Tunisie et si jamais le ministre leur interdit de leur donner une déclaration, ce serait tout simplement une décision liberticide.
Enfin, Abdellatif Aloui évoque le cas des attaques massives contre les blogueurs et s’interroge pourquoi on ne bouge pas contre les chroniqueurs TV qui, d’après lui, blasphèment sur antenne et profèrent au vu et au su de tous des menaces de mort.
Accusation tout aussi légère, car aussi bien la Haica que directions des chaines de télévision, veillent au grain pour qu’il n’y ait jamais ce genre de dépassements, contrairement à ce qui s’observe chez quelques blogueurs. D’ailleurs, et contrairement à ce que prétend M. Aloui, il n’y a jamais eu en Tunisie de chroniqueur TV (et on dit bien jamais) qui a proféré des blasphèmes sur antenne ou menacé quiconque de mort.
Ce qu’ignore Abdellatif Aloui, c’est que le ministre de l’Intérieur n’a absolument rien à voir avec les arrestations ou les poursuites. Cela est du ressort du ministère public et c’est ce ministère public qui décide qui poursuivre et qui arrêter en Tunisie. Encore une fois, Abdellatif Aloui semble épris par les modèles des pays arabes où la police arrête qui elle veut…
R.B.H.










