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Sortir comme des déchaînés

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    Confinement jour 39. Vous y croyez-vous à ce chiffre ? 39 jours dans la vie d’un citoyen et d’un peuple tout entier. Qu’est-ce que cela représente au fond ?

     

    6 semaines où on n’aura eu aucune vie sociale digne de ce nom, où nos activités professionnelles ont été complètement chamboulées. Nous n’avons vu aucun de nos proches – ou presque – ni pu serrer nos parents dans nos bras, grands-parents et petits-enfants se sont évités comme la peste, nous avons eu une peur noire des boutons de l’ascenseur, des gens dans la rue, des produits que nous ramenons chez nous. Une ambiance angoissante a pesé sur notre quotidien et notre économie ne s’est jamais aussi mal portée.

    Aujourd’hui est la dernière semaine de confinement total. En théorie du moins. On parle de déconfinement ciblé ou plutôt de confinement ciblé afin de ne pas inciter les Tunisiens à sortir comme des déchaînés. Des mesures qui ne concernent que ceux à qui on ouvrira enfin la cage et qui nargueront les autres une fois dehors.

     

    La semaine prochaine est celle où tout changera, où nous nous transformerons en citoyens modèles, assez civilisés et organisés pour sortir en rangs, désinfectés et masqués et pour nous organiser en nombres pairs et impairs et nous restreindre à une ponctualité irréprochable. Cette semaine me rappelle celle où j’ai prévu de faire 1h de sport par jour, d’arrêter le sucre et de me transformer en cet individu zen et imperturbable. Cette semaine que j’attends encore…

     

    Activités de nécessité vitale, entreprises de premier ordre, commerce de première importance. Qu’est-ce que cela veut dire au fond et qui déterminera ce qui est vital de ce qui ne l’est pas ?

    Face à la grande et puissante théorie du relativisme – celle qui broie tout sur son passage – les priorités des uns ne sont pas celles des autres. D’autres questions existentielles en perspective. Faut-il payer les écoles de ses enfants lors qu’ils n’y mettront pas les pieds d’ici septembre ? Faut-il considérer le prélèvement d’un jour de salaire comme un geste patriotique ? Faut-il permettre aux pâtisseries et vendeurs de zlabiyas d’exercer pendant ramadan ? Quelles sont les entreprises prioritaires pour déconfiner avant les autres ?

     

    Quid alors de l’ouverture des salons de coiffure ? La question a été sur toutes les lèvres hier. Des citoyens – et des citoyennes surtout – angoissés et au bord du gouffre se demandaient impatiemment quand ils pourront enfin redevenir des êtres humains sortables et respectables, des êtres humains dignes d’être regardés et aimés. La pérennité de nombreux couples en dépend et – ainsi – la survie même de notre espèce. Que ceux qui rigolent imaginent quelques secondes à quoi ressemble un homme qui aura été assez téméraire pour se couper les cheveux tout seul ou une femme qui n’a pas pu s’épiler pendant 6 semaines. Visualisés ? Voilà ! Merci.

     

    Quand pourrons-nous de nouveau arrêter de désinfecter nos courses, notre pain, nos chaussures et nos proches ? Quand pourrons-nous nous serrer de nouveau la main ? Nous retrouver autour d’un verre ? Manger des plats qu’on n’aura pas préparé soi-même et renouer avec toutes ces personnes qu’on n’a pas eu le droit de rencontrer à plus d’un mètre ?

     

    On peut déjà commencer le compte à rebours et faire la liste de toutes ces choses (si ordinaires) que nous pourrons faire de retour à la vie normale. Pour ma part, la liste sera longue et vous, vous ferez quoi ?

     

     

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